CHAPITRE IV
BU TRAVAIL DES FEMMES ET DE SA RÉMUNÉtlATION
* En général la rémunération du travail des femmes, à mérite égal, est moins élevée que celle du travail des hommes, ce qui ne peut provenir que d'un excès de l'offre sur la demande qui se fait des divers genres de travaux pouvant être exécutés par des femmes.
Cette pénurie de la demande provient principalement de deux causes : la première, c'est que les hommes se sont attribué le monopole exclusif ou presque exclusif de certaines professions, dont les unes seraient plus convenablement exercées par des femmes, et dont les autres peuvent être du domaine des deux sexes. Ainsi, parmi les travaux manuels, il en est beaucoup qui exigent plus d'adresse, de délicatesse et de dextérité que de force et auxquels les femmes sont par conséquent, plus propres que les hommes; il en est de même des travaux de l'intelligence qui nécessitent de la finesse de tact et
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une promptitude de jugement, en quelque sorte intuitive. Cependant, il s'en faut de beaucoup que dans la société actuelle, les travaux soient distribués entre les deux sexes selon cette règle.
Ainsi, par exemple, on voit à Paris et dans plusieurs autres grandes villes, les fonctions de commis, dans les magasins d'étoffes et de nouveautés, être remplies par des jeunes gens, à qui conviendraient certainement mieux des fonctions plus viriles, tandis que dans nos mines, nos campagnes et nos manufactures, nous voyons des femmes chargées d'un labeur si rude ou du transport de fardeaux si lourds, que peu d'hommes consentiraient à remplir la même tâche. Citons, par exemple, les botteresses du pays de Liège, les haleuses de bateaux du canal de Pommerœul à Antoing, etc.
La deuxième cause qui tend à limiter la demande du travail des femmes, c'est le peu d'instruction, et surtout d'instruction solide, qu'elles reçoivent généralement, et qui resserre, dans des limites fort étroites, le nombre des professions qui leur sont accessibles^ tant parmi celles qui exigent des efforts purement intellectuels , que parmi celles qui demandent un faible travail matériel dirigé par une intelligence plus ou moins exercée. C'est ainsi que le vaste domaine des sciences, des lettres et des arts et de leurs nombreuses applications est à peu près inaccessible aux femmes, et que le petit nombre d'entre elles qui pourrait l'exploiter avec fruit, en est souvent retenu par la crainte de se singulariser, ou même de se ridiculiser.
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Le MX de cette insuffisance de renseignement pour les femmes est assez bien établi par la statistique, qui montre que le nombre des écoles et des élèves qui les fréquentent, la durée et l'importance des études qui s'y font, est de beaucoup plus considérable pour les garçons que pour les filles.
Les connaissances que l'on donne à ces dernières ne sont le plus souvent qu'ébauchées ou mal fixées dans leur esprit, ce qui fait qu'il leur est difficile d'en retirer une utilité réelle. Quant aux écoles professionnelles pour les femmes, si l'on en excepte quelques écoles normales et quelques ateliers d'apprentissage pour les professions manuelles, elles n'existent nulle part.
Est-il étonnant dès lors, qu'il y ait encombrement de l'offre dans le petit nombre de professions auxquelles conviennent les services du sexe féminin, ainsi limités?
Quant à l'offre du travail, elle est faite par les veuves, les orphelines et par une multitude de filles qui ne trouveront jamais sur le produit de leur travail, et malgré la plus rigoureuse économie, une dot pour se marier, ou un petit pécule pour établir un commerce; l'offre est faite aussi par de jeunes filles que leurs parents ne peuvent pas soutenir, et même par des femmes mariées dont les maris ne gagnent pas assez ou dépensent trop pour subvenir seuls aux frais du ménage.
Ce travail forcé des femmes et l'insuffisante rémunération qu'elles en retirent est une des conséquences les plus tristes de notre civilisation, encore
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si incomplète à tant d'égards. Les maux et les souffrances engendrées par cette plaie sont innombrables, tant au point de vue matériel que sous celui de la condition morale des peuples, et Ton peut mesurer avec certitude, le degré de civilisation atteint par une nation, et la somme de bien-être dont elle jouit, au degré de liberté et de dignité que Ton y accorde à la femme.
En effet, la femme n'est-elle pas la première éducatrice et surtout la première moralisatrice de l'enfance? Et de l'impression laissée par la mère et les sœurs aînées sur le cœur du jeune enfant, ne dépend-il pas qu'il soit un jour un être probe, courageux et actif, ou un malheureux, incapable de résister aux incitations de la cupidité ou de la paresse, à l'entraînement des plus mauvaises passions?
Ne dépend-il pas aussi des soins assidus et intelligents d'une mère, et que celle-ci seule peut donner, qu'un enfant soit robuste et sain de corps et d'esprit, et la plupart des enfants privés de ces soins, ou qui ne les reçoivent que de mains mercenaires, non affectionnées et non intelligentes, ne portent-ils pas toute leur vie l'ineffaçable trace de la débilité du corps et de l'esprit?
On peut accuser, croyons-nous, le manque ou l'insuffisance de l'éducation maternelle , de la débilité et du rachitisme moral, intellectuel et physique, qui afflige une si grande portion de l'humanité et qui, en paralysant chez elle, tant de talent , d'activité et de force est un si grand obstacle au progrès de la civilisation.
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