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CHAPITRE XVII

Enfin, la qualité de capitaliste suppose assez généralement l'instruction, l'expérience et le jugement nécessaires pour pouvoir surveiller, critiquer et même conseiller la gestion d'une entreprise, tandis qu'il est rare, au contraire, que l'ouvrier possède ces qualités à un degré suffisant. Et si le capitaliste manque des connaissances spéciales nécessaires pour prendre une part active à la direction des affaires, ce manque ne sera-t-il pas plus grand encore chez l'ouvrier qui ne peut même s'occuper de cette direction sans négliger son travail, et sans cesser par cela même d'être ouvrier?

Il résulte donc du principe de la division du travail (voirie chapitre IX) que l'ouvrier, ne pouvant prendre part à la gestion de l'entreprise pour laquelle il travaille, ni en supporter la responsabilité, ne peut, selon l'équité, participer à ses bénéfices.

Que deviendrait une entreprise, en effet, si l'entrepreneur devait consulter tous ses ouvriers chaque fois qu'il s'agirait d'une affaire de quelque importance, telle qu'une vente de produits, un achat de matières premières, le renouvellement d'une partie de l'outillage, etc.? Pendant que les ouvriers délibéreraient, l'atelier chômerait, et les décisions, qui, pour la bonne marche des affaires, auraient besoin d'être prises rapidement, traîneraient eu longueur, dès que les avis seraient partagés par les ouvriers. Sur quoi, d'ailleurs, ceux-ci pourraient-ils fonder cet avis? Sont-ils informés de toutes les circonstances qui doivent déterminer l'entrepreneur à opérer des achats ou des ventes, de toutes les causes qui peu-

vent influer sur les prix dans le présent et dans l'avenir? Les décisions prises par les ouvriers seront donc, en général, mal motivées, et la direction manquera de l'esprit d'initiative, qui ne peut être l'attribut que d'une pensée unique, et sans lequel aucune affaire ne peut prospérer.

La participation des ouvriers aux bénéfices de l'entreprise à laquelle ils consacrent leur travail, participation qui implique aussi le partage de la gestion des affaires, bien loin d'être pour eux un avantage, serait une cause de ruine et de misère, puisqu'elle entraînerait infailliblement la non-réussite des entreprises auxquelles ils prendraient part, et, par conséquent la perte du capital qui produit la demande de leur travail.

On a prétendu cependant, qu'en s'associant entre eux, les ouvriers pouvaient se soustraire au joug humiliant du patron et se passer de sa coopération dans l'entreprise productive, en se partageant ainsi la part de bénéfice qu'il s'y attribue.

Nous sommes, certes, aussi partisan que quiconque du bien-être et de la dignité des ouvriers; nous leur avons recommandé l'association comme un puissant moyen d'accroître ce bien-être et cette dignité; mais, dans le chapitre que nous avons consacré à cet important sujet (V. Chap. XIV), nous ne leur avons pas présenté l'association comme un moyen de changer le mode d'organisation de l'industrie que l'expérience a consacré comme le meilleur et qui consiste à spécialiser les fonctions du travailleur, du capitaliste et de l'entrepreneur, ce dernier

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