CHAPITRE XII
ont été des établissements fondés par les gouvernements ou sous leur patronage; les capitaux qu'ils ont formés ont été employés à l'achat de titres de la dette publique, ont contribué ainsi à faciliter les moyens de grossir cette dette au détriment de la nation et par conséquent de la classe ouvrière, et dans les temps de crise, c'est à dire précisément au moment où l'ouvrier éprouve le besoin de faire usage de ses épargnes, elles n'ont pu le rembourser qu'en titres dépréciés et presque invendables.
Quelquefois les caisses d'épargne sont les annexes des monts-de-piété; combinaison vicieuse dans la plupart des cas, puisque ces deux institutions fonctionnent généralement en sens inverse l'une de l'autre et qu'il est presque impossible qu'il y ait une exacte compensation entre les prêts et les emprunts.
Ou bien ces caisses sont une dépendance de quelque banque publique, à laquelle elles fournissent un appoint de capitaux insignifiants, et comme ces établissements généralement privilégiés ne se font point de concurrence entre eux, il en résulte presque toujours que l'intérêt payé au déposant est un minimum et que le service de la caisse ne leur offre pas toutes les commodités qu'ils pourraient désirer et qu'ils obtiendraient certainement d'un établissement, dont la prospérité dépendrait de leur concours.
Il serait à désirer dans l'intérêt de la classe ouvrière, qu'il fût fondé partout des banques dans le genre de celles qui fonctionnent en Ecosse, empruntant sur livret comme dans les caisses d'épargne les sommes les plus minimes moyennant un intérêt
convenable, et faisant servir ensuite les capitaux ainsi accumulés en partie à activer le commerce par la facilité donnée à l'escompte des petits billets, ou la petite industrie par l'avance de capitaux de faible importance distribués à des ouvriers-entrepreneurs honnêtes et intelligents.
De cette façon, le capital épargné par l'ouvrier, en activant le commerce et l'industrie, augmenterait et régulariserait la demande du travail, influerait favorablement sur les salaires, et diminuerait par cela même les chances des crises auxquelles l'épargne de l'ouvrier est destiné à pourvoir.
* Les banques ouvrières d'Allemagne (gewerbsbanke) réalisent encore mieux que les banques d'Ecosse, le double but d'un placement fructueux et sûr pour les épargnes de l'ouvrier et du crédit à bon marché qui facilite le travail ou les spéculations de l'ouvrier, de l'artisan ou du petit commerçant. Un assez grand nombre de personnes , appartenant à ces diverses professions, mettent en commun leurs épargnes respectives, et en forment un capital assez important, dont la gestion est confiée à une administration formée de membres choisis parmi les associés.
A l'aide de ce capital, cette banque escompte les effets de commerce émis par les associés, dans une proportion déterminée avec leur apport dans le fonds social ; puis elle met ces effets en circulation, revêtus de la signature sociale, qui les fait accepter sans plus de peine que s'ils émanaient d'une maison financière bien connue, et par conséquent, sous un