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CHAPITRE Xin

DES rNSTBUMBNTS DU CRÉDIT.

Ce qu'on entend par instniments da'crédit. — Genx-ci sont principalement aa nombre de sept.— Le billet à ordre ; manière dont on l'emploie. Son utilité.— La lettre de change. Elle sert à ériter les transports de monnaie. Le servie; qu'elle rend lui donne une valeur propre. — Causes qui influent sur cette valeur. — Les billets de banque. — Les mandats ou checks. — Épargne de temps, de frais et de monnaie qu'ils occasionnent. — Les Warrants. — Obligations d'emprunts. Facilité qu'elles donnent pour mobiliser les capitaux ; abus qui résultent parfois de leur emploi, sans en compenser les avantages.—Cédu les hypothécaires.

Les instraraents du crédit sont les titres divers à l'aide desquels il accomplit ses fonctions. Les uns servent à éviter en partie l'emploi de la monnaie, d'autres à éviter le transport de celle-ci, d'autres enfin à faciliter l'emprunt et la circulation des capitaux. Ces instruments son principalement : à) Les billets à ordre. — b) Les lettres de change. — c) Les billets de banque. — d) Les mandats ou checks. — e) Les warrants ou certificats de dépôt de marchandises. — f) Les obligations au porteur des gouvernements et des compagnies industrielles. — g) Les cédules hypothécaires.

a) Le billet à ordre est une promesse souscrite par un débiteur à un créancier, de payer une certaine somme de monnaie, à une époque déterminée, à la personne qui sera propriétaire du billet en vertu d'un endossement, acte fort simple, inscrit au dos du billet, et par lequel le créancier en transmet la propriété à un tiers qui peut en faire autant à l'égard d'un autre, tous les endosseurs successifs demeurant cependant responsables les uns envers

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les autres, du remboursement de la valeur du billet, dans le cas où le souscripteur refuserait de le payer à son échéance.

Un exemple montrera comment fonctionne le billet à ordre et quels sont les services qu'il rend : Un entrepreneur d'industrie ayant converti tout son capital circulant en produits fabriqués qui attendent dans ses magasins, qu'il s'offre des acheteurs, sans l'intervention du crédit, cet entrepreneur ne pourrait plus tirer aucun parti de son capital en attendant la vente de ses marchandises ; il serait même obligé d'arrêter sa fabrication et de renvoyer ses ouvriers. Mais le fabricant, jouissant d'un certain crédit, qui est fondé en partie sur ses connaissances personnelles , et surtout ce qu'il possède un capital dans son magasin, il fait usage de ce crédit, en empruntant des matériaux et de la monnaie à ses divers fournisseurs et à son banquier, afin de pouvoir continuer sa fabrication en attendant la vente de ses produits. En retour des valeurs qu'il a empruntées, il donne des billets à ordre, par lesquels il s'engage à rembourser les valeurs empruntées vers l'époque où il aura pu vendre ses produits.

Si le banquier et les divers fournisseurs conservaient les billets à ordre en portefeuille, jusqu'à leur échéance, ce serait leur capital qui fonctionnerait entre les mains de leur débiteur, mais qui cesserait pendant ce temps d'être à leur propre disposition de manière que les billets à ordre opéreraient simplement un déplacement du capital. Mais comme les détenteurs de ces billets peuvent en faire usage, en les échangeant à leur tour, contre d'autres valeurs, ils rentrent en possession du capital prêté par eux, et peuvent continuer à en faire usage. Ceux qui ont acquis ces billets peuvent en faire de même en transmettant leur propriété à d'autres par de nouveaux endossements, et ainsi de suite jusqu'au jour de l'échéance où celui qui l'a émis le rembourse au moyen de son capital circulant, qu'il est parvenu à rétablir pendant que ses billets circulaient.

On voit par là que c'est le crédit ou la confiance inspirée par l'existence de son capital circulant qui, mis en œuvre au moyen

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de billet à ordre, a permis à rentrepreneur d'industrie de maintenir son capital circulant en activité, tandis que autrement, il eût été forcé de le laisser en repos, ce qui eût entraîné du même coup le chômage de son capital engagé, du travail de ses ouvriers et de ses propres facultés. On peut se figurer qu'il a été prêté à l'entrepreneur une série de capitaux se succédant les uns aux autres à des intervalles si courts que les propriétaires de ces capitaux n'ont dû cesser d'en jouir que pendant un intervalle à peine sensible compensé d'ailleurs par un escompte ou intérêt proportionné à la durée du prêt.

