CHAPITRE IV
On a beaucoup préconisé les crèches et les écoles gardiennes comme moyens de première éducation pour les enfants dont les mères iPont pas le loisir de s'occuper; mais ce ne sont là que de faibles palliatifs, qui soulagent momentanément le mal sans en anéantir la cause, et qui ont d'ailleurs Tinconvénient d'affaiblir presque toujours les liens d'affection qui unissent entre eux les parents et les enfants, quand le soin de leur bien-être n'est pas confié à des mains étrangères.
Mais, pour que cette première éducation, qui exerce une si profonde influence sur le développement progressif de la société, soit possible, il faut deux conditions essentielles : la première, c'est que la mère de faftnille ait elle-même développé son intelligence et ait acquis au moins des notions pratiques de morale et d'hygiène; la seconde, c'est qu'elle ait le loisir nécessaire pour appliquer ces notions à l'éducation de ses enfants.
Or; ces deux conditions sont entièrement incompatibles avec la présence régulière à l'atelier, avec le travail à la journée, de la jeune fille et de la femme mariée. De la jeune fille, parce que ce n'est que chez elle et sous les yeux de sa mère qu'elle peut acquérir les qualités d'une bonne ménagère; de la femme mariée , parce que ce n'est que par des soins incessants et par une surveillance continuelle, qu'elle peut parvenir à bien diriger l'éducation de ses enfants.
Les devoirs de la femme ne se bornent pas cependant à cette seule éducation. Elle est aussi épouse et
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mère de famille. Comme telle, le soin du ménage, de sa propreté , de son comfort lui incombe ; elle doit préparer les repas, confectionner en partie et entretenir les vêtements de la famille, le linge de la maison, et rendre Tintérieur de celle-ci aussi agréable que possible, afin que son mari ni ses enfants ne songent pas à la quitter, dès que leur présence n'y est plus indispensable. Combien de maris seraient restés chez eux et seraient demeurés des hommes rangés et de bons travailleurs, s'ils avaient trouvé, en rentrant de l'atelier, une femme accorte, gaie, aimable, pour les recevoir, des enfants propres et riants, un foyer chaud, un repas bien servi, qui sont devenus des ivrognes, des débauchés et des paresseux, parce qu'ils ont demandé au cabaret le bien-être qu*ils ne trouvaient pas auprès d'une femme acariâtre ou stupide, d'enfants criards, indisciplinés et malpropres, d'un foyer éteint et d'un repas mal préparé.
Il dépend donc des femmes, quand elles ont reçu l'éducation convenable pour cela, de transformer en aisance et en jouissances paisibles et durables pour toute la famille, les égoïstes et stériles dépenses que le mari fait en tabac, en bière, en vin ou en liqueurs, les pertes qu'il fait aux jeux de hasard ou en négligeant le travail pour le cabaret. — Aussi pourra-t-on dire que dans les contrées et aux époques où les hommes ont l'habitude de passer leur temps disponible au café ou au club et d'y fumer et d'y boire beaucoup, c'est que l'éducation des femmes y est fort négligée et que les hommes les considèrent comme des esclaves ou des êtres d'une espèce infé-
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rteure à la leur. Or, il n'y a de civilisation véritable et de bien-être réel dans la société, que quand la femme y tient un rang au niveau de celui de Thomme, et qu'elle y a, par conséquent, la pleine jouissance de sa liberté et l'entier respect de sa dignité.
Partout ou les femmes occupent dans la société le rang auquel elles ont droit , les mœurs se purifient et s'adoucissent, la critique, l'éloge ou le blâme décernés par les femmes exercent sur les hommes une influence plus profonde que les jugements portés par les personnes de leur propre sexe, et cette influence les porte vers des pensées et des actions plus nobles et plus viriles. Sous l'influence des femmes aussi, le goût du Beau reprend son légitime empire et son action civilisatrice sur les sciences et sur l'industrie. L'histoire de tous les peuples est pleine d'exemples de l'influence bienfaisante exercée parles femmes sur les progrès de la société, et cette vérité n'est pas seulement applicable aux classes les plus aisées, où les fecultés de la femme peuvent se développer au plus haut degré, mais aussi et surtout à la classe ouvrière que l'influence des femmes est, plus qu'on ne le pense, appelée à régénérer.
Pour qu'il en soit ainsi, il est évident que la jeune fille qui veut se rendre capable de devenir une bonne ménagère, ne peut aller passer des journées entières à l'atelier, tout au plus pourra-t-elle consacrer au travail rémunéré une demi-journée de 8 à 6 heures, le restant de son temps devant être consacré à soninstruction et à s'initier aux fonctions de la mère de famille.
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Gomment ces fonctions , tout imparfaitement qu'elles soient comprises aujourd'hui, peuvent-elles être remplies par une femme qui, depuis son enfance, a passé toutes ses journées au fond d'une mine, par exemple, à remplir, à traîner ou à vider un waggon de charbon? Comment aura-t-elle appris, le jour où elle quittera son atelier souterrain pour se marier, la manière de conduire un ménage et d'élever des enfants? Elle se lassera bientôt d'un travail auquel elle n'entend rien et dont les résultats ne répondront pas à son attente, l'ennui la saisira, et l'on sait que l'ennui est aussi mauvais conseiller que la faim, et qu'il conduit à tous les désordres.
Il est donc de la plus haute importance que le travail des jeunes filles soit limité comme nous l'avons dit ci-dessus, et que l'instruction et l'éducation prennent pour elles la place du travail lucratif. D'un autre côté, nous avons vu que la femme mariée doit consacrer tout son temps aux soins du ménage et à la première éducation de ses enfants; il lui devient donc impossible de fréquenter l'atelier ; si elle n'a pas d'enfants ou si ceux-ci, déjà élevés, n'ont plus besoin de ses soins immédiats, elle pourra consacrer ses loisirs, soit à faire un petit commerce, si le lieu qu'elle habite y est favorable, soit à entreprendre des travaux de sa compétence, tels que des ouvrages à l'aiguille, par exemple, et qui n'exigent pas qu'elle y soit occupée d'une manière assidue.
En se conformant à ce que nous venons d'exposer, les femmes mariées et les jeunes tilles qui veulent se préparer aux devoirs qu'impose le mariage, ces-
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