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DU PAPIER-MONNAIE

Origine de la valeur da papier-monnaie. —11 chasse la monnaie métallique de la circulation. — Avantages et inconvénients du papier-monnaie. — La dépréciation possible du papier-monnaie est sans limite.— Influence fâcheuse de la dépréciation sur le commerce et le crédit. — Le papier-monnaie rend difficile les relations avec Tétranger. — Il est facile de le falsifier.— L'usage du papier-monnaie a toujours été imposé par la nécessité. — Inutilité d'une garantie territoriale pour maintenir la valeur du papier-monnaie.— Exemples historiques à Tappui de la théorie du papier-monnaie. États-Unis d* Amérique. Assignats de la république française. Billets de la banque d'Angleterre. Billets de la banque de Vienne.

On a VU (cli. X, de la monnaie) que la valeur de la monnaie dérive de deux causes : la valeur intrinsèque du métal dont la monnaie est faite, et la propriété qu'elle a de rendre service comme intermédiaire des échanges.

De cette double origine de la valeur des monnaies il résulte que l'instrument des échanges n'a pas rigoureusement besoin d'avoir une valeur intrinsèque et qu'il suffit que l'on soit obligé de s'en servir sans pouvoir s'en passer ni pouvoir y substituer autre chose. •— C'est là ce qui a suggéré l'idée de créer le papier-monnaie qui n'est qu'un titre ou un signe représentatif auquel une loi attribue la faculté de servir d'instrument des échanges, en accordant au débiteur l'autorisation de payer sa créance en cette monnaie que le créancier est forcé d'accepter pour sa valeur nominale.

L'effet immédiat et inévitable du papier-monnaie chez la nation qui l'adopte est de se substituer à la monnaie métallique, car quand elle vient s'ajouter à celle-ci, la surabondance des unités monétaires en produit la dépréciation et il devient avan-

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tageux pour le commerce d'exporter la monnaie dépréciée pour la remplacer par d'autres marchandises.

Quand tonte la monnaie métallique a disparu et que du papier y a été substitué, il en résulte pour la nation un avantage semblable à celui qu'elle retire de la circulation des billets de banque, mais plus complet, car le papier-monnaie peut se subdiviser en coupures plus petites et de plus, comme il n'est pas remboursable, il ne rend pas nécessaire l'accumulation d'une réserve en monnaie métallique.

Le papier- monnaie présente donc sur les monnaies métalliques l'avantage d'être un instrument presque gratuit des échanges, et sa substitution à l'or ou à l'argent permet au pays qui l'effectue de convertir en capital l'énorme valeur employée jusqu'alors à faciliter l'échange.

Mais cet avantage est déjà en grande partie réalisé par l'emploi de titres de crédit remboursables et surtout des billets de banque. Il est tellement compensé d'ailleurs par de graves inconvénients, que jamais aucune nation n'a substitué la monnaie de papier à celle de métal, sans y avoir été contrainte par des événements graves ou par des gouvernements à la fois despotiques et ignorants, et toujours l'adoption du papier-monnaie, comme instrument des échanges, a été suivi de conséquences funestes au crédit et à la prospérité des nations qui en ont fait ' usage.

La grande facilité qu'offre l'importation ou l'exportation des métaux précieux, et la conversion de leurs lingots en monnaie ou celle de la monnaie en lingots, jointe à la grande stabilité relative de la valeur des métaux précieux fait que les variations de la valeur des monnaies métalliques, et surtout sa rapide dépréciation, est peu à craindre. Il en est tout autrement pour la monnaie de papier. Sa valeur ne peut demeurer stable qu'à la condition que la quantité de cette monnaie qui est mise en circulation, réponde exactement aux besoins. Si l'émission dépasse cette quantité, aussitôt cette valeur se déprécie sans

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que la fusion ou l'exportation y puissent porter remède, puisque la matière première n'a aucune valeur, et que la loi, qui obb'ge le créancier à accepter la monnaie de papier en paiement de sa créance, n'est pas en vigueur à l'étranger.

Rien n'arrête donc la dépréciation possible du papier-monnaie, dépréciation qui peut aller jusqu'à l'anéantissement complet de sa valeur.

Avec une telle perspective, nul ne se soucie de prêter ses capitaux, car on est exposé à être légalement remboursé en une valeur beaucoup moindre que celle que Ton a prêtée. On craint aussi de vendre des propriétés ou des marchandises, car si l'on ne peut faire immédiatement usage du papier que l'on a reçu en paiement, il peut se déprécier entre les mains de son possesseur.

Il résulte de là un anéantissement complet du crédit et une stagnation des affaires commerciales qui , en diminuant la demande ou l'usage de la monnaie, ajoute encore à sa dépréciation.

Si une nation qui fait usage du papier -monnaie éprouve une disette, ou s'il lui survient tout autre événement qm l'oblige à une exportation considérable et immédiate de valeurs facilement réalisables, elle ne pourra satisfaire ce besoin sans perdre un temps précieux et sans s'imposer de grands sacrifices. Si cette nation avait conservé sa monnaie métallique, elle aurait pu l'exporter en la remplaçant momentanément par des titres de crédit, jusqu'à ce que des exportations de marcbandises, effectuées sans perte, eussent fait rentrer des métaux précieux dans le pays.

Un autre inconvénient du papier-monnaie, c'est qu'il offre à la fois un grand appât et une grande facilité aux contrefacteurs, et que la crainte perpétuelle de recevoir des monnaies contrefaites ou dont l'authenticité est difficile à vérifier, rend pénible et embarrassante la circulation de cette monnaie, comme le serait celle de lingots d'or ou d'argent non titrés ni circonscrits d'une empreinte,

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Ces inconyénîents sont d'une telle gravité qu'en temps de paix et de prospérité commerciale, aucune nation n'a voulu essayer de substituer le papier-monnaie à la monnaie métallique pour réaliser l'économie qui résulte de cette substitution. D'ailleurs avant que l'expérience ait démontré la possibilité de se servir d'un intermédiaire des échanges sans valeur intrinsèque, il était fort difficile d'admettre la vérité de cette proposition. Les gouvernements qui firent les premiers l'emploi du papiermonnaie y étaient forcés par la nécessité absolue, résultant de graves embarras financiers, d'énormes dépenses à supporter, de la difficulté d'obtenir le paiement des impôts et de l'impossibilité de contracter des emprunts.

Chaque fois qu'il y a eu création du papier-monnaie» la quantité émise a bientôt dépassé les besoins de la circulation et il y a eu une dépréciation qui dans certains cas est allée jusqu'à l'anéantissement complet de la valeur du papiermonnaie.

On a toujours cru rendre la circulation de ce papier plus facile et plus assurée en le donnant comme le signe représentatif d'une valeur quelconque, ainsi les bons territoriaux des Etats- Unis, et les assignats de 1790 en France pouvaient, non seulement servir légalement à rembourser des prêts faits en monnaie métallique et à payer les impôts, mais ils étaient des titres pour l'acquisition de domaines nationaux qui en constituaient la garantie. La valeur de ces bons territoriaux et de ces assignats, ou au moins leur valeur nominale, ne tarda pas à dépasser de beaucoup la valeur des propriétés nationales qui en formaient en quelque sorte l'hypothèque. Mais, quand même la valeur de ces biens fût demeurée très supérieure à celle de leurs signes représentatife, la dépréciation de ceux-ci n'en aurait pas moins eu lieu, par le seul effet de leur surabondance par rapport à la demande de l'instrument des échanges.

Qu'importe, eu effet, à celui qui a besoin de pain, d'avoir dans sa poche de quoi acquérir des terres, des forêts ou des maisons^

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lorsque le boulanger refiise de lui donner du pain en échange de ces titres?

Les bons territoriaux des États-Unis forent émis à Tépoque de la guerre de l'indépendance ; les émissions successives dépas sèrent bientôt de beaucoup les besoins de la circulation, aussi la dépréciation fut-elle si rapide et si grande, que le public, malgré son patriotisme, finit par refuser absolument de se servir d'un tel moyen auquel il fallut substituer, avec bien des frais et au prix de bien des ruines, de la monnaie métallique.

En France, les assignats furent créés le 1^ avril 1700 ; la première émission fut de quatre cent millions de livres. La dépréciation de la monnaie métallique qui s'ensuivit activa le commerce d'importation ; l'accroissement de liberté qui en résulta, joint aux heureuses conséquences de l'abolition des corporations et des douanes intérieures, ainsi que la conclusion d'un traité de commerce libéral avec l'Angleterre, furent d'abord avantageuses pour la France ; le commerce et l'industrie reçurent une vive impulsion, mais bientôt la gêne financière du gouvernement, la terrible crise politique de cette époque, le manque absolu de crédit public , le refus par une partie de la nation de payer les impôts, toutes ces circonstances contraignirent le gouvernement à multiplier les émissions d'assignats bien loin au delà des besoins; la valeur nominale en atteignait : en 3792, 2,700 miUions; en 1793, 5 milliards et en 1796, 45,500 milHons.

Enfin au mois d'août 1796, la valeur nominale des assignats émis par le gouvernement français, ayant atteint le chiffire énorme de quarante-cinq milliards de livres, sans compter ce qu'il en avait été importé et fabriqué de faux, la valeur effective de ce papier tomba à zéro et le gouvernement, qui avait décrété la peine de mort contre ceux qui refusaient de l'accepter au taux nominal, fut forcé de renoncer lui-même à s'en servir.

Ceux-là seuls qui eurent l'audace d'acquérir les domaines nationaux avec les assignats avilis, réalisèrent plus tard de

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grands bénéfices, mais la masse de la nation en fat î^pauvrîe dans une mesure bien plus considérable.

En 1797, le gouvernement britannique, après avoir depuis longtemps emprunté tout le capital de la banque d'Angleterre, ne consentit à renouveler le privilège de cette banque qu'à la condition qu'elle lui prêterait un nouveau capital en billets.

La banque ayant dû accepter cette condition, fit une nouvelle émission de billets au porteur, qui furent prêtés au gouvernement et dépensés par lui. Alors le nombre de ces billets dépassa les besoins de la circulation, et les détenteurs se présentèrent en foule à la banque pour en obtenir le remboursement en monnaie d'or qu'elle n'avait plus. Sa faillite était imminente.

Elle s'adressa au gouvernement pour en obtenir la restitution de son capital, mais comme celui-ci était entièrement dépensé, le gouvernement ne trouva d'autre moyen de sauver la banque que de l'autoriser à suspendre le paiement de ses billets.

Dès lors ceux-ci devinrent du papier-monnaie et subirent une dépréciation en rapport avec leur surabondance.

De nouvelles exigences du gouvernement anglais, auxquelles la banque dut céder, augmentèrent encore le nombre des billets, et leur dépréciation qui causait un grand dommage au crédit et ruinait les créanciers qui, ayant prêté de l'or, étaient remboursés en billets dépréciés.

Le gouvernement néanmoins resta sourd à toutes les réclamations, et le parlement déclara, même par une Ipi devenue célèbre, que les billets de la banque d'Angleterre n'avaient pas baissé de valeur et continueraient d'être l'équivalent exact de la quantité d'or qu'ils représentaient , tandis qu'il était connu de tout le monde qu'il fallait trois billets d'une livre sterling pour acheter ce que l'on obtenait en échange de deux livres sterling en or.

Par suite des efforts du gouvernement et des sacrifices que s'imposa la nation anglaise, la dépréciation s'arrêta à ce point; cependant le gouvernement malgré sa déclaration fut obligé

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d'augmenter le salaire des fonctionnaires et des armées de terre et de mer dans la proportion de la prétendue augmentation du prix de toutes choses , et lorsqu'il contracta de nouveaux emprunts, il reconnut avoir reçu des livres sterling d'une valeur égale à celle d'un poids d'or déterminé, tandis qu'en réalité il n'en recevait que les deux tiers par suite de la dépréciation du papier.

Après quelques années toutes les transactions se réglèrent sur le même pied, la livre sterling ne valant plus que les 2/3 de son ancien taux.

Le loyer des propriétés immobilières haussa nominalement de moitié. Mais en 1821 le gouvernement se vit en état de faire honneur à ses engagements antérieurs et, ne voulant pas avouer son fameux mensonge, il força la banque à reprendre ses paiements en or et au pair. De là résulta le retrait des billets qui existaient en trop dans la circulation et le restant recouvra sa valeur primitive.

Ce nouvel état de choses produisit des perturbations en sens inverses de celles qui avaient été le résultat de la baisse de valeur des billets de banque.

Le gouvernement se reconnut débiteur d'une somme moitié plus forte que celle qu'il avait reçue, au moins dans une partie de ses emprunts, et paya les intérêts en conséquence ; les traitements des fonctionnaires demeurèrent ce qu'ils étaient pendant la dépréciation ; enfin la valeur des baux et des intérêts d'engagements antérieurs haussa dans le rapport de deux à trois, ce qui eût amené la ruine d'un grand nombre de fermiers et de débiteurs, si les propriétaires et les créanciers n'avaient consenti à des transactions exigées par l'équité.

Telles sont les terribles perturbations produites dans la société par l'adoption du papier-monnaie. Une inévitable fatalité pousse les gouvernements qui en font usage vers l'abus ; car le papier-monnaie est toujours créé dans des moments de crise où les ressources ordinaires sont insufibantes et un premier excès

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dans rémission du papier, rendu nécessaire par des dépenses excessives, amène la dépréciation qui entrée une diminution correspondante du produit des impôts ; cela oblige le gouvernement à de nouvelles émissions pour augmenter ses ressources en compensant le déficit de recette, et ainsi de suite jusqu'à ce que la valeur du papier-monnaie soit tombée à zéro, ce qui correspond à la banqueroute universelle.

Les dures et éclatantes leçons de l'expérience n'ont, pas plus que les enseignements de la théorie, préservé les gouvernements modernes de la funeste manie da papier-monnaie qui est encore aujourd'hui en usage en Kussie, en Suède, dans plusieurs États de l'Allemagne et surtout en Autriche, où les billets de la banque de Vienne ont cours forcé et sont fortement dépréciés; dans les républiques de l'Amérique espagnole, etc.

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