‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 38 sur 132 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

d'efforts et de durée du travail , qui ne doit pas être dépassée.

Le respect du domicile ne nous paraît pas plus que l'autorité paternelle, devoir arrêter l'action delà justice quand elle protégé l'enfant contre des attentats à sa liberté et à sa santé/- L'atelier où travaillent des ouvriers fait-il bien partie de l'inviolable foyer domestique? Craint-on- que des magistrats profitent de la visite qu'ils font à l'atelier, dans le but de vérifier la conduite du patron à l'égard des enfants employés chez lui, pour lui dérober des secrets de fabrique ? Ces secrets sont-ils bien garantis d'ailleurs quand ils sont mis en pratique par des enfants, ou devant ceux-ci? En tous cas, la loi qui autorise la visite domicilière, dans des formes légales, en cas de séquestration et de sévices, ne peut-elle être appliquée à la réclusion trop prolongée et au travail forcé imposé au jeune ouvrier (1)?

L'intérêt du fabricant lui-même ne doit-il pas l'engager, d'ailleurs, à faciliter ces visites à son atelier, à les provoquer même, afin d'échapper à tout reproche de la part du public, d'exercer un odieux abus d'autorité sur les enfants qui travaillent chez lui ?

Une telle tyrannie serait d'ailleurs loin de se concilier avec l'intérêt véritable du patron, qui est de former chez lui une pépinière d'ouvriers honnêtes, intelligents et robustes. Or, un excès de travail

(1) Cette délicate question a été traitée avec beaucoup de talent, par M. E. de Molinari, dans un article intitulé : De la séquestration dans les couvents et du droit de correction dans les pensionnats. Revue trimestrielle, 8* année, tome II.

imposé à un enfant, ne nuit pas seulement à sa santé et à son développement physique, mais bien plus encore à son développement intellectuel et moral, car l'enfant condamné au silence, à la réclusion, à la privation des plaisirs de son âge s'abêtit et s'idiotise, et cette même privation, jointe à son état maladif et à la gêne qu'éprouve son développement physique, le rend craintif, dissimulé et méchant.

Le fabricant qui négligerait son intérêt dans l'avenir, c'est à dire son intérêt permanent, pour économiser quelques centimes par jour sur le salaire des enfants, en les faisant travailler au delà de leurs forces, serait donc puni en se formant une génération d'ouvriers débiles, inintelligents et malicieux, qui ne lui donneraient jamais, en retour de leur salaire, qu'un travail faible et de mauvaise qualité, et le forceraient à exercer continuellement sur eux une surveillance coûteuse et gênante, afin d'éviter leurs bévues ou les effets de leur mauvais vouloir.

Nous croyons que la loi ne doit fixer qu'avec une circonspection extrême, la limite d'âge au dessous de laquelle les enfants ne pourront être admis dans les ateliers. Il est des professions difficiles auxquelles l'ouvrier doit être initié de bonne heure pour y devenir habile; il en est dans lesquelles le travail confié aux enfants n'occasionne aucune fatigue, si ce n'est celle que donne une attention soutenue à la marche de quelques opérations. Dans ce cas, faire entrer l'enfant de bonne heure à l'atelier, c'est l'initier non seulement aux travaux de sa future profession, mais encore aux mœurs et aux habitudes

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