CHAPITRE XII
sonnes habiles et charitables prises en dehors de leur classe, et qui ont su administrer avec plus de prévoyance et distribuer par conséquent avec plus de justice, le produit des épargnes des administrés. Mais si l'intervention de personnes éclairées est utile pour diriger la fondation et les premiers actes de la gestion de ces sociétés, il ne faut cependant pas perdre de vue que les ouvriers mêmes ne doivent pas rester entièrement étrangers à cette gestion, et que les personnes qui les aident doivent tâcher autant que possible de les mettre à même de se passer de ce secours.
En Belgique, une vaste association de secours mutuels a été formée entre les ouvriers mineurs, avec le concours moral et pécuniaire des entrepreneurs et sous le patronage du. gouvernement ; cette association a produit jusqu'ici de très heureux résultats, en ce sens que les blessures et les maladies graves occasionnées par le travail des mines, et la mort même d'un chef de famille, ne sont plus une cause de ruine pour les ouvriers et leurs enfants ; il nous semble regrettable toutefois qu'une institution aussi éminemment utile ait eu besoin de l'intervention du gouvernement pour se former, et qu'elle ne se soit pas fondée sous la seule initiative des exploitants et de leurs ouvriers, qui y eussent, nous paraît-il, débattu leurs intérêts d'une manière plus conforme à l'équité.
Dans la vue de faciliter la création d'une association aussi vaste que celle qui embrasse tous nos ouvriers mineurs, le gouvernement lui a accordé
une subvention fort modique, eu égard aux autres ressources qu'elle possède, et dont le but était de pondérer, d'équilibrer quelques causes d'inégalité qui existent dans les chances de maladies ou d'accidents auxquelles les ouvriers mineurs de nos divers districts sont exposés en raison de la présence ou de l'absence du grisou, de la profondeur plus ou moins grande des mines, de la difficulté de l'aérage et de l'assèchement, de la nature du terrain traversé, etc., etc. Cette subvention accordée par le gouvernement, et qu'il ne s'est pas obligé à continuer indéfiniment, ne nous paraît pas suffisante pour compenser complètement l'inégalité des risques, qui eût été plus équitablement répartie par une différence proportionnelle dans la contribution de chaque établissement minier. Nous ne voyons pas d'ailleurs pourquoi cette compensation doit sortir de la bourse des contribuables en général, dans laquelle le gouvernement puise la subvention accordée par lui, ceux-ci n'étant pas directement intéressés à l'existence d'une association entre les ouvriers mineurs, qui ne forment qu'une partie restreinte de la nation.
Les exploitants, au contraire, sont intéressés à égaliser les risques courus par les ouvriers dans leur mine au moyen d'une prime proportionnelle, puisque autrement l'ouvrier se fait allouer cette prime sous forme d'une augmentation de salaire, car les hommes qui consentent à travailler dans des exploitations dangereuses ou insalubres étant en moindre nombre que ceux qui se présentent ail-