‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 39 sur 132 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

propres à celle-ci, et dont la pratique constitue le bon ouvrier.

Un autre avantage de cette initiation précoce, c'est de préserver l'enfant de l'habitude de vagabondage dans les rues ou dans les champs, et de la fainéantise, habitudes dont ils auraient beaucoup de peine à se défaire plus tard.

Ce qui doit fixer, selon nous, l'attention du législateur, du fabricant et du père de famille, bien plus que l'âge auquel l'enfant pourra entrer à l'atelier, c'est la durée du séjour quotidien qu'il y fera, la manière dont ce temps sera distribué, et la nature du travail qu'il devra exécuter.

Le temps que l'enfant doit passer à l'atelier doit être assez limité, pour lui permettre de recevoir de ses parents, et chez lui, l'éducation domestique, indispensable complément de l'instruction morale, pour recevoir à l'école cette instruction morale et le développement intellectuel, enfin pour se fortifier le corps par quelque exercice gymnastique, accompli de préférence au grand air.

On voit qu'après le prélèvement du temps nécessaire à tout cela, il ne reste pas un grand nombre d'heures disponibles pour le travail de l'atelier. Celles-ci doivent encore être divisées au moins en deux séances alternant avec l'étude, les jeux et les repas, de manière à diversifier autant que possible les occupations de l'enfant.

Nous ne croyons pas la fameuse théorie du « Travail attrayant » de Fourier, applicable aux travailleurs adultes, elle contreviendrait au principe bien

plus important de la division du travail; mais cette théorie peut, jusqu'à un certain point, s'appliquer aux enfants, qui ne s'instruisent jamais mieux qu'en s'amusant. Si cet amusement [ne peut pas toujours se concilier avec l'instruction intellectuelle ou professionnelle, au moins faut-il constamment avoir grand soin d'y éviter l'ennui et la fatigue mentale, aussi bien que celle du corps.

Comme les heures de travail des ouvriers adultes et des machines ne peuvent être réglées d'après les courtes séances des enfants, il convient de diviser ceux-ci en autant de brigades qu'il y a de séances dans la journée ou la demi-journée du travail de l'atelier, l'une de ces brigades étant à la maison paternelle, à la promenade ou à l'école, pendant que l'autre est à l'atelier. Dans tous les cas, le travail de nuit devrait être absolument interdit aux enfants, comme contraire à leur santé et à leur développement physique. Les séances deviendraient plus longues à mesure que les enfants avanceraient en âge, et celles de l'école seraient organisées de de manière à coïncider avec les intervalles de celles de l'atelier.

Cette combinaison qui ne nous semble pas devoir soulever de grandes difficultés dans la pratique, concilierait l'intérêt des enfants avec celui des patrons, et se prêterait, par les subdivisions dont elle est susceptible, aux exigences diverses du travail et de l'âge des enfants. *

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