‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 29 sur 132 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

craindrions les effets dans le cas de renseignement obligatoire ; mais cette intervention de l'État ne serait pas nécessaire pour assurer les moyens de se procurer de l'instruction. En effet, la conséquence du monopole des instituteurs, né de la contrainte exercée à l'égard des parents, serait d'abord d'assurer aux maîtres d'écoles un bénéfice élevé et certain qui, produisant ses effets ordinaires, leur susciterait une concurrence qui ne cesserait que lorsque le nombre des instituteurs se serait mis en rapport avec celui des élèves à instruire. Il suffirait donc de quelques années d'attente pour amener ce résultat.

Ainsi, même en admettant (comme nous le faisons pleinement) que la société doive intervenir pour sauvegarder le droit qu'ont les enfants d'obtenir de leurs parents la nourriture intellectuelle comme la nourriture corporelle, l'instruction peut et doit rester dans le domaine de l'industrie privée, qui peut être stimulée, au besoin, par la charité et par les entrepreneurs d'industrie assez éclairés pour comprendre qu'il est conforme à leur intérêt que les ouvriers qu'ils emploient soient instruits, intelligents.et probes.

Que les patrons s'unissent donc pour faire sentir aux ouvriers combien il leur importe que leurs enfants reçoivent une instruction convenable, et combien eux-mêmes peuvent y contribuer par le bon exemple; qu'ensuite ces mêmes patrons se cotisent pour faciliter la création d'établissements d'instruction pour les enfants d'ouvriers, sans dispenser cependant les parents de contribuer aux frais que

ces établissements occasionnent et de surveiller l'enseignement qui s'y donne.

Il est d'autant plus utile que les patrons fassent ' les avances nécessaires à cet effet, dussent-ils s'en faire rembourser plus tard par leurs ouvriers, que ceux-ci ne peuvent faire les frais d'une éducation plus complète pour eux-mêmes et pour leurs enfants, qu'à la condition de gagner un salaire plus élevé que celui qu'ils reçoivent aujourd'hui. Mais dès qu'ils auront reçu cette éducation^ il leur sera possible de rembourser les avances qu'elle aura coûtées, puisque leur travail en aura une plus grande valeur, ce qui, comme nous l'avons démontré, leur profitera comme producteurs de travail, et aussi comme consommateurs des produits de ce travail, puisque ces produits sont, en réalité, créés à meilleur marché par un labeur intelligent, même quand il est mieux rétribué que par un travail purement matériel.

* Parmi les ouvriers, il en est un grand nombre dont l'instruction ne répond pas, à beaucoup près, au programme que nous en avons tracé plus haut; les uns n'ayant pas eu l'occasion de s'instruire, les autres l'ayant dédaignée pour n'en avoir pas apprécié toute l'importance. A peu d'exceptions près, tous sentent aujourd'hui combien il leur est utile de posséder quelques connaissances, et ils voudraient regagner le temps perdu. Pour ceux-là, il existe dans certaines grandes villes, des écoles d'adultes, ouvertes le soir et le dimanche, où sont répétées les notions que l'on donne aux enfants dans les écoles primaires. Ces utiles institutions pourraient se généra-

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