CHAPITRE XVII
par eux au moyen d'une meilleure organisation de leur travail ; le temps gagné par les ouvriers l'est par le capital de l'entreprise, enfin, la surveillance se réduit à la vérification de la quantité et au contrôle sur la qualité du travail, ce qui est bien moins onéreux. Toutefois, le patron doit veiller aussi à ce que ses ouvriers consacrent une portion suffisante de leur salaire à se bien nourrir, car un travail plus énergique et plus soutenu exige, pour pouvoir être continué, que les forces de celui qui s'y livre soient réparées par une nourriture et un repos suffisants.
Il arrive souvent, surtout dans nos houillères, qu'un ouvrier entreprend une tâche compliquée et d'une certaine étendue et qu'il s'associe, pour l'exécuter, avec quelques camarades entre lesquels le travail se divise selon les aptitudes de chacun, le prix obtenu se partageant aussi suivant un rapport déterminé à l'avance.
Quand la majorité des ouvriers ainsi associés se compose d'hommes d'élite, le travail avance rapidement, car les autres sont stimulés à ne pas rester en arrière, par une surveillance mutuelle et intéressée, qui engendre mieux que tout autre des habitudes de célérité et qui développe l'adresse. En même temps, ce genre d'ouvriers s'entend, beaucoup mieux que les autres, à débattre ses intérêts; par l'habitude qu'il acquiert de raisonner les marchés qu'il fait et d'en calculer les conséquences qui peuvent se résoudre en une perte pour lui, s'il n'a pas tout prévu.
Or, cette intelligence de ses intérêts, cette habitude de les débattre avec le patron, sont désirables
chez tous les ouvriers, car les mécomptes qu'ils éprouvent, et par suite desquels le salaire devient insuffisant, leur nuisent beaucoup sans profiter réellement à personne.
En somme donc, le salaire estimé à la tâche présente de tels avantages sur celui qui est évalué à la journée, qu'il est à désirer qu'il devienne la règle chaque fois qu'il est applicable, même quand la tâche semble forcément ramenée à un temps limité, par quelque circonstance indépendante de la volonté de l'ouvrier, tel que le mouvement uniforme d'une machine, par exemple. L'expérience apprend, en effet, que le métier à filer, à tisser, le tour, etc., mus par une machine, donnent des quantités de produits très différentes, selon que l'ouvrier est payé à la journée ou à la tâche, et même dans ce dernier cas, selon la valeur personnelle de cet ouvrier. Loin donc de maintenir le salaire à la journée, comme cela se fait encore si généralement, les patrons seraient intéressés, dans la plupart des cas, à ajouter au salaire de leurs ouvriers, une prime pour le temps qu'ils parviennent à épargner dans l'accomplissement de leur tâche *,