LES INSTITUTIONS DE PRÉVOYANCE
Le trait le plus saillant du caractère de l'ouvrier est l'imprévoyance qui est poussée chez lui jusqu'au fatalisme, et ceci se conçoit facilement quand on se rend compte des circonstances dans lesquelles il se trouve placé : la misère lui paraît un mal irrémédiable auquel il ne peut échapper que par hasard ou par un concours de faits indépendants de sa volonté.
ïl suffit, en effet, d'un chômage, d'une crise alimentaire, d'une maladie prolongée de lui ou de l'un des siens, d'une action judiciaire qui lui serait intentée même injustement, et de mille autres causes qui paraîtraient de peu d'importance à des personnes douées de quelque fortune, pour priver l'ouvrier de toutes les ressources qu'il aurait pu accumuler aux époques de prospérité. C'est ce qu'il sent parfaitement et c'est ce que de nombreux exemples viennent
chaque jour lui rappeler. A quoi bon alors pour lui se consumer en efforts avec des chances de succès si minimes? Aussi préfère-t-il se laisser aller avec insouciance aux hasards de la vie, que d'aggraver cette peine inévitable par les soucis de la prévoyance.
Et il faut bien le dire, l'action de la société, bien loin de tendre à relever le moral de l'ouvrier, à lui faire voir l'avenir sous un aspect moins sombre et à lui faire espérer de plus heureux résultats comme récompense d'efforts persévérants , a pour effet , au contraire, de l'étourdir sur les conséquences de son imprévoyance en atténuant celles-ci par une charité qui n'est pas toujours bien entendue, ainsi que nous essayerons de le prouver dans le chapitre suivant.
S'il faut reconnaître que les efforts individuels de l'ouvrier sont presque toujours insuffisants pour le préserver de la misère, et si la charité, loin de remédier à cet état de choses, ne fait dans la plupart des cas que l'aggraver en diminuant la prévoyance et l'énergie morale de l'ouvrier, il y a dans l'association une puissance suffisante pour combattre efficacement les effets de la misère.
L'association, dans toutes ses manifestations si nombreuses et si variées, a toujours accru clans une proportion considérable la somme de forces des individus qui l'ont employée. Sans elle, la plupart des entreprises les plus grandes et les plus utiles à la société, n'auraient pu être tentées, et pour ne citer qu'une de ses formes , c'est grâce aux assurances maritimes, par exemple, que le commerce