CHAPITRE XVII
ayant pour tâche de combiner, de diriger et de surveiller les opérations productives exécutées par le premier avec l'aide du second. Nous n'avons pas conseillé ce genre d'association aux ouvriers, parce qu'il est condamné à la fois par la théorie et par des expériences qui ont coûté trop cher à la classe ouvrière pour qu'elles ne lui profitent pas.
La théorie indique, en effet, que tous les ouvriers d'un atelier réunis ne possèdent pas plus que chacun d'eux, pris isolément, les connaissances nombreuses, variées et approfondies, ainsi que l'expérience des affaires et le tact moral, pour ainsi dire, qui constituent le bon entrepreneur d'industrie. De plus, comme nous l'avons dit plus haut, les assemblées délibérantes manquent de la spontanéité d'action et de l'esprit d'initiative nécessaires pour bien diriger les affaires, et enfin, le temps perdu pour les ouvriers en délibérations, même en supposant que celles-ci amènent un résultat utile, coûte toujours plus que celui qu'y consacrerait un gérant unique, puisque tout ce temps est perdu pour le travail de l'atelier, et que les appointements d'un directeur unique, pour un temps donné, valent moins que les salaires réunis de tous les ouvriers qu'il emploie.
En supposant même que l'ordre le plus parfait pût régner sans chef, et dans l'atelier du travail, et dans la salle des délibérations, parmi les ouvriers associés, l'entreprise ne serait donc pas dirigée aussi économiquement que par un seul gérant, et il est permis de douter que les affaires contentieuses de l'entreprise aient plus à gagner que les travaux pro-
fessionnels à ne pas recevoir une direction unique. Il est même permis de prédire, sans présomption, que le manque de celle-ci serait infailliblement? une cause de ruine pour l'entreprise, si toutefois elle parvenait à inspirer assez de confiance aux capitalistes pour en obtenir une coopération sans laquelle il lui serait même impossible de naître.
L'expérience, en ceci, est parfaitement d'accord avec le précepte. Elle a été faite, sur une assez vaste échelle en 1848 et pendant les années suivantes, par des associations d'ouvriers de Paris, appartenant à diverses professions et qui toutes se sont formées dans le but de se soustraire à l'intervention de l'entrepreneur d'industrie, et parfois même du capitaliste dans la production. La plupart de ces tentatives ont échoué quoique, dans plusieurs, les associés aient montré un zèle, un dévouement, une abnégation et une persévérance dignes des plus grands éloges; le très petit nombre de celles qui ont réussi ont dû leur succès à ce qu'elles ont confié la direction des affaires contentieuses et la surveillance du travail à un gérant unique, choisi parmi eux, mais investi de pouvoirs presque aussi étendus que ceux d'un entrepreneur d'industrie, propriétaire d'un capital et commandant à des ouvriers salariés.
Quelques associations ont eu du succès, parce qu'elles se composaient d'un petit nombre d'ouvriers d'élite, se connaissant entre eux avant de se constituer en société et possédant des économies; ces ouvriers, d'ailleurs, dérogeant au principe même de leur association, se servaient, en sous-ordre, d'où-