CHAPITRE XIII
tration publique, présente les mêmes inconvénients que la chanté légale ou la taxe des pauvres, excepté en ce qu'il n'y a plus d'intervention de la force pour obtenir les fonds à répartir. Les revenus des établissements de bienfaisance publique sont considérés par le pauvre comme une rente assurée qui lui est due, et dont le montant le dispense en totalité ou en partie d'activité et de prévoyance.
Il en est absolument de même pour les institutions charitables gérées par des associations pieuses, qui offrent cependant l'avantage de pouvoir faire des secours qu'elles ont à distribuer une application plus variée, mieux appropriée aux formes si multiples de l'indigence ; les dons et legs à perpétuité éternisent ainsi la misère, si les fondateurs n'ont pas permis que la destination en fût changée suivant l'exigence du temps et des circonstances. Mais le danger plus sérieux de la charité exercée par des associations permanentes , c'est qu'elles peuvent imposer certaines conditions à l'obtention des secours et par là se créer de nombreux clients, formant des masses turbulentes et agitées comme toutes les populations oisives, et qui, mises au service des partis et armées par eux, peuvent mettre en péril la sécurité de la société.
Que l'on se rappelle les services que les patriciens romains de la décadence attendaient de leur clientèle de secourus, dont la physionomie rappelle sous tant de rapports celle de notre paupérisme moderne.
Si les faits démontrent que la charité légale et la
bienfaisance publique n'ont fait qu'accroître et rendre permanente la misère dans tous les pays où elles ont été pratiquées, nulle part non plus l'histoire ne nous montre que la misère ait été extirpée par l'action d'associations permanentes de bienfaisance. Partout où il existe des couvents, il semble que ces établissements repoussent le progrès industriel; les monastères et les manufactures ne se coudoient jamais ; partout les premiers s'entourent d'une population misérable, fainéante , vicieuse et sans prévoyance, à laquelle le travail assidu des manufactures ne saurait convenir. L'Italie nous en offre de nombreux exemples. En Suisse, où toutes les villes se peuplent de manufactures, Fribourg avec ses couvents fait seule exception. Enfin, en Espagne, où les couvents sont supprimés depuis plus de vingt-cinq ans, on reconnaît encore les localités où ils ont existé, à l'horreur de leur population pour tout travail assidu.
Un voyageur nous apprend que les couvents qui existaient en Californie avant l'annexion de cette contrée aux États-Unis, étaient entourés d'une population d'Indiens Mansos (littéralement apprivoisés ou réduits en domesticité) aussi remarquables par leur paresse, leur malpropreté, leur dégradation intellectuelle et morale que leur congénères les Peaux-Rouges des forêts et des prairies le sont par leur courage et leur esprit de lière indépendance. Dans ces villages d'Indiens Mansos qui vivent du secours que leur accordent les moines, en échange d'un travail tout à fait insignifiant, règne un état de