Il faut remarquer aussi que chaque fois qu'un billet à ordre est transmis à un autre propriétaire, il sert de paiement et tient lieu d'une quantité de monnaie métallique égale à celle qui est représentée par le billet qui n'est payé lui-même en monnaie qu'au moitent de son échéance, à moins que le porteur préfère en recevoir la valeur en marchandises.-

Le billet à ordre sert donc par son émission à faciliter l'emprunt des capitaux, à favoriser leur activité et celle du travail qui en dépend ; par transmissions successives ce billet épargne sans l'éviter entièrement, l'emploi de la monnaie métallique.

h) La lettre de change est un ordre donné par un créancier à son débiteur qui habite une autre ville, de payer une certaine somme de monnaie, dans un délai fixé à une autre personne désignée dans la lettre, mais qui a le droit d'en transmettre la propriété à autrui sous sa responsabilité, par un acte d'endossement. La lettre de change sert comme le billet à ordre à faciliter le prêt d'un capital ; elle épargne aussi l'emploi d'une somme de monnaie égale à celle qu'elle représente, chaque fois qu'elle est transmise de main en main par endossement. Elle sert principalement à éviter le double transport d'un lieu à un autre, d'une valeur en monnaie égale à celle qui est inscrite dans la lettre. C'est en cela principalement qu'elle rend de grands services au commerce.

Ici encore, quelques exemples montrent mieux que de longues

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explications les usages multiples auxquels peut servir la lettre d change.

Un extracteur de houille, Jean, de Mons, a vendu pour mille francs de charbon à un fabricant Pierre, de Paris, qui s'engage à les lui payer dans trois mois et qui supportera les frais et les risques de l'envoi de cette somme à Mons, s'il n'y a aucun moyen de les éviter ; d'un autre côté, Paul, négociant à Mons, a reçu de Jacques, fabricant à Paris, des marchandises pour une valeur de mille francs payable aux mêmes conditions. De là la nécessité de deux envois de 1,000 francs, l'un de Paris à Mons l'autre en sens inverse, nécessité qui est évitée si Paul achète à Jean sa créance sur Paris et en transmet la propriété à Jacques qui va en recevoir la valeur chez Pierre. Par là, en effet, les deux transports de monnaie avec leurs frais et leurs risques se réduisent à l'envoi d'une lettre de change par laquelle Jean donne ordre à Pierre (îfe payer 1,000 francs à Paul; celui-ci envoie cette lettre à Jacques après l'avoir payée à Jean et l'avoir endossée à l'ordre de son créancier, Jacques se rend chez Pierre et lui remet la lettre de change dont il reçoit la valeur.

C'est là le cas le plus simple qui puisse se présenter ; mais c'est aussi celui dans lequel la lettre de change rend le moins de services. On peut supposer encore que Jean, au lieu de vendre sa lettre de change à Paul, la fasse à l'ordre d'un négociant de Londres de qui il a reçu pour 1,000 francs de marchandises ; que celui-ci l'envoie à un commerçant de New- York, après la lui avoir endossée, et qu'enfin cette lettre soit acquittée à Paris après avoir servi, par endossements successifs, à acquitter de^ créances à Baenos-Ayres, à Lima, à Canton, à Batavia, à Amsterdam et à Bordeaux. Alors cette seule traite (traite et lettre de change sont synonymes), aura servi à épargner un grand nombre de fois l'emploi d'une somme de monnaie et son envoi à des distances considérables.

