DU TRAVAIL DES ENFANTS
* La question de savoir si l'on doit admettre les enfants à travailler dans les ateliers des manufactures et des mines, et, dans l'affirmative, à quel âge ils peuvent y être appelés et quelle est la durée du travail qui peut leur être imposé, cette question, disons-nous, a été très souvent débattue et controversée à divers titres, et les opinions qui ont reçu la sanction des majorités ont été formulées en lois, sans que l'on remarque beaucoup d'uniformité dans leurs dispositions, chez tous les peuples qui les ont adoptées. On observe même que ces lois, peu soutenues par l'opinion publique, reçoivent assez rarement une sanction bien énergique, que les magistrats, chargés de veiller à leur exécution, ne mettent pas à ce soin une vigilance ni une sévérité excessives. C'est, qu'en effet, ces lois rencontrent dans leur application deux obstacles très sérieux, l'autorité paternelle et l'inviolabilité du domicile.
En ce qui concerne le premier de ces obstacles, l'autorité paternelle, nos légistes sont beaucoup trop disposés à regarder la législation romaine comme infaillible. Or, celle-ci admet que l'autorité du père sur son enfant est absolue ; l'enfant est la chose du père qui peut en disposer à son gré, et même l'exploiter dans son intérêt, sans autre limite que les dispositions légales en faveur de la liberté humaine en général. Or, une telle autorité n'est plus compatible avec la civilisation actuelle, ni avec le principe de responsabilité, indispensable corollaire de la liberté. Le père contracte, à la naissance de son enfant, l'obligation d'en faire un homme, et, pour cela, il doit non seulement satisfaire les besoins matériels de cet enfant jusqu'à ce qu'il puisse y pourvoir par ses propres efforts, mais il doit encore subvenir à ce que ces efforts soient fructueux, c'est à dire qu'ils soient accomplis par des facultés morales, intellectuelles et matérielles suffisantes; les seuls efforts physiques, non aidés de l'intelligence et d'une certaine force morale, ne suffisant plus aujourd'hui pour faire vivre un homme et lui faire élever une famille sans qu'il dépende d'autrui.
Si le père s'écarte de ses obligations envers son enfant, en le forçant à séjourner et à travailler dans un atelier, au delà de ce qui est compatible avec le développement nécessaire de ses facultés, il incombe à la société de l'y ramener, et de l'y contraindre au besoin, par une pénalité proportionnée à la gravité de l'infraction commise. A cet effet, la loi doit donc déterminer, dans chaque cas particulier, la limite