CHAPITRE XIV
encore suffisamment enseigné tout le parti qu'ils peuvent tirer de leur principe si fécond.
En Angleterre, où il existe un grand nombre de trade-unions (associations ouvrières), celles-ci s'organisent de mieux en mieux, et rendent déjà de grands services à leurs membres en les éclairant sur leurs véritables intérêts et en leur donnant la force nécessaire pour résister à toute prétention injuste formulée par leurs patrons. Aussi remarquet-on en Angleterre que le nombre de grèves va sensiblement en décroissant, qu'elles sont plus rarement accompagnées d'actes répréhensibles, et enfin qu'il arrive plus fréquemment que les patrons sont obligés de céder aux exigences des ouvriers, ce qui tend à démontrer qu'elles sont généralement mieux fondées, et que ceux qui les font valoir ont des notions plus justes sur la portée de leurs droits comme sur l'étendue de leurs devoirs.
En Belgique, l'association entre ouvriers n'existe encore qu'à l'état embryonnaire, pour ainsi dire, et dans quelques grandes villes, telles que Bruxelles, Anvers et Gand. Quelques-unes ne sont que des sociétés professionnelles de secours mutuels, qui ont étendu ces secours aux cas de crise et garantissent à leurs membres, pendant un temps déterminé, une paie également fixée, dans le cas où le patron leur refuse le minimum de salaire arrêté par l'association. D'autres sociétés se sont formées , sous l'empire de la nécessité, pour résister à la coalition formée par les patrons dans l'intention de réduire les salaires ou d'imposer des conditions de travail
plus dures. La plupart de ces associations sont disposées, le cas échéant, à dicter la loi aux patrons, à leur tour. On ne peut leur eu vouloir de ce qu'elles ne demeurent pas toujours strictement dans les bornes de l'équité à cet égard ; elles ne font en cela que suivre l'exemple des maîtres, et il est naturel à l'homme ignorant d'imiter ce qu'il voit faire par ceux à qui il attribue une raison supérieure à la sienne. Mais la conduite de la plupart de ces unions dénote une ignorance totale du principe économique, si nettement et si énergiquement formulé par M. Cobden, en ces termes : « Quand deux maîtres courent après un ouvrier, le salaire hausse ; quand deux ouvriers courent après un maître, le salaire baisse. »
Il est uue classe d'ouvriers, cependant, qui connaît bien ce principe, c'est celle des verriers, qui ont toujours refusé de former des apprentis autres que leurs propres enfants ou ceux de leurs confrères, afin de diminuer ainsi l'offre de leur genre de travail et de maintenir sa rémunération au niveau des difficultés et des désagréments qu'il offre, et aussi, afin de transmettre ce salaire élevé à leurs descendants, comme un héritage de famille. Cet exemple a été, dit-on, récemment imité par les ouvriers en cigares d'Anvers, dont la profession est cependant loin d'avoir les désagréments de celle des verriers. Le refus de prendre des apprentis avait eu pour but unique d'empêcher l'accroissement de l'offre du travail dans un avenir d'autant plus rapproché, que cet apprentisage n'est pas très long.
C'est là, certainement, un moyen licite de se créer