Les services qu'une lettre de change peut rendre à ceux qui ont besoin d'emprunter de la monnaie, ou d'en éviter l'emploi

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et sortoul le transport, ont une yaleor propre et indépendante de celle du capital représenté par la lettre; il résulte de là que ces lettres ont un prix courant variable comme celui des antres marchandises. Les causes qui font varier ce prix sont les suivantes :

a. La solvabilité plus ou moins grande du débiteur ou tiré, du tireur ou créancier et des endosseurs successifis, s'il y en a, et qui tous sont solidairement responsables du paiement de la lettre de change à son échéance ;

b. L'époque plus ou moins éloignée de l'échéance ;

c. Le lieu dans lequel la lettre doit être payée;

d. Le rapport réel qui existe an moment de la vente de la. lettre, entre ta valeur de la monnaie qui sert à l'acheter et celle qui sert à l'acquitter ;

e. Le degré de moralité, l'état plus ou moins parfait de la législation commerciale et des moyens de F'appliquer, chez la nation où la traite est payable; l'état de paix ou de guerre et de trouble où cette nation peut se trouver au moment du paiement;

/. La distance du lieu sur lequel la traite est payable, et la difficulté ou le danger plus ou moins considérable d'y envoyer ou d'en faire venir de la monnaie.

tf. Si le paiement intégral de la lettre de change à son échéance laisse quelque incertitude, elle trouvera, peu d'achete^irs et sa valeur tendra à baisser. La limite de cette baisse sera le taux de la prime moyennant laquelle un banquier consentira à en garantir le paiement en y apposant sa signature. Plus une lettre de change a d'endosseurs, moins cette précaution est nécessaire, et plus, par conséquent, la traite approche de sa valeur nominale.

è. Le capital représenté par la lettre de change est prêté depuis le jour où celle-ci est émise jusqu'au jour de l'échéance ; celui qui l'achète avant ce terme en déduit donc l'intérêt sous le nom d'escompte, tel qu'il se trouve établi dans le moment, par le report de Toffre à la demande des capitaux.

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c. d. Si la lettre de change est payable dans un pays dont la monnaie est faite d'un métal autre que celui qui est employé dans le pays d'émission, si cette monnaie est altérée par une cause quelconque, si elle est exceptionnellement rare ou surabondante, si elle est de papier, et dépréciée par des émissions su.ccessives, il est évident que le prix auquel on pourra acheter ou •vendre la lettre de change sera modifié par ces circonstances, et ce sont celles-ci en effet qui en font le plus varier la valeur.

e. Ces circonstances en rendant plus ou moins incertain le paiement de la traite à son échéance, agissent sur le prix de celle-ci de la même façon que le degré de crédit que mérite le débiteur ; elles exigent aussi l'intervention d'un assureur et sa rémunération qui peut s'élever fort haut dans les temps de guerre, de révolution, de troubles et même de simple crise commerciale. '^

/. Le service qu'une traite peut rendre en évitant le transport d'une somme de monnaie est en raison de la longueur, de la difficulté et du danger de ce transport. Le service de la lettre de change devieut donc nul pour l'acheteur, lorsqu'il doit la payer, la somme qu'elle représente, augmentée de la valeur des frais et de la prime d'assurance contre le risque du transport. C'est donc là la plus grande valeur à laquelle une traite puisse atteindre.

D'un autre côté, le vendeur ne retire plus aucun avantage de sa lettre de change, s'il est obligé de la céder pour la valeur qu'elle représente diminuée des frais et des risques du transport. C'est entre ces deux extrêmes que les variations du rapport de l'offre à la demande feront varier la valeur des lettres de change, ou le prix du change, comme on dit dans le langage commercial.

Le rapport de l'offre à la demande des lettres de change dépend lui-même des quantités de marchandises respectivement envoyées d'un pays dans un autre. Dans le pays qui en a expédié plus qu'il n'en a reçu, les négociants ont beaucoup de monnaie à

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recevoir et peu à payer, d'où résultent une abondance de lettres de clmnge à vendre et un faible besoin d'acheter, qui en font baisser le prix ; l'inverse a lieu dans l'autre pays.

