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chances de succès, si Ton ne commence par faire sentir aux parenis toute Futilité de cet enseignement et toute l'importance qui s'attache à ce qu'ils veillent sans cesse à l'accomplissement de leur devoir à eux, qui consiste à donner l'exemple et à encourager la pratique de la morale dans toutes les circonstances de la vie..

Il est une opinion, assez généralement admise, même parmi des esprits très distingués, et qui prédomine en Suisse, le pays de l'Europe où l'éducation du peuple est l'objet de la plus constante sollicitude, — c'est que l'intérêt de la société, exigeant impérieusement que l'ouvrier soit intelligent et par conséquent instruit, son instruction est une charge qui incombe à la société entière, ou à son représentant : l'État, lequel doit avoir pour premier devoir de rendre l'instruction accessible aux plus pauvres. en la donnant gratuitement.

Aussi pénétré que qui que ce soit de l'immense utilité de la diffusion de l'enseignement parmi les classes laborieuses, nous ne pouvons néanmoins partager la généreuse illusion des partisans de renseignement gratuit et obligatoire doriné par l'État.

Voici les deux motifs principaux qui nous portent à repousser ce système.

Premièrement, la gratuité de cet enseignement est plutôt apparente que réelle, car l'ouvrier qui ne paye pas l'instruction de ses enfants au maître d'école, la paye à l'État sous forme de contribution, ce qui, quant à l'effet sur sa bourse, revient absolument au même, sauf que celui qui n'a pas d'enfants paye pour

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celui qui en a, au détriment de l'équité. En outre, celui qui paye renseignement souS forme de contribution, en même temps que tous les autres services qui lui sont rendus par TÉtat, ne peut discerner s'il n'en donne pas un prix trop élevé, tandis que, quand il le paye directement à l'instituteur, il peut rappré" cier et en débattre le prix et la qualité ; de plus, il a la garantie que la concurrence empêchera toujours ce prix de s'élever au delà de ce que le service rendu vaut réellement, garantie que le gouvernement ne peut lui donner. Enfin, il est bien reconnu que l'on fait peu de cas, même de la chose la plus précieuse» lorsqu'il n'en coûte rien de l'acquérir; il serait donc fort à craindre que l'enseignement ne fût pas appré^ cié à sa juste valeur, et que l'on n'en profitât pas autant qu'il le faudrait, si l'État se chargeait de le donner gratuitement.

En second lieu, l'enseignement donné par l'État ^ rendu obligatoire est une atteinte portée à la liberté du père de famille, une atteinte grave, car elle a, du même coup pour effet de lui enlever la responsabilité ; et, en réalité, c'est cet enseignement par l'État, qui, partout où il est exclusivement pratiqué, engendre cette funeste indifférence des parents pour la manière dont leurs enfants sont instruits. Trouvât-il cette manière mauvaise, comme il n'y en a qu'une, celle que pratique le gouvernement, et que, d'ailleurs, les facultés intellectuelles et morales de tous sont façonnées dans le même moule officiel, il ne lui servirait de rien de vouloir y trouver à redire , puisqu'il lui serait impossible d'y porter remède*

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I^r que l'État Ait fôndé à imposer un enseignement et à le rendre obligatoire, il fondrait, avant tout, qu'il pût garantir que cet enseignement est parfait et le seul parfait; or, comme un gouvernement se compose d'hommes qui n'ont pas reçu du ciel, en même temps que le pouvoir, le don d'infaillibilité, cette garantie est impossible.

Mais, dit-on parfois : l'État, en vue de l'intérêt social, lésé par l'ignorance^ source féconde de maux pour la société, peut exiger de tout père de famille qu'il fasse instruire ses enfants, sans lui ôter le choix de l'instruction qu'il préfère.

L'intérêt social ne peut être légitimement invoqué pour justifier une atteinte à la liberté individuelle ou au droit de propriété ; admettre le contraire ce serait jeter la société en plein communisme; mais on peut, à plus juste titre, réclamer Tintervention de TÉtat afin de rendre obligatoire un certain degré d'instruction pour les enfants, en vertu du droit qu'ont ceux-ci d'obtenir de leurs parents les moyens de pourvoir, par eux-mêmes, à leur existence, moyens parmi lesquels il faut ranger aujourd'hui, en première lignCi l'instruction nécessaire pour se comporter dans le monde en citoyen utile à lui-même et à la société. Il est regrettable que le contrôle de la société sur la manière dont les parents remplissent leurs obligations naturelles envers leurs enfants, ne puisse s'exercer que sur le degré de développement qu'ils donnent à Vintelligence de ceux-ci, et nullement sur celui que réclament, non moins impérieusement, leurs facultés morales, pour se confor-

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mer à cette sentence de Rabelais : « Science sans conscience n'est que ruine de Tânle (1). »

Il faut, pour que l'État puisse imposer aux citoyens une obligation efficace , qu'il s'assure préalablement s'il existe des moyens de la remplir. Il doit donc déterminer le degré d'instruction qu'il juge nécessaire et la manière de constater que les connaissances exigées ont été réellement acquises. Par cela seul aussi que l'État oblige les parents à recourir aux services des instituteurs, il investit ceux-ci d'une espèce de monopole dont ils peuvent abuser, et si, pour y remédier dans les localités où ce monopole n'est pas annulé par une concurrence suffisante, il crée lui-même des établissements d'instruction, ce monopole passe, de fait, entre ses mains, car aucun instituteur privé, qui a besoin de faire des bénéfices pour vivre, ne peut lutter contre un établissement public dont les employés reçoivent de l'État des appointements fixes, qu'il y*ait bénéfice ou perte dans l'entreprise ; alors la situation est la même que si le gouvernement accaparait l'instruction pour lui seul.

C'est là, malheureusement, une tendance assez générale chez les gouvernements, et dont nous

(I) Cette question à donné lien à une discussion très intéressante entre BÏM. 6. de Molinari et Frédéric Passy, publiée dans VÉconomislc belge. Années 1857 et 1858. Elle est reproduite dans un volume intitulé : De l'ensei, gnement obligatoire, discussion entre MM. F. Passy et G. de Molinari (Paris, Guillaumin,1859).

M. Frédéric Passy a publié aussi une remarquable étude sur le rôle de la famille dans Téducation, dans ses Mélanges économigties (Paris, Guillaumin, 1857.)

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craindrions les effets dans le cas de renseignement obligatoire; mais cette intervention de TÉtat ne serait pas nécessaire pour assurer les moyens dese procurer de l'instruction. En effet, la conséquence du monopole des instituteurs, né de la contrainte exercée à l'égard des parents, serait d'abord d'assurer aux maîtres d'écoles un bénéfice élevé et certain qui, produisant ses effets ordinaires, leur susciterait une concurrence qui ne cesserait que lorsque le nombre des instituteurs se serait mis en rapport avec celui des élèves à instruire. Il suffirait donc de quelques années d'attente pour amener ce résultat.

Ainsi, même en admettant (comme nous le faisons pleinement) que la société doive intervenir pour sauvegarder le droit qu'ont les enfants d'obtenir de leurs parents la nourriture intellectuelle comme la nourriture corporelle, l'instruction peut et doit rester dans le domaine de l'industrie privée, qui peut être stimulée, au besoin, par la charité et par les entrepreneurs d'industrie assez éclairés pour comprendre qu'il est conforme à leur intérêt que les ouvriers qu'ils emploient soient instruits, intelligents et probes.

Que les patrons s'unissent donc pour faire sentir aux ouvriers combien il . leur importe que leurs enfants reçoivent une instruction convenable, et combien eux-mêmes peuvent y contribuer par le bon exemple; qu'ensuite ces mêmes patrons se cotisent pour faciliter la création d'établissements d'instruction pour les enfants d'ouvriers, sans dispenser cependant les parents de contribuer aux frais que

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ces établissements occasionnent et de surveiller l'enseignement qui s'y donne.

Il est d'autant plus utile que les patrons fassent les avances nécessaires à cet effet, dussent-ils s'en faire rembourser plus tard par leurs ouvriers, que ceux-ci ne peuvent faire les frais d'une éducation plus complète pour eux-mêmes et pour leurs enfants, qu'à la condition de gagner un salaire plus élevé que celui qu'ils reçoivent aujourd'hui. Mais dès qu'ils auront reçu cette éducation, il leur sera possible de rembourser les avances qu'elle aura coûtées, puisque leur travail en aura une plus grande valeur, ce qui, comme nous l'avons démontré, leur profitera comme producteurs de travail, et aussi comme consommateurs des produits de ce travail, puisque ces produits sont, en réalité, créés à meilleur marché par un labeur intelligent, même quand il est mieux rétribué que par un travail purement matériel.

* Parmi les ouvriers, il en est un grand nombre dont l'instruction ne répond pas, à beaucoup près, au programme que nous en avons tracé plus haut; les uns n'ayant pas eu l'occasion de s'instruire, les autres l'ayant dédaignée pour n'en avoir pas apprécié toute l'importance. A peu d'exceptions près, tous sentent aujourd'hui combien il leur est utile de posséder quelques connaissances, et ils voudraient regagner le temps perdu. Pour ceux-là, il existe dans certaines grandes villes, des écoles d'adultes, ouvertes le soir et le dimanche, où sont répétées les notions que l'on donne aux enfants dans les écoles primaires. Ces utiles institutions pourraient se généra*-

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liser, si les ouvriers, sentant toute Timportanoe de rinstruction, voulaient en faire la dépense, qui serait minime là où ils seraient nombreux, et à laquelle les maîtres ne refuseraient sans doute pas de contribuer, puisqu'il est de leur intérêt d'avoir des ouvriers instruits.

£n Angleterre et aux États-Unis d'Amérique, où les salaires sont généralement élevés, les ouvriers d'une même ville et quelquefois d'une même profession, se cotisent pour former, à frais communs» une petite bibliothèque d'ouvrages usuels, qui sont mis à la disposition de tous les associés. Des fonds sont formés de la même manière, pour louer, cHjxflfer et éclairer une salle dans laquelle un professeur donne, pendant les longues soirées de l'hiver, une ou plusieurs leçons sur un sujet qui intéresse les ouvriersj d'autres professeurs, dont plusieurs vont ainsi porter leur science de ville en ville, les mettent à la disposition du même auditoire, et comme celui-ci est fort nombreux, une très minime cotisation prélevée sur chacun de ses membres, suffit pour rétribuer le corps enseignant d'une manière assez lucrative pour que des hommes d'un talent distingué ne dédaignent pas cette utile profession. Quelques savants donnent aussi de ces leçons publiques à l'usage des ouvriers , gratuitement et par pure philanthropie. Cet enseignement, joint à d'excellents traités élémentaires sur diverses connaissances, publiés à très bas prix, mettent Yinstruction à la portée du grand nombre, à l'avantage des ouvriers et des maîtres, et aussi des progrès de l'industrie. Il est vive-

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ment à désirer que quelques tentatives de ce genre, faites dans notre pays, soient couronnées de succès, cela devient même indispensable, si nous voulons maintenir notre industrie sur un pied d'égalité avec celle des nations qui nous entourent. Déjà, Ton peut signaler, comme symptômes avant-coureurs de ce progrès, des conférences données par plusieurs orateurs à la classe ouvrière, et écoutées avec intérêt par celle-ci, et le goût de la lecture d'ouvrages instructifs, qui se répand parmi elle. *

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