INTRODUCTION
Pourquoi écrire encore sur le Salaire, quand cette question a été traitée dans tous les ouvrages d'économie politique, depuis Adam Smith jusqu'aux derniers manuels publiés depuis peu ?
C'est parce que, à notre avis, la plupart des auteurs ont envisagé celte importante question d'une manière assez superficielle, tandis que nous désirons l'approfondir et rattacher à la théorie pure une série d'applications, ou plutôt parce que nous voulons essayer de montrer de quelle manière les circonstances peuvent modifier cette théorie abstraite.
Dans plusieurs traités d'économie politique, le travailleur est considéré uniquement comme producteur, tandis que son rôle comme consommateur dans la société est entièrement négligé ; or, suivant nous, il est nécessaire, si l'on veut avoir une vue complète et exacte de la théorie du Salaire, d'étudier l'ouvrier sous son double aspect de producteur et de consommateur.
DU 8ALAIBI. I.
Enfin, Ton n'est trop souvent porté à ne voir dans le travailleur qu'une forme spéciale de réceptacle de la force motrice, peu ou point susceptible de joindre à ses efforts musculaires un effort intellectuel ou moral; on le regarde presque toujours comme fournissant, en toute circonstance, une quantité à peu près constante de labeur purement matériel, sans examiner si le travail intellectuel ou moral qu'il est susceptible de produire n'a pas une valeur infiniment plus élevée, et ne mérite pas, par conséquent une plus forte rémunération.
Certains auteurs nous montrent aussi Tintérét du salarié comme étant en opposition constante et nécessaire avec l'intérêt du capitaliste et de l'entrepreneur d'industrie ; nous voulons nous attacher à démontrer, au contraire, que l'intérêt du travailleur et celui du capitaliste ou du patron sont entre eux en parfaite harmonie. Si nous réussissons dans cet essai, nous aurons contribué, dans la mesure de nos faibles moyens, à combler la lacune laissée par Bastiat dans ses Harmonies économiques, que la mort ne lui a pas permis d'achever. Si nous n'y réussissons pas, au moins en signalant cette lacune, et en montrant la voie à suivre pour la remplir, nous aurons rendu un service à la science et préparé une démonstration qui pourra être complétée par un esprit mieux doué.
* Notre but principal en écrivant ces pages est de prémunir la classe ouvrière contre le danger des prédications socialistes, qu'elle n'est que trop disposée à écouter et à admettre pour vraies, quand elles
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DITRODUCTION 11
lai représentent la misère et le paupérisme comme étant la conséquence fatale de l'organisation sociale actuelle, qui divise les hommes en deux classes, ou plutôt en deux castes, les propriétaires et les prolétaires, les premiers possédant le sol et le capital à la perpétuelle exclusion des derniers, condamnés, sans rémission à un travail de plus en plus pénible et de moins en moins rémunéré. Selon ces mêmes socialistes. Tunique remède à tant d'injustice et à tant de maux, consisterait dans une révolution opérée par la violence qui rendrait collective la propriété du sol et du capital, et dont la conséquence immédiate serait le bien-être universel obtenu désormais sans effort et sans peine.
Nous voulons démontrer, au contraire, aux ouvriers, que la meilleure organisation sociale est celle qui garantit le mieux à tous la liberté du travail, la libre jouissance et la libre disposition des produits de ce travail, ou en deux mots, la Liberté et la Propriété. Nous désirons les convaincre que l'organisation sociale actuelle est fondée, en principe, sur ces deux droits, et que si, en réalité, ceux-ci ne sont pas encore respectés comme ils devraient l'être, cela tient, non à l'imperfection native de notre organisme social, mais à l'ignorance et aux mauvaises passions des hommes, qui ne savent pas toujours bien discerner le juste de l'injuste ou qui, le sachant, n'ont pas toujours la force morale nécessaire pour respecter l'un et repousser l'autre.
C'est de là et de nulle autre cause, que naissent la misère et les autres maux qui affligent la société; le
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remède à ces maux ne consiste donc pas en une révolution violente, qui ne rendrait les hommes ni plus sensés ni meilleurs, mais dans les lents quoique irrésistibles progrès de Tintelligence et de la moralité, sous un régime de paix et de concorde.
Le problème de la misère et du paupérisme ne peut être résolu par l'abolition de la propriété, qui rendrait seulement ces maux universels et irrémédiables. Ce problème sera résolu le jour où tout homme jouira sans contestation des produits de son travail matériel, intellectuel ou moral. Pour démontrer complètement cette belle et utile vérité, nous savons qu'il faudrait un talent bien supérieur au nôtre, afin de la débarrasser complètement des erreurs et des préjugés qui l'obscurcissent encore; il faudrait, non une centaine de pages, mais de nombreux et gros volumes ; cependant si cet écrit contribue pour une si faible part que ce soit à amener ce résultat, nous nous croirons bien récompensé de la peine qu'il nous a coûté! *
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