‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 40 sur 132 · INFLUENCE DU PRIX DES MOYENS D EXISTENCE SUR LES SALAIRES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU PRIX DES MOYENS D EXISTENCE SUR LES SALAIRES

Il est une opinion qui a beaucoup de partisans, et qui s'appuie sur l'autori-té, faussement interprétée, des grands économistes : que le salaire des ouvriers se proportionne au prix des choses nécessaires à leur existence.

C'est encore là une de ces vérités partielles et relatives que Ton a trop souvent tort d'admettre comme générales et absolues, ne fût-ce que pour s'épargner la peine de rechercher comment elles peuvent être modifiées dans chaque cas particulier.

Aucune erreur complète n'a jamais été plus préjudiciable à la classe laborieuse que cette demivérité, car on s'est hâté d'en conclure qu'il est fort indifférent pour l'ouvrier que les choses nécessaires à la vie soient chères ou à bas prix, puisque son salaire s'élève et s'abaisse dans la même proportion que ces choses, d'où justification de tous les monopoles, de toutes les spoliations, de toutes les mesures

législatives qui ont pour effet de faire enchérir artificiellement ces prix.

Une analyse attentive de l'influence qu'exerce une variation du prix des choses nécessaires sur le bienêtre de l'ouvrier, nous prouvera que cette influence est fort complexe, et qu'il est facile, pour l'observateur superficiel , d'en négliger une partie ou de n'en pas comprendre toute la portée.

Examinons, par exemple, quel est l'effet produit par une hausse un peu forte des denrées alimentaires, le principal objet de consommation de l'ouvrier.

Cette hausse est promptement suivie d'une baisse générale du taux des salaires. En voici les motifs :

L'enchérissement des denrées alimentaires a pour cause une récolte insuffisante, qui réagit d'abord sur le salaire de l'ouvrier des campagnes, car il est évident qu'il faut moins de main-d'œuvre pour moissonner, battre, transporter et transformer une demirécolte qu'une récolte entière, et que le nombre des ouvriers n'en étant pas diminué, ce sera le salaire qui baissera.

Puis, chacun, devant acheter ses denrées alimentaires plus cher, aura une moindre portion de revenu disponible pour se procurer d'autres produits ou pour satisfaire d'autres besoins. Le déficit de la récolte agit donc sur les masses de la même façon qu'une diminution du revenu général. On achète donc moins de marchandises, et la production se mettant bientôt au niveau de la demande, se ralentit, des ouvriers sont renvoyés, d'où résulte la baisse générale des salaires.

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