Mais généralement, cette situation dure peu, car des circonstances tendent sans cesse à ramener l'équilibre du prix ou ce qu'on appelle le pair du change, ou même à produire momentanément une oscillation en sens inverset c'est d'une part la spéculation de certains banquiers de différentes villes qui s'associent entre eux pour acheter les lettres de change là où elles sont à bas prix, afin de les revendre là où elles sont chères, et tendent par là même à les rendre plus rares là où elle sont abondantes, et vice versa. D'autre part ce sont les négociants qui envoient des marchandises des pays où le change est haut vers les contrées où il est bas, afin d'avoir à vendre des traites à un prix élevé, ce qni ajoute au bénéfice qu'ils font sur les marchandises expédiées. Ce^ deux causes réunies font que le prix des traites diffère ordinairement fort peu de la valeur qu'elles représentent, lorsqu'il ne subit pas l'influence d'une des causes précédemment énumérées.

De tous les instruments du crédit , la lettre de change est celui qui rend le plus de services à la société, aussi son usage est-il très répandu dans le commerce du monde entier.

Les Billets de Banque ou Billets au porteur sont des engagements souscrits par une banque publique (voir le chapitre suivant) de payer à présentation et au porteur la somme de monnaie qui y est indiquée. C'est une espèce de billet à ordre arrivé au jour de son échéance et dont la propriété est transmissible sans la formalité de l'endossement et sans la responsabilité qu'il implique.

Comme la confîçince qu'inspirent les billets au public ne résulte ici ni du nombre des endosseurs, ni de leur responsabilité solidaire, il faut que la banque qui les émet jouisse, par conséquent, d'un grand crédit.

La facilité avec laquelle, s'opère la transmission de la pro-

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prié té d'un billet de banque jointe à sa légèreté et à la grande valeur qu'on peut lui donner sous un volume insignifiant, en font le plus commode des signes représentatifs de la monnaie, au moins dans rintcrieur des pays.

Dans tous les pays civilisés, il remplace une assez forte partie de la monnaie métallique dans les échanges ; il ne peut se substituer complètement à cette monnaie, d'abord parce que les banques qui émettent des billets à vue et au porteur doivent toujours conserver une certaine quantité de monnaie d'or ou d'argent pour satisfaire aux demandes de remboursement qui peuvent être faites, et ensuite parce que ces billets, dont la valeur doit être assez élevée pour qu'ils soient d'un usage commode, ne se prêtent pas aux petits paiements ni aux appoints, qui exigent un supplément de monnaie métallique.

Le restant de cette monnaie r^ndu inutile par l'emploi des billets de banque est exporté et sa valeur est remplacée par une importation de matériaux, d'instruments ou de provisions qui viennent accroître la masse des capitaux du pays.

Le principal service rendu par le billet de banque est donc de transformer une grande partie de l'instrument improductif de l'échange en un instrument de production; la facilité qu'il donne pour l'échange et le transport des valeurs quelque grande qu'elle soit, n'est que d'une importance secondaire par rapport à cet éminent service.

Le Mandat d-e banque ou Check. Les mandats de banque ou checks sont des titres de crédit dont on ne fait que peu d'usage sur le continent européen , mais qui sont très usités en Angleterre et aux États-Unis d'Amérique , où chaque entrepreneur d'industrie et même chaque particulier un peu aisé a l'habitude de déposer chez un banquier tout ce qu'il possède de monnaie et de valeurs disponibles, sauf ce qui est indispensable pour les menues dépenses journalières de sa maison. Le banquier ouvre un crédit à chacun de ses clients et leur donne un livre à souches contenant des mandats imprknés dans lesquels il ne reste à

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remplir que la date, la somme à payer et la signature du mandant ; la souche conservant une copie littérale de chaque mandat. Lorsque le propriétaire d'un tel livre a une somme quelconque à payer, il donije un mandat de cette valeur sur son banquier; le mandat est détaché du livre à souches qui en conserve copie ; et le banquier paie la somme qui lui est indiquée au porteur ou il rinscrit au crédit du compte de celui-ci, si c'est un de ses clients. D'un autre côté chaque client envoie à son banquier la monnaie, les traites et les checks, sur luimême ou sur ses confrères, qu'il a reçus en paiement et qui sont portés au crédit de son compte. Le soir, chaque banquier envoie un de ses commis, muni des checks qu'il a reçu sur ses confrères, à un bureau central de liquidation (clearing house) où l'on dresse le compte de chaque banquier envers ses confrères.

Les checks dont les valeurs se compensent sont ensuite échangés, et la différence, s'il y en a, est soldée en billets de banque et à l'aide d'un faible appoint en numéraire. Dans les grandes villes de commerce, telles que Londres et New- York, les liquidations ainsi opérées s'élèvent à une valeur de plusieurs millions de francs par jour; s'il fallait compter ces sommes en monnaie d'argent, la journée entière n'y suffirait pas, et les spéculations commerciales seraient entravées par la difficulté matérielle de transporter et d'encaisser d'aussi énormes masses de monnaie, tandis que par le procédé des checks tout se simplifie et les opérations de paiement n'exigent que peu de personnes, de temps et de monnaie.

A des époques déterminées , les checks acquittés par le banquier sont confrontés avec le registre à souches tenu par le client pour la vérification de la comptabilité. Quand le crédit du client est épuisé, le banquier l'invite à renouveler son dépôt, et s'il n'est pas obtempéré à cette invitation, il refuse d'acquitter les checks signés par ce client , en motivant ce refus par une formule polie.

Quand la somme déposée par un particulier chez un banquier

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fonne une avance considérable, celui-ci ouvre à son client un compte courant d'intérêts réciproques, dans lequel une légère différence entre l'intérêt du débit et celui du crédit, paie le service rendu par le banquier; si l'avance est en grande partie compensée par des paiements, le banquier ne fait pas payer ses services, mais il ne tient aucun compte de l'intérêt des avances. Enfin quand on ne lui confie que de faibles sommes, pendant im temps trop court pour qu'il puisse les faire valoir, il prélève un tantième assez minime sur ces fonds comme paiement de son intervention.

En résumé les checks épargnent aux nations qui en fo^ usage l'emploi d'une quantité notable de monnaie métallique et ils rendent plus promptes et plus commodes les transactions commerciales.

Pour les particuliers, l'usage des checks qui suppose l'intermédiaire d'un banquier, leur évite la dépense d'avoir un coffrefort, im livre de caisse, et de payer des caissiers et des encaisseurs.

D y a donc là pour le public une grande économie d'argent, de temps et de surveillance car les fonctions du caissier, remplies par un banquier ne sont payées qu'à raison du travail réellement exécuté, et souvent l'intérêt que ce banquier obtient des capitaux qui resteraient improductifs dans les caisses des particuliers, suffit à les payer.

Il est regrettable qu'un instrument du crédit susceptible de rendre d'aussi grands services ne soit pas encore devenu d'un usage universel.

Les warrants. On a donné le nom anglais de warrants (qui n'a pas d'équivalent univoque dans notre langue) à un certificat de dépôt dans un établissement de magasinage public de marchandises dont l'espèce, la quantité et la qualité sont désignées ainsi que la date de leur entrée en magasin, et le montant des frais journaliers ou mensuels qu'exigent le loyer de l'emplacement qu'elles occupent et les frais de garde, de conservation et d'assurance qu'elles occasionnent.

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Le propriétaire des marchandises, muni de ce certificat de dépôt, garanti exact par le dépositaire, peut vendre sa marchandise par la simple transmission de son titre au moyen d'un endossement, sans que la nature, la quantité et la qualité de celle-ci aient besoin d'être vérifiées de nouveau, sinon par un échantillon portatif quand cela peut se faire.

Le nouveau possesseur de la marchandise peut la transmettre à un autre de la même manière, sans que ces ventes qui peuvent se multiplier rapidement aient besoin d'être suivies d'un déplacement de la chose vendue, sans que le vendeur ni l'acheteur aient besoin de magasins à eux, sans qu'ils aient à se préoccuper des frais^ et des risques de la conservation.

Le warrant peut aussi servir de garantie pour un emprunt d'un capital d'une valeur inférieure à celle de la marchandise qu'il représente , sans qu'il soit nécessaire de mettre celle-ci en dépôt chez le prêteur. Ce titre de crédit sert donc à la fois à faciliter l'emprunt et la transmission des capitaux, et comme il peut être donné en échange d'autres valeurs , il épargne aussi dans ce cas l'emploi de la monnaie.

Il est à regretter que ces titres ainsi que l'heureuse application de la division du travail à l'industrie voiturière, l'emmagasinage public , qui leiu: a donné naissance , n'aient encore reçu que de rares applications sur le continent européen.

Les obligations d^ewprunt. Les entrepreneurs d'industrie trouvent ordinairement assez de facilité à emprunter des capitaux, avec l'aide des instruments de crédit que nous avons décrits ci- dessus, quand ces capitaux doivent servir à former ou à accroître un fonds de roulement dont les opérations productives ne durent que quelques mois, temps passé lequel, le capital circulant se retrouve sous une forme qui le rend disponible et permet à l'emprunteur de le rembourser sans devoir cesser les opérations de son industrie. L'emprunteur n'aurait plus cette facilité de disposer des fonds d'autmi s'il s'agissait d'en faire un capital engagé dans des constructions, des appareils ou des

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machines, par exemple, et s'il fallait en attendre le remboursement pendant le grand nombre d'années nécessaire pour amortir le capital avec les bénéfices de l'entreprise.

Les capitalistes, en effet, ont une grande répugnance à placer leurs fonds à perpétuité ou à échéance fort lointaine , car ils aliènent ainsi la faculté de reprendre leur capital lorsque sa sécurité leur semble compromise, ou de l'employer à un placement plus avantageux, s'ils en rencontrent.

Cependant pour beaucoup d'industries, particulièrement pour les mines et les grandes voies de communication, la majeure partie du capital est fixe et ne peut être restitué aux prêteurs que lentement et par petites portions , à mesure que les bénéfices permettent de l'amortir. Les gouvernements aussi ont souvent besoin d'user de leur crédit en ayant recom-s à dos emprunts, soit à perpétuité, soit avec remboursement par amortissement et à des époques indéterminées.

Pour engager les capitalistes à prêter à de semblables conditions, il faut trouver une combinaison qui leur permette de rentrer en possession du capital prêté dès qu'ils le désirent et sans formalités longues et coûteuses, et qui leur permette en même temps d'acheter et de vendre, ou de louer leurs capitaux au prix déterminé par l'état général du rapport de l'offre à la demande. Ces diverses conditions sont remplies par l'émission des obligations au porteur, représentant mie portion déterminée de capital rapportant annuellement un intérêt fibce. Les portions du capital sont prises ordinairement de manière à être assez faibles pour qu'il soit facile à l'emprunteur de les rembourser isolément et pour que l'acquisition des obligations soit à la portée des fortunes médiocres qui sont les plus nombreuses.

L'intérêt annuel à payer qui est stipulé dans ces obligations n'est pas toujours tel qu'il est déterminé par le rapport de l'offre à la demande en location de capitaux au moment de l'émission des obligations et l'intérêt étant fixé ne peut non plus suivre les ^fluctuations de ce rapport j mais il est obvié à

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cet inconvénient qui éloignerait les acheteurs d'obligations ou qui forcerait à stipuler un intérêt fort élevé par la variabilité du taux auquel le capital nominal des obligations peut s'acheter.

Quand l'intérêt est ûkc et le capital non remboursable ou à très longue échéance, c'est la rente annuelle que rapporte l'obligation qui en détermine la valeur, mais non celle du capital purement nominal que celle-ci représente.

Ainsi, en supposant que 5 p. c. soit le taux courant de l'intérêt pour des capitaux placés dans les mêmes circonstances de sécurité que ceux qui sont représentés par certaines obligations; si celles-ci rapportent 15 fr. annuellement, elles vaudront 300 fr., quelle que soit leur valeur nominale, si elles ne sont pas remboursables, ou si elles ne le sont que dans un grand nombre d'années.

Deux subdivisions de l'industrie voiturière, les banques dites de spéculation et les agents de change , et un des instruments de cette industrie, les bourses de commerce, facilitent considérablement l'émission et la circulation des obligations émises par les gouvernements et par les grandes compagnies industrielles.

Par ces intermédiaires, et par l'effet de la publicité donnée à leurs opérations, aucune marchandise n'a un prix courant mieux connu de tout le monde et obéissant plus facilement aux oscillations du rapport de l'offre à la demande , que les obligations à rentes fixes. La fixité de l'intérêt, l'exactitude de son paiement, la connaissance exacte de leur prix courant, la facilité que l'on a de les vendre ou de les acheter sans perte de temps et sans presque de frais par l'entremise des agents de change opérant dans les bourses de commerce , font rechercher ces obligations par la plupart des personnes qui ont des capitaux à placer même temporairement.

C'est à l'intervention de ces puissants instruments du crédit que l'on peut surtout attribuer l'immense et rapide essor acquis par la grande industrie depuis vingt-cinq ans environ; ils permettent en effet la participation d'un très grand nombre de

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petits capitaux à ces opérations. D'un antre côté on ne peut douter que la facilité ainsi donnée de placer d'une manière à la fois avantageuse et assez sûre les épargnes même minimes des particuliers non industriels , a dû contribuer pour beaucoup à stimuler le zèle pour un surcroît de travail et l'esprit d'épargne et de prévoyance et en même temps à déraciner la vieille manie de la thésaurisation improductive, née de la difficulté et de rinsécurité du placement des capitaux dans l'antiquité et au moyen ôge.

Il semble malheureusement que les inventions Ipunaines, quelque utiles et bienfaisantes qu'elles soient ne puissent jamais être entièrement exemptes de conséquences fâcheuses. C'est ainsi que la facilité d'émission des titres de crédit portant une rente fixe a permis aux gouvernements d'emprunter des capitaux énormes, au détriment de l'industrie, capitaux qui le plus souvent ont servi à des dépenses improductives ou même nuisibles, comme la guerre, par exemple.

Un autre résultat fâcheux de la facile transmission des titres de rente c'est de favoriser le jeu ou l'agiotage, par l'attrait qu'ont tous les jeux de hasard quand une certaine habileté peut exercer quelque influence sur leurs résultats , et quand le gain qu'ils procurent peut devenir considérable.

L'agiotage , dont les gains ne sont pas un accroissement de richesse pour la société puisqu'ils sont toujours compensés par des pertes équivalentes, a deux conséquences également nuisibles.

La première c'est de détourner les capitaux et l'intelligence des joueurs des opérations productives de la vraie industrie ; la seconde, de décourager les travailleurs honnêtes par le spectacle des grandes fortunes acquises rapidement et presque sans peine, et de démoraliser les spéculateurs en leur faisant transgresser insensiblement la limite qui sépare la spéculation honnête de la spéculation frauduleuse.

Cependant ces inconvénients résultant de l'emploi des obli-

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galions à rentes, inconvénients qui sont dûs surtout à de regrettables lacunes dans l'éducation morale de la société sont plus que compensés par l'immense puissance que ces obligations donnent au créclit.

Des cédules hypothécaires. Les cédules hypothécaires sont aux obligations à rente fixe, ce que le capital Çmé au sol par des constructions ou des améliorations est au capital engagé de l'industrie ; c'est à dire qu'elles sont des titres représentant la valeiu: rendue fixe d'une portion peu étendue du sol.

Ces titres étant au porteur, sont négociables comme des titres de rente ordinaires ; comme eux ils donnent droit à un revenu fixe et payable à une époque déterminée ; mais de plus ces titres sont remboursables au pair à une échéance éloignée, mais certaine et dont la durée varie ordinairement entre 25 et 41 ans. !La créance étant solidement garantie par le gage immobilier, l'intérêt des cédules est modéré (voir le ch. XX sur les causes qui font varier le taux de l'intérêt). Le service régulier des intérêts et le remboursement du capital à son échéance, se font par l'entremise et sous la garantie d'établissements de crédit appelés banques foncières dont nous parlerons dans le chapitre suivant.

Le crédit foncier aide de l'instrument qui vient d'être décrit, a rendu, d'éminents services à là propriété territoriale en Allemagne et en Pologne, et a beaucoup contribué au développement de la production agricole dans ces contrées ; mais ce genre de crédit est encore peu en usage dans le reste de l'Europe. Les vic3S de la législation, souvent encore en partie féodale, qui régit la propriété foncière et l'hypothèque, les impôts qui pèsent sur les mutations de propriété et sur les emprunts, enfin les lenteurs, les difficultés et les frais des expropriations nuisent considérablement à l'extension du crédit foncier et au perfectionnement des procédés qui servent à l'utiliser.

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