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CHAPITRE XII

DU CEÉDIT.

Définitiop du droit. Son utilité. —Formes diverses du crédit ; crédit mobilier, crédit immobilier, crédit personnel. Avantages de ce dernier. De quoi il dépend. — Influence de l'action sociale sur le crédit. — Services que rend le crédit. — Idées fausses ou exagérées que l'on se fait souvent du crédit.

On a VU (ch. X) que la monnaie rend de grands services à la société en faisant les échanges qui sans cet intermédiaire ne seraient que d'une utilité fort restreinte. Mais la monnaie est loin de rendre ce service gratuitement, et afin d*en posséder une quantité suflâsante pour servir d'intermédiaires à tous les échanges qui se font chez elle, une nation doit s'imposer un grand surcroît de travail et beaucoup de privations, car elle doit produire et épargner toute la valeur qui réside dans la monnaie. Après avoir réalisé ce premier progrès qui consistait à effectuer les échanges par les intermédiaires de la monnaie, la société a du chercher à en accomplir un second , en diminuant autant que possible l'emploi de ce coûteux intermédiaire sans diminuer le nombre, l'importance et surtout la facilité des échanges. C'est au moyen du crédit que Ton obtint ce résultat. Le crédit n'est pas autre chose que la confiance que possède le créancier

détail les funestes conséquences, parce que, malgré son absurdité, ce préjugé est encore fort répandu dans le monde dont il retarde considérablement les progrès économiques. C'est ainsi qu'il serait difficile de rencontrer un journal, une brochure, sur quelque sujet économique, une session des Chambres législatives, dans lesquels les principes du système mercantile ne soient encore invoqués comme une vérité incontestable.

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dans le remboursement de sa créance. —En effet, si cette confiance est bien fondée, et s'il peut la faire partager par le public au point que celui-ci accepte cette créance en échange d'une autre valeur équivalente, comme signe représentatif d'une quantité déterminée de monnaie qu'il donne le droit de recevoir, le créancier peut se servir de ce signe comme de la monnaie elle-même, et chaque fois que ce signe passera des mains d'un possesseur à celles d'un autre, il dispensera la société de l'emploi d'une somme de monnaie égale à celle qu'il représente, sans cependant qu'il puisse remplacer entièrement cette monnaie, puisque la confiance qu'inspire le titre et qui lui permet de circuler, est fondée uniquement sur la certitude que l'on a qu'il sera remboursé en numéraire à son échéance.

La confiance du créancier dans la sécurité de sa créance ou le crédit peut être le résultat de : 1» D'une hypothèque donnée par le débiteur sur les biens immobiliers que celui-ci possède ; 2° De biens mobiliers aflectés comme gage ; 3° De la solvabilité personnelle du débiteur.

Le crédit fondé sur les deux premières bases est nécessairement limité par l'étendue des capitaux qui servent de garantie du prêt et par la difficulté que le créancier peut éprouver à les réaliser dans le cas où sa créance ne serait pas remboursée ; d'un autre côté le débiteur ne dispose plus ou ne peut disposer qu'imparfaitement du capital qu'il a mis en gage ou hypothéqué; ce sont donc là des formes assez incomplètes du crédit; ainsi celui-ci n'est-il parfait que quand il repose sur la consistance personnelle de l'emprunteur dont il n'altère ni la liberté d'action, ni la libre disposition des capitaux qu'il possède en dehors du prêt qui lui est fait. Mais ce crédit si complet est en même temps le plus difficile à obtenir. Il dépend de la probité et des autres qualités morales qui ont été reconnues chez l'emprunteur, de sa capacité et de son expérience en affaires, de la nature plus ou moins chanceuse de celles-ci, des circonstances bonnes ou mauvaises dans lesquelles il les entreprend, enfin jusque de

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Tctat de sa santé et des personnes qui, après sa mort, pourront prendre la gestion et la responsabilité de ses affaires. En Angleterre le crédit dont peut jouir un débiteur est consolidé s'il a assuré la formation d*un capital, à son décès par une compagnie sur la vie.

Le degré de civilisation de la société au milieu de laquelle le crédit opère, a aussi une grande influence sur le développement de celui-ci. Plus il y a dans cette société de bonnes habitudes morales, telles que la probité. Tordre, la prévoyance, et plus le crédit y pourra prendre d'extension.

Des lois sages et justes, appliquées avec énergie, impartialité, promptitude et économie , de manière à garantir le plus complètement possible le créancier contre la mauvaise foi ou la négligence du débiteur, ont le même effet. Enfin le développement du crédit est encore favorisé par l'existence et la bonne organisation d'établissements spéciaux pour servir d'intermédiaires entre prêteurs et emprunteurs, et assurer les capitaux prêtés contre les éventualités de perte, tels que les banques, etc. (Voir chap. XIV).

Les services que le crédit rend à la société sont assez complexes, et se confondent quelquefois entr'eux, cependant on peut en distinguer trois principaux :

1" Il rend inutile une partie de la monnaie métallique en y substituant des signes représentatifs qui n'ont point de valeur par eux-mêmes, et dont le transport est plus facile. L'instrument coûteux des échanges rendu en partie inutile peut alors être converti en instrument de production et accroître les capitaux de la société 9 sans que cet accroissement exige un travail nouveau.

2" En facilitant le prêt, le crédit active et multiplie l'action des capitaux, il favorise aussi la conversion en capital d'épargnes qui sans lui resteraient stériles.

3« En facilitant les emprunts il procure du travail aux intelligences et aux bras, qui, sans son intervention, resteraient inactifs.

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En traitant dans le chapitre suivant des instruments qui servent à faire fonctionner le crédit, nous montrerons de quelle manière il rend à la société ces trois genres de services que nous avons indiqués.

On est souvent porté à exagérer les services que le crédit peut rendre à la société et à lui prêter une puissance qu'il n'a pas. On s'est imaginé entr'autres choses que, à l'aide du crédit, on pouvait enrichir une nation, en multipliant indéfiniment les signes représentatifs de la monnaie. On oublie que quand celle-ci n'est pas faite en métaux précieux sa valeur n'existe que pour autant qu'elle est utile comme intermédiaire des échanges , et que cette valeur s'abaisse et s'anéantit même entièrement quand l'excès rend moindre ou nul le service que ces signes représentatifs sont susceptibles de rendre. Ainsi à la folie qui porte à croire que la richesse ne consiste que dans la possession des métaux précieux, et qui veut forcer une nation à s'en procurer en excès sur ce dont elle a besoin , même en échange de choses plus nécessaires dont elle n'a pas assez, succède cette autre folie de croire qu'un peuple peut accroître indéfiniment ses richesses en multipliant sans mesure les signes représentatifs d'une valeur absente. Chercher à créer de la valeur sans se donner de la peine est à l'économie politique ce que la quadrature du cercle est à la géométrie, ce que le mouvement perpétuel est à la mécanique , ce que la pierre j)hilosophale était à l'alchimie : une insaisissable chimère !

Il en est de même de cette idée que l'on voit encore surgir de temps en temps qu'il est possible de créer des entreprises productives avec des capitaux fictifs représentés par des actions ou des signes en papier. Le crédit ou la confiance n'est qu'un sentiment , et non un être vivant et actif capable de travailler et de consacrer les fruits de son travail à une production ultérieure. Telle est cependant la seule condition à laquelle un capital puisse se former ; le crédit peut y aider, comme on l'a vu plus haut, mais seul, il ne peut rien.

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Les idées que nous combattons ne seraient que ridicules si elles demeuraient confinées dans des livres que peu de personnes liraient, mais elles sont odieuses dès qu'elles sont mises en action, car l'ignorance générale des vérjtés économiques aidant, elles ont causé et causeront probablement encore bien des misères.

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