‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 46 sur 132 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

compris tout entier sous cette seule forme matérielle, il occupe aussi un domaine plus élevé, celui de l'intelligence. Sous ce rapport, il se compose de l'immense accumulation des connaissances humaines, du travail jamais interrompu , de la génération présente et de toutes celles qui l'ont précédée depuis l'origine de l'humanité, la probité, l'activité, la possession de soi ou l'empire exercé sur les passions, la sociabilité, la charité, etc., de toutes les lois, les coutumes et les institutions qui sont les conséquences de la culture morale de l'homme, accumulées aussi de génération en génération, depuis qu'il s'occupe de cette culture.

Cette énumération "des éléments dont se compose le capital doit suffire pour en faire comprendre toute l'importance, pour faire comprendre aussi quels désastres incalculables seraient la conséquence de la destruction , ou même de la paralysie momentanée de ce puissant et indispensable auxiliaire de l'homme. Enfin elle doit faire comprendre encore, combien chacun est intéressé à la conservation et à l'accroissement de ce précieux instrument de bien-être et de liberté. A un point de vue plus restreint, on peut définir un capital : une accumulation des produits du travail, destinée à faciliter une production nouvelle.

Cette accumulation peut d'ailleurs consister en objets matériels, tels que des instruments, des matériaux destinés à être élaborés, ou des provisions au moyen desquelles le travailleur peut subsister en attendant le résultat de son labeur, ou bien en choses

immatérielles , telles que l'aptitude à un travail productif, acquise par l'éducation ou l'apprentissage, qui est aussi un travail dont les résultats s'accumulent dans celui qui l'accomplit, ou même en de bonnes habitudes morales, acquises par une série d'efforts qui n'ont pas reçu de récompense immédiate, mais qui ont aussi pour résultat de rendre le travail plus aisé ou plus fructueux. Ce qui distingue^donc essentiellement le capital d'une épargne quelconque, c'est l'usage productif auquel il est destiné.

On voit par la définition qui précède, qu'il est peu d'êtres humains au monde, si pauvres et si mal doués qu'ils soient, qui ne possèdent au moins un petit capital, sous forme d'outils ou de provisions, sous forme d'aptitude à un genre quelconque de travail, pourvu qu'il exige un peu d'intelligence, enfin sous forme de facultés morales, telles que la probité, la persévérance, l'activité, etc., on voit aussi que dès que l'homme possède un capital, quelque minime qu'il soit, qui rende son travail plus fructueux, il lui est presque toujours possible d'accroître ce capital par son intelligence et son énergie.

Pourquoi donc ces absurdes déclamations contre le capital et les capitalistes, que l'ouvrier se montre si souvent disposé à admettre, comme vraies, puisque le rôle du capital est toujours bienfaisant, et que tout ouvrier est capitaliste dans une certaine mesure ou peut aspirer à l'être? On voit combien peu elles sont fondées.

Si l'on devait détruire le capital, ou bannir les capitalistes, par où commencerait-on et où cela de-

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