‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 49 sur 132 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

qu'il cédera à celui qui lui offrira en retour le plus grand nombre de planches par chaque jour d'usage, l'expérience indiquant que, par son aide, un homme peut faire vingt-quatre planches pendant une journée. Pour obtenir la préférence chaque bûcheron offre un peu plus que ses rivaux, mais le plus offrant s'arrête à onze planches par jour. A ce prix, il obtient l'usage de la scie et quelque dure que puisse paraître cette condition, le marché n'est pas onéreux pour le bûcheron, qui, par ce moyen, obtient une planche de plus, par jour, que ses confrères.

Mais, plus tard, le propriétaire de la scie ayant voulu abuser de son monopole, en exigeant au delà de douze planches par jour pour l'usage de cet instrument, les bûcherons, malgré leur rivalité refusent unaniment de s'en servir, et c'est alors pour eux comme si la scie n'existait pas, tandis que son propriétaire, pour en tirer parti, est obligé de s'en servir lui-même. Sur ces entrefaites, d'autres propriétaires de scies, attirés par les gros profits que le premier avait obtenus en louant sa scie, se présentent en si grand nombre, qu'ils sont obligés de se contenter, pour la location de leurs scies, du prix d'une planche par jour que les bûcherons consentent à leur offrir.

Il résulte de cet exemple, que le capitaliste ne peut jamais obtenir de son capital un loyer plus élevé que la part due à la coopération de ce capital dans la production, et par conséquent qu'il ne peut pas empiéter indûment sur la part du travailleur, et d'un autre côté, que plus les prétentions du capitaliste

sur le loyer de son capital sont excessives, plus elles lui suscitent la concurrence des autres capitalistes, concurrence dont le résultat définitif est d'abaisser le taux du loyer de leurs capitaux à n'être plus que la juste et exacte rémunération du service rendu par ceux-ci.

Le second élément de l'intérêt des capitaux "prêtés, est, comme on l'a vu plus haut, la prime d'assurance, qui sert de dédommagement au risque couru par le prêteur, de n'être pas remboursé de son capital à l'échéance du prêt, ou de ne l'être que partiellement ou tardivement, ou bien encore après des poursuites désagréables à exercer et onéreuses, enfin de ne pas recevoir l'intérêt lui-même.

La prime se proportionne toujours à l'intensité du risque couru par les capitaux prêtés , soit à cause des circonstances générales qui influent sur la sécurité du prêt, soit à cause du degré de confiance que mérite l'emprunteur. En effet, cette proportionnalité s'établit tout naturellement par l'action du rapport de l'offre à la demande. Cette dernière restant la même, l'offre décroît rapidement dès que le placement du capital présente le moindre danger, d'où résulte nécessairement la hausse du prix du service rendu par le prêt du capital.

Ceci explique comment il se fait que les personnes qui, par leur caractère ou leur position, inspirent peu de confiance aux capitalistes, ne trouvent à emprunter qu'à des conditions extrêmement onéreuses. Il résulte de là, également, que les guerres, les troubles politiques, les crises financières, le

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