‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 77 sur 132 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

d'un petit nombre de jours de travail par an, au moyen duquel il peut sûrement éloigner de sa maison la misère et le chagrin.

G'est là un immense avantage des institutions connues sous le nom d'Associations mutuelles de prévoyance, par lesquelles les ouvriers s'assurent mutuellement, moyennant une certaine prime convenue, des secours gratuits et même une partie de leur salaire en cas de maladie ou d'accident. Mais cet avantage n'est pas le seul, car cette association exerce aussi une grande influence morale sur ceux qui en font partie. Beaucoup de maladies et d'accidents, la plupart même, sont le résultat de l'inconduite , de l'imprudence ou d'habitudes vicieuses, et peuvent être prévenus, en conséquence, par une conduite régulière et de bonnes habitudes hygiéniques. Quand l'ouvrier est isolé, aucun contrôle n'est exercé sur sa conduite; ses mauvaises habitudes ne sont réformées par aucun sage conseil; il en est autrement lorsqu'il est lié à ses camarades par une solidarité d'intérêts. La prime d'assurance étant proportionnelle au nombre et à la durée des maladies, chacun est intéressé à ce que ses co-associés soient malades le moins souvent et le moins longtemps possible ; il a donc le droit d'exercer sur ceux-ci une surveillance tendant à prévenir les causes de maladie et même à provoquer l'exclusion de la société de ceux de ses membres qui lui seraient trop onéreux par des maladies trop fréquentes , suite d'une conduite déréglée , car l'ouvrier qui tombe malade par sa faute vit en réalité, et bien volontairement, aux

dépens de ses camarades. Il s'exerce donc dans l'association une surveillance réciproque qui est équitable et qui est vigilante puisqu'elle est intéressée. L'expérience a déjà démontré que celle-ci suffit lorsqu'elle est assez prolongée pour inculquer aux ouvriers de bonnes habitudes morales et hygiéniques et pour influer en même temps sur le soin qu'ils ont de leur dignité. En Angleterre où ce genre d'association a pris un grand développement, les ouvriers associés se distinguent facilement des autres par la régularité de leurs habitudes et la sévérité de leurs mœurs.

Sous le rapport économique, ces associations parviennent à obtenir la guérison des maladies à moins de frais que les particuliers, en payant les médecins soit à l'année, soit en proportion des malades guéris, ce qui a pour effet d'intéresser les médecins à la prompte guérison des maladies et non en proportion de la durée de celles-ci : les médicaments et les objets nécessaires au pansement des blessures sont aussi obtenus à meilleur marché, comme étant achetés en quantités plus importantes et payés avec plus de régularité.

Il n'est pas possible aux ouvriers d'acquérir d'un coup la prudence et l'habileté nécessaires à de bons administrateurs ; il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'un grand nombre de tentatives d'organisation de sociétés de secours mutuels, aient échoué ou n'aient pas répondu à l'attente des fondateurs : les sociétés de ce genre qui ont le mieux réussi sont celles dont les ouvriers ont confié l'administration à des per-

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