CHAPITRE XTII
devrait être passible des pertes que pourrait faire celle-ci, au même titre qu'il serait participant à ses bénéfices éventuels, et, dans ce cas, il assumerait une responsabilité d'autant plus lourde à porter, qu'il n'est nullement habitué à prévoir des pertes, ni à mettre en réserve la part de bénéfice qui doit les compenser.
Les ouvriers, cependant, n'envisagent pas la question au même point de vue que les philanthropes qui se donnent la mission de défendre leurs intérêts. Quand ils s'engagent à coopérer à une entreprise, ils ne s'informent guère des chances de succès qu'elle présente, encore moins des dividendes qu'elle distribue à ses actionnaires; ils s'enquièrent uniquement de la quantité et de la qualité du travail que l'on exigera d'eux et du prix qu'ils en recevront. L'ouvrier, en eflfet, n'est rien de plus qu'un producteur de travail, et, comme tel, il doit se borner à vendre ce produit de la manière la plus avantageuse pour lui, et aux conditions les plus simples, c'est à dire, sans le compliquer de chances, plus ou moins aléatoires. L'ouvrier se trouve, à l'égard de l'entreprise à laquelle il coopère par son travail, dans la même position que le capitaliste qui prête ses fonds à cette entreprise. Quelles que soient les chances de celle-ci, qu'elle réalise des bénéfices ou qu'elle subisse des pertes, il retire de son capital prêté le même intérêt, et celui-ci est déterminé, non par les circonstances particulières où se trouve l'entreprise, mais bien par le rapport général de l'offre à la demande des capitaux.
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S50 DU SÀtAIRE.
Si le capitaliste arguait de son indispensable coopération à l'entreprise pour exiger une part dans les bénéfices produits par celle-ci, l'entrepreneur n'admettrait cette exigence qu'à la condition que le capitaliste participât également aux chances de perte, au moins jusqu'à concurrence de la valeur du capital prêté.
A cette condition, l'entrepreneur consentirait aussi à ce que le capitaliste, devenu commanditaire, surveillât la gestion de l'entreprise et eût sur cette gestion, le droit de critique et de conseil. Mais si le capitaliste, à son tour, voulait intervenir, d'une manière active, dans celle-ci, l'entrepreneur le ren*drait responsable des résultats de l'entreprise à laquelle le commanditaire aurait ainsi pris part comme associé, non plus seulement jusqu'à concurrence du capital versé par lui, mais en y engageant la totalité de ses biens. Et l'on ne peut nier que les exigences de l'entrepreneur ne soient de tous points conformes à l'équité. Or, n'en serait-il pas de même pour l'ouvrier, si celui-ci prétendait avoir droit à une part dans les bénéfices de l'entreprise, et droit aussi à en surveiller la gestion, et même à y prendre une part active? Encore, l'avantage, sinon la justice, est- ' il ici en faveur du capitaliste, car, d'un côté, son capital, et, d'un autre côté, la totalité de ses biens servent de garantie à son intervention, passive ou active, dans la gestion de l'entreprise, tandis que l'ouvrier ne peut offrir aucune garantie de ce genre, et que, participant aux bénéfices, il ne pourrait prendre sa part des pertes, ce qui ne serait pas juste.
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Enfin, la qualité de capitaliste suppose assez généralement l'instruction, l'expérience et le jugement nécessaires pour pouvoir surveiller, critiquer et même conseiller la gestion d'une entreprise, tandis qu'il est rare, au contrairOr que l'ouvrier possède ces qualités à un degré suffisant. Et si le capitaliste manque des connaissances spéciales nécessaires pour prendre une part active à la direction des affaires, ce manque ne sera-t-il pas plus grand encore chez l'ouvrier qui ne peut même s'occuper de cette direction sans négliger son travail, et sans cesser par cela même d'être ouvrier?
Il résulte donc du principe de la division du travail (voirie chapitre IX) que l'ouvrier, ne pouvant prendre part à la gestion de l'entreprise pour laquelle il travaille, ni en supporter la responsabilité, ne peut, selon l'équité, participer à ses bénéfices.
Que deviendrait une entreprise, en effet, si l'entrepreneur devait consulter tous ses ouvriers chaque fois qu'il s'agirait d'une affaire de quelque importance, telle qu'une vente de produits, un achat de matières premières, le renouvellement d'une partie de l'outillage, etc.? Pendant que les ouvriers délibéreraient, l'atelier chômerait, et les décisions, qui, pour la bonne marche des affaires, auraient besoin d'être prises rapidement, traîneraient eu longueur, dès que les avis seraient partagés par les ouvriers. Sur quoi, d'ailleurs, ceux-ci pourraient-ils fonder cet avis? Sont-ils informés de toutes les circonstances qui doivent déterminer l'entrepreneur à opérer des achats ou des ventes, de toutes les causes qui peu-
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vent influer sur les prix dans le présent et dans l'avenir? Les décisions prises par les ouvriers seront donc, en général, mal motivées, et la direction manquera de l'esprit d'initiative, qui ne peut être l'attribut que d'une pensée unique, et sans lequel aucune aff^aire ne peut prospérer.
La participation des ouvriers aux bénéfices de l'entreprise à laquelle ils consacrent leur travail, participation qui implique aussi le partage de la gestion des affaires, bien loin d'être pour eux un avantage, serait une cause de ruine et de misère, puisqu'elle entraînerait infailliblement la non-réussite des entreprises auxquelles ils prendraient part, et, par conséquent la perle du capital qui produit la demande de leur travail.^
On a prétendu cependant, qu'en s'associant entre eux, les ouvriers pouvaient se soustraire au joug humiliant du patron et se passer de sa coopération dans l'entreprise productive, en se partageant ainsi la part de bénéfice qu'il s'y attribue.
Nous sommes, certes, aussi partisan que quiconque du bien-être et de la dignité des ouvriers; nous leur avons recommandé l'association comme un puissant moyen d'accroître ce bien-être et cette dignité; mais, dans le chapitre que nous avons consacré à cet important sujet (V. Chap. XIV), nous ne leur avons pas présenté l'association comme un moyen de changer le mode d'organisation de l'industrie que l'expérience a consacré comme le meilleur et qui consiste à spécialiser les fonctions du travailleur, du capitaliste et de l'entrepreneur, ce dernier
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