‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 2)Chapitre 24 sur 52 · L'AUTOMNE A PARME · texte numérisé non relu

L'AUTOMNE A PARME

A LuKji Gitaldo Milanais.

II faut adorer Fabrice ciel Dongo (de la Cliartreiise de Parme), qjiii nous offie un rare mélange d'enthousiasme et de finesse, A seize ans, il était ivre du désir d'agir et de se prouver son énergie au côté du grand Napoléon; aujourd'hui, la seule activité, les seuls lisques «ju'il pourrait trouver, c'est la vie parlementaire. En même temps qu'il savait s'amuser de l'intrigue, il avait le goût des sensations de l'a me. C'est par cette dualité et dans cette volupté naturelle à la Lombardie qu'il est un des héros les plus séduisants de ce siècle.

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Je suis allé à Grianta, à Cadenabbia, où Fabrice passa son enfance sur le lac de Côme ; j'ai cherché vers Yico, enli'e Como et Ternobbio, le rocher qui s'avance dans le lac et sur lequel, assis par une nuit admirable, il éprouva une si délicieuse exaltation de générosité et de vertu à propos de la Sanseverina. Sur le lac Majeur, je l'ai suivi à la trace et je me mêlai à toutes les impressions qu'il y promena. Hier enfin, je repassais dans Parme même les principales parties de la vie de Fabrice, toute gorgée de romanesque, secouée de crises imprévues, où rien n'est bas ni veule, et que poursuit mon imagination, avide de se distraire avec des vies de son goût des faux pas ou retards que je ne sus point m'éviter.

Dans ce Parme que négligèrent, je ne sais pourquoi, et Taine et Bourget, il me fallait bien tout d'abord visiter le Corrège. Là seulement on peut connaître ce peintre sublime qui créa une expression à tous les moments de l'âme féminine, gradués de la plus fine contraction nerveuse jusqu'à la volupté défaillante.

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L'humidilé, le temps, ont rempli d'ombre ses fres([ues, ses coupoles d'églises, et obscurci d'un mystère sans grâce la grâce mystérieuse de ses figures; mais au Musée, deux, trois tableaux, — le Jour surtout, oii un bambin manie les cheveux d'une incomparable Madeleine, si souple, si voluptueuse avec ses seize ans à peine, — m'ont restitué la grâce touchante, la lumière et la mobilité expressive du lac de Côme. Instruit par de telles beautés, on arrive à goûter le Parmegianino lui-même, à reformer les idées préconçues qui si injustement exaltent ces maigres, socs Florentins, primitifