CHAPITRE XII
d'outre -mer a pu se réaliser et qu'il a fourni à l'humanité l'immense somme d'avantages qu'elle en retire.
Pourquoi ce même principe de l'assurance appliqué à la classe si nombreuse des travailleurs, ne pourrait-il pas donner des résultats également avantageux, et contre-balancer suffisamment les mauvaises chances par le très grand nombre des assurés, de manière à réduire toutes les éventualités de misère à une prime fixe de peu d'importance et tout à fait en rapport avec le modeste salaire de l'ouvrier?
Les chances les plus graves auxquelles celui-ci soit continuellement exposé, sont :
1° Les chômages et les crises alimentaires ;
2° Les maladies et les blessures;
3° La vieillesse, les infirmités ou les conséquences d'une mort prématurée pour la famille.
Ces chances peuvent être combattues par trois formes de l'association et de l'assurance déjà mises en œuvre jusqu'ici et qui, convenablement étendues et perfectionnées, nous paraissent pouvoir suffire à tous les besoins de l'ouvrier.
Parmi ces assurances, les unes peuvent être mutuelles et offrir ainsi une combinaison intime avec les associations; les autres peuvent être à prime et devenir l'objet d'entreprises particulières en dehors du concours de la classe ouvrière, à la manière des assurances maritimes dont nous avons parlé plus haut.
Aux chances de chômage, de crise alimentaire
et d'autres causes de privation, on peut opposer l'épargne; mais l'ouvrier isolé se trouve dans de mauvaises conditions pour épargner, et la conscience qu'il a de la stérilité de ses efforts dans ce but, lui enlève le courage moral nécessaire pour s'imposer le surcroît de travail et la privation des satisfactions immédiates qui doivent engendrer l'épargne. En admettant même qu'il ait pu amasser quelques écus, il peut difficilement les soustraire chez lui, soit au vol, soit à sa propre tentation ou à celle de sa famille de se procurer par leur moyen quelques jouissances momentanées, tentation bien forte chez des gens souvent soumis à de dures privations.
Les caisses d'épargne offrent à l'ouvrier le triple avantage de soustraire son pécule au vol, à la tentation d'une dépense inconsidérée, et de faire produire à cette épargne, quelque modique qu'elle soit, un intérêt assuré , puisque par les soins des administrateurs de cette caisse, toutes les petites sommes sont cumulées de manière à constituer un capital auquel il leur est facile, à cause de l'expérience qu'ils ont acquise dans ce genre d'affaires, de donner un placement à la fois avantageux et sûr.
Jusqu'à présent, dans la plupart des pays de l'Europe, les habitudes d'épargne ont été trop peu développées chez la classe ouvrière , pour que des établissements spéciaux aient pu se former en vue de faire fructifier le pécule de l'ouvrier, et surtout pour que ces établissements pussent, par leur grand nombre, se faire une concurrence utile à ses intérêts. Jusqu'à présent la plupart des caisses d'épargne