CHAPITRE XVII
que celui-ci ne cherche à rétablir l'équité dans les rémunérations, par des encouragements et des gratifications, accordées aux plus diligents.
Dans le travail à la journée, le patron est obligé d'exercer ou de faire exercer une continuelle surveillance sur ses ouvriers, et les frais de celle-ci doivent compter comme un accroissement de salaire payé par le maître et qui est une perte sèche pour lui, sans être un profit pour l'ouvrier. Enfin, la lenteur avec laquelle le travail s'accomplit, équivaut à une perte de temps semblable à celle qu'occasionnerait un chômage, et qui se résume en la perte de l'intérêt et de l'amortissement du capital de l'entreprise pendant ce temps.
Pour les ouvriers, la perte occasionnée par l'évaluation du salaire à la journée, consiste dans l'inactivité et la non-rémunération de toutes celles de leurs facultés qui dépassent le minimum servant d'étalon de la quantité de travail qui sera donnée en retour du salaire fixé. C'est là, non seulement une perte matérielle pour l'ouvrier, mais aussi une cause d'affaissement moral. C'est encore une. perte pour la société entière, semblable à celle qui résulterait d'une immense étendue de terre fertile demeurée en friche, puisque les qualités physiques, intellectuelles et morales des ouvriers, demeurées sans usage, peuvent être considérées comme de l'utilité gratuite non employée , ce qu'elle a d'onéreux ou ses frais de production, étant déjà payé par le salaire reçu pour le minimum de travail dont les ouvriers sont susceptibles. — Or, nous devons le répéter encore une fois,
toute perte causée à la société retombe sur l'ouvrier comme sur ses autres membres. ^
Si les ouvriers français avaient compris cette vérité en 1848, ils n'eussent pas arraché à la faiblesse du pouvoir d'alors, le triste arrêté qui interdisait lé travail à la tâche, arrêté qui devait seulement satisfaire l'envie haineuse des mauvais ouvriers contre leurs camarades plus actifs et plus intelligents, sans leur procurer aucun avantage réel, et qui fut bientôt abrogé ou qui tomba en désuétude parce que les ouvriers eux-mêmes se hâtèrent de le transgresser.
Le salaire évalué à la tâche, c'est à dire à la quantité et à la qualité de travail effectué, est celui qui concilie le mieux l'intérêt de l'ouvrier avec celui du patron et avec l'intérêt général ; c'est aussi le mode de rémunération le plus conforme à l'équité. Le travailleur payé à la tâche est intéressé à accomplir le plus d'efforts dans le moindre temps possible et à rendre ces efforts plus fructueux en perfectionnant les instruments et les procédés dont il se sert. Son activité n'est donc pas seulement celle du corps, il y joint aussi celle de l'esprit, et la nécessité où il se trouve de débattre de nouveau le prix de sa tâche, chaque fois que celle-ci vient à changer, développe aussi chez lui le raisonnement et la conscience de son intérêt. Enfin, la possibilité d'améliorer son sort par un travail assidu et une conduite régulière tend aussi au développement de ses facultés morales.
L'avantage pour le patron n'est pas moins évident. La concurrence que se font les ouvriers ne tarde pas à le faire profiter d'une partie de l'économie réalisée