‹ Du salaireChapitre 95 sur 136 · CHAPITRE XVU. â3S · texte numérisé non relu

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ayant pour tâche de combiner, de diriger et de surveiller les opérations productives exécutées par le premier avec Taide du second. Nous n'avons pas conseillé ce genre d'association aux ouvriers, parce qu'il est condamné à la fois par la théorie et par des expériences qui ont coûté trop cher à la classe ouvrière pour qu'elles ne lui profitent pas.

La théorie indique, en effet, que tous les ouvriers d'un atelier réunis ne possèdent pas plus que chacun d'eux, pris isolément, les connaissances nombreuses, variées et approfondies, ainsi que l'expérience des affaires et le tact moral, pour ainsi dire, qui constituent le bon entrepreneur d'industrie. De plus, comme nous l'avons dit plus haut, les assemblées délibérantes manquent de la spontanéité d'action et de l'esprit d'initiative nécessaires pour bien diriger les affaires, et enfin, le temps perdu pour les ouvriers en délibérations, même en supposant que celles-ci amènent un résultat utile, coûte toujours plus que celui qu'y consacrerait un gérant unique, puisque tout ce temps est perdu pour le travail de l'atelier, et que les appointements d'un directeur unique, pour un temps donné, valent moins que les salaires réunis de tous les ouvriers qu'il emploie.

En supposant même que l'ordre le plus parfait pût régner sans chef, et dans l'atelier du travail, et dans la salle des délibérations, parmi les ouvriers associés, l'entreprise ne serait donc pas dirigée aussi économiquement que par un seul gérant, et il est permis de douter que les affaires contentieuses de l'entreprise aient plus à gagner que les travaux pro-

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fessionnels à ne pas recevoir une direction unique. Il est raême permis de prédire, sans présomption, que le manque de celle-ci serait infailliblement une cause de ruine pour l'entreprise, si toutefois elle parvenait à inspirer assez de confiance aux capitalistes pour en obtenir une coopération sans laquelle il lui serait même impossible de naître.

L'expérience, en ceci, est parfaitement d'accord avec le précepte. Elle a été faite, sur une assez vaste échelle en 1848 et pendant les années suivantes, par des associations d'ouvriers de Paris, appartenant à diverses professions et qui toutes se sont formées dans le but de se soustraire à l'intervention de l'entrepreneur d'industrie, et parfois même du capitaliste dans la production. La plupart de ces tentatives ont échoué quoique, dans plusieurs, Ips associés aient montré un zèle, un dévouement, une abnégation et une persévérance dignes des plus grands éloges; le très petit nombre de celles qui ont réussi ont dû leur succès à ce qu'elles ont confié la direction des affaires contentieuses et la surveillance du travail à un gérant unique, choisi parmi eux, mais investi de pouvoirs presque aussi étendus que ceux d'un- entrepreneur d'industrie, propriétaire d'un capital et commandant à des ouvriers salariés.

Quelques associations ont eu du succès, parce qu'elles se composaient d'un petit nombre d'ouvriers d'élite, se connaissant entre eux avant de se constituer en société et possédant des économies; ces ouvriers, d'ailleurs, dérogeant au principe même de leur association, se servaient, en sous-ordre, d'où-

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vriers salariés, désignés sous le nom de coopérateurs.

L'histoire de ces diverses tentatives d'association industrielle entre ouvriers, des vicissitudes qu'elles ont subies, des causes de la ruine du plus grand nombre et de la réussite de quelques-unes, a été admirablement résumée par M. Frédéric Passy, dans ses Leçons ^économie politique, faites à Montpellier en 1860-1861, XIIP leçon, pages 234 et suivantes de l'édition de Montpellier. Le savant professeur y cite même les nombreux documents dans lesquels il a puisé ses renseignements; nous renvoyons à son livre les lecteurs qui désirent de plus amples informations sur cet intéressant sujet.

Le salaire étant admis comme la meilleure forme à donner à la rémunération du travail, il reste à examiner comment il doit être évalué pour que cette rémunération soit à la fois juste et conforme aux véritables intérêts du travailleur.

Ces deux conditions ne nous semblent pas réunies, au degré désirable, quand le salaire a pour limite de mesure la journée de travail de l'ouvrier. D'abord, il y a des journées de différentes longueurs, suivant les saisons; ces longueurs se compensent, à la vérité, pour l'ouvrier occupé, de la même manière et chez le même patron pendant toute l'année, mais elle est préjudiciable, tantôt au maître, tantôt à l'ouvrier, quand le travail de celui-ci n a lieu que pendant une saison.

La journée ne se divise pas, non plus, en quarts égaux, et, le fût-elle, le travail accompli pendant

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chacun de ces quarts ne serait pas égal, car l'activité de l'ouvrier est loin de se soutenir au même niveau pendant toute la journée, surtout quand celle-ci est longue. Le salaire calculé par heure de travail, ainsi qu'il Test dans certains ateliers, donne donc, en général, une mesure plus exacte du temps employé.

Mais il y a, dans cette supposition même que le temps est la mesure des efforts accomplis par le travailleur, tant de causes d'inexactitude, préjudiciables à la fois à l'acheteur et au vendeur du travail, qu'il faut renoncer à ce genre de mesure, toutes les fois que l'on peut en appliquer une autre, plus équitable, et qui se trouve dans la tâche accomplie elle-même.

Voici, quels sont, pour le patron, les inconvénients du salaire évalué à la journée.

L'ouvrier n'étant pas intéressé à travailler vite, bien, ni assidûment, puisqu'il n'en sera pas récompensé par un gain proportionné à ses efforts, se laisse aller à la paresse et à la négligence, et le patron perd toute la différence entre le produit d'un travail actif et soutenu et celui d'un travail accompli avec lenteur et négligence. Si plusieurs ouvriers travaillent ensemble dans le même atelier, ou sur le même chantier, la tâche de tous se réglera nécessairement sur celle du plus faible, du plus indolent et du moins capable, car pourquoi les autres feraientils plus ou mieux, si le salaire doit être le même, pour tous? C'est donc un sentiment de justice, mal appliqué peut-être, mais non blâmable en soi, qui portera tous ces hommes à ne fournir qu'un minimum de travail au maître, à son grand détriment, à moins

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que celùî-ci ne cherche à rétablir Téquîté dans les rémunérations, par des encouragements et des gratifications, accordées aux plus diligents.

Dans le travail à la journée, le patron est obligé d'exercer ou de faire exercer une continuelle surveillance sur ses ouvriers, et les frais de celle-ci doivent compter comme un accroissement de salaire payé par le maître et qui est une perte sèche pour lui, sans être un profit pour l'ouvrier. Enfin, la lenteur avec laquelle le travail s'accomplit, équivaut à une perte de temps, semblable à celle qu'occasionnerait un chômage, et qui se résume en la perte de rintérét et de l'amortissement du capital de l'entreprise pendant ce temps.

Pour les ouvriers, la perte occasionnée par l'évaluation du salaire à la journée, consiste dans l'inactivité et la non-rémunération de toutes celles de leurs facultés qui dépassent le minimum servant d'étalon de la quantité de travail qui sera donnée en retour du salaire fixé. C'est là, non seulement une perte matérielle pour l'ouvrier, mais aussi une cause d'affaissement moral. C'est encore une perte pour la société entière, semblable à celle qui résulterait d'une immense étendue de terre fertile demeurée en friche, puisque les qualités physiques, intellectuelles et morales des ouvriers, demeurées sans usage, peuvent être considérées comme de l'utilité gratuite non employée , ce qu'elle a d'onéreux ou ses frais de production, étant déjà payé par le salaire reçu pour le minimum de travail dont les ouvriers sont- suscep* tibles. -T- Or, nous devons le répéter encore une fois<

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toute perte causée à la société retombe sûr l'ouvrier comme sur ses autres membres.

Si les ouvriers français avaient compris cette vérité en 1848, ils n'eussent pas arraché à la faiblesse du pouvoir d'alors, le triste arrêté qui interdisait le travail à la tâche, arrêté qui devait seulement satisfaire l'envie haineuse des mauvais ouvriers contre leurs camarades plus actifs et plus intelligents, sans leur procurer aucun avantage réel, et qui fut bientôt abrogé ou qui tomba en désuétude parce que les ouvriers eux-mêmes se hâtèrent de le transgresser.

Le salaire évalué à la tâche, c'est à dire à la quantité et à la qualité de travail effectué, est celui qui concilie le mieux Tinlétêt de Touvrier avec celui du patron et avec l'intérêt général ; c'est aussi le mode de rémunération le plus conforme à l'équité. L'e travailleur payé à la tâche est intéressé à accomplir le plus d'efforts dans le moindre temps possible et à rendre ces efforts plus fructueux en perfectionnant les instruments et les procédés dont il se sert. Son activité n'est donc pas seulement celle du corps, il y joint aussi celle de l'esprit, et la nécessité où il se trouve de débattre de nouveau le prix de sa tâche, chaque fois que celle-ci vient à changer, développe aussi chez lui le raisonnement et la conscience de son intérêt. Enfin, la possibilité d'améliorer son sort par un travail assidu et une conduite régulière tend aussi au développement de ses facultés morales.

L'avantage pour le patron n'est pas moins évident. La concurrence que se font les ouvriers ne tarde pas à le faire profiter d'une partie de l'économie réalisée

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