CHAPITRE XII
escompte qui ne comprend qu'une prime d'assurance bien moindre que celle qui eût été prélevée sur la seule signature du créateur primitif de cet effet.
Ces banques favorisent donc les opérations de crédit de leurs actionnaires et en réduisent les frais au minimum. A la fin de l'année, les produits de l'escompte , frais d'administration et non-valeurs déduits, sont partagés entre les participants et constituent les intérêts de leur mise de fonds. On observe que dans les opérations de ces banques de crédit mutuel, une très faible prime d'assurance suffit à couvrir toutes les pertes, réduites au minimum par la surveillance mutuelle des actionnaires.
Ces banques, dont l'usage s'étend en Allemagne, rendent de grands services aux classes laborieuses, et il est fort à désirer que la connaissance et l'usage de leur utile mécanisme se répande également chez les autres nations.
Les « Unions de Crédit » créées en Belgique depuis 1848 et qui fonctionnent à Bruxelles, à Liège et dans quelques autres villes, sont fondées sur un principe semblable, mais qui n'est appliqué qu'à des industriels et des commerçants appartenant à une classe plus riche que celle des ouvriers; il est à espérer que ces utiles institutions en s'étendant de proche en proche, rendront bientôt le crédit accessible même aux travailleurs les moins aisés *.
Parmi les dangers qui menacent l'ouvrier, le plus imminent est sans contredit la maladie et, dans certaines^ professions, les blessures. L'expérience lui démontre que ses épargnes indmdueïïes~sont "bien-
tôt dissipées lorsque le salaire manquant, il faut néanmoins faire face à des dépenses nouvelles qu'exigent les soins de la maladie; puis viennent les dettes : on sait combien celles-ci grossissent rapidement par les énormes intérêts que prélèvent les prêteurs sur une créance aussi chanceuse que celle qu'offre un ouvrier insolvable. De longues années de santé ne suffisent pas à réparer le tort qu'a causé à la fortune de l'ouvrier un mois de maladie; tout bien-être a disparu pour faire place aux soucis et à la misère. C'est donc ici que l'association et l'assurance se présentent sous leur forme la plus bienfaisante, la plus propre à ramener chez l'ouvrier la confiance dans l'avenir, à relever le sentiment de sa dignité et à développer l'esprit de prévoyance.
Comme tous les faits de la vie humaine, les chances de maladies ou d'accidents sont soumises à des règles auxquelles peut s'appliquer le calcul des probabilités, dès que ces chances se répartissent entre un nombre suffisant d'individus. Quelques années d'observation suffisent pour déterminer , chez une population et dans une localité données, la durée probable des maladies par ouvrier et par année, et permettent, par conséquent, de calculer quelle est la portion de salaire que les ouvriers doivent mettre en commun pour subvenir d'une manière à peu près certaine à toutes les chances de maladies ou d'accidents.
De cette façon, l'ouvrier voit transformer un danger sans cesse menaçant et formidable en une prime fixe, souvent modique, et qui est pour lui le sacrifice