CHAPITRE XVII
vriers salariés, désignés sous le nom de coopérateurs.
L'histoire de ces diverses tentatives d'association industrielle entre ouvriers, des vicissitudes qu'elles ont subies, des causes de la ruine du plus grand nombre et de la réussite de quelques-unes, a été admirablement résumée par'M. Frédéric Passy, dans ses Leçons d'économie politique, faites à Montpellier en 1860-1861, XIIIe leçon, pages 234 et suivantes de l'édition de Montpellier. Le savant professeur y cite même les nombreux documents dans lesquels il a puisé ses renseignements; nous renvoyons à son livre les lecteurs qui désirent de plus amples informations sur cet intéressant sujet.
Le salaire étant admis comme la meilleure forme à donner à la rémunération du travail, il reste à examiner comment il doit être évalué pour que cette rémunération soit à la fois juste et conforme aux véritables intérêts du travailleur.
Ces deux conditions ne nous semblent pas réunies, au degré désirable, quand le salaire a pour limite de mesure la journée de travail de l'ouvrier. D'abord, il y a des journées de différentes longueurs, suivant les saisons; ces longueurs se compensent, à la vérité, pour l'ouvrier occupé, de la même manière et chez le même patron pendant toute l'année, mais elle est préjudiciable, tantôt au maître, tantôt à l'ouvrier, quand le travail de celui-ci n'a lieu que pendant une saison.
La journée ne se divise pas, non plus, en quarts égaux, et, le fût-elle, le travail accompli pendant
chacun de ces quarts ne serait pas égal, car l'activité de l'ouvrier est loin de se soutenir au même niveau pendant toute la journée, surtout quand celle-ci est longue. Le salaire calculé par heure de travail, ainsi qu'il l'est dans certains ateliers, donne donc, en général, une mesure plus exacte du temps employé.
Mais il y a, dans cette supposition même que le temps est la mesure des efforts accomplis par le travailleur, tant de causes d'inexactitude, préjudiciables à la fois à l'acheteur et au vendeur du travail, qu'il faut renoncer à ce genre de mesure, toutes les fois que l'on peut en appliquer une autre, plus équitable, et qui se trouve dans la tâche accomplie elle-même.
Voici, quels sont, pour le patron, les inconvénients du salaire évalué a la journée.
L'ouvrier n'étant pas intéressé à travailler vite, bien, ni assidûment, puisqu'il n'en sera pas récompensé par un gain proportionné à ses efforts, se laisse aller à la paresse et à la négligence, et le patron perd toute la différence entre le produit d'un travail actif et soutenu et celui d'un travail accompli avec lenteur et négligence. Si plusieurs ouvriers travaillent ensemble dans le même atelier, ou sur le même chantier, la tâche de tous se réglera nécessairement sur celle du plus faible, du plus indolent et du moins capable, car pourquoi les autres feraientils plus ou mieux, si le salaire doit être le même pour tous? C'est donc un sentiment de justice, mal appliqué peut-être, mais non blâmable en soi, qui portera tous ces hommes à ne fournir qu'un minimum de travail au maître, à son grand détriment, à moins