CHAPITRE VIT
mauvais état des récoltes, produisent un effet instantané et souvent très intense sur le taux de l'intérêt.
Enfin, on démontre encore que toutes les personnes qui ont besoin d'emprunter des capitaux sont intéressées à inspirer de la confiance aux capitalistes par leurs capacités morales et intellectuelles et par le bon état de leurs entreprises, et qu'elles sont intéressées en outre à ce que la paix et la sécurité de la société n'éprouvent aucune perturbation.
Enfin, leur intérêt exige donc aussi, que le progrès social qui est à la fois l'effet et la cause de la formation des capitaux, se réalise d'une manière continue et sans ces terribles secousses auxquelles on a donné le nom de révolutions.
Il est essentiel de remarquer, quoique peu de personnes en tiennent compte, que la prime d'assurance, qui, dans beaucoup de cas, forme la majeure partie de l'intérêt, est une perte sèche pour celui qui la paye, sans être un bénéfice pour qui la reçoit ; de sorte qu'en somme, il en résulte une perte absolue pour la société, ou un travail qui demeure sans résultat, et qui est d'autant plus intense que la sécurité générale ou particulière offerte au prêteur est moindre.
On peut donc dire que la prime d'assurance sur le capital prêté est à l'intensité du travail exécuté par la société, ce que le frottement est au travail mécanique d'une machine, c'est à dire une résistance nuisible qui absorbe une partie plus ou moins considérable de ce travail en pure perte, et qu'il importe de diminuer autant que possible par la bonne organisation de la société ou de la machine.
Nous disons que la prime d'assurance est une perte absolue pour l'emprunteur, car elle n'ajoute rien au service rendu par le capital prêté, ce service restant le même quand la prime d'assurance est nulle, c'est donc entièrement sur le travail de l'emprunteur que celle-ci est prélevée.
Nous disons aussi que la prime d'assurance n'est pas un bénéfice pour le prêteur, car si celui-ci, par l'effet de son habileté à éviter les mauvaises chances, la convertit toute entière en profit pour lui, en compensation, pour d'autres prêteurs mal avisés ou malheureux, elle ne suffit pas & couvrir les pertes, de sorte qu'en moyenne elle n'est que le dédommagement pur et simple des pertes éprouvées par le capital, le nécessaire pour que celui-ci ne soit pas amoindri par le prêt. Que si parfois la prime constitue un faible excédant sur cette exacte compensation, elle n'est encore que la légitime récompense de l'intelligence et de l'activité qu'il a fallu déployer pour écarter du capital prêté le plus de mauvaises chances que possible, travail qui n'eût pas été nécessaire si ce capital avait toujours joui de la plus parfaite sécurité.
Si nous avons bien réussi à exposer dans ce chapitre la vraie théorie du capital et de l'intérêt, on doit pouvoir en tirer la conclusion que l'ouvrier est aussi intéressé que le capitaliste lui-même à la multiplication et à la sécurité des capitaux , puisque ce sont là les conditions qui lui assurent le bas prix du concours de ces énergiques auxiliaires de son travail. Les ouvriers peuvent contribuer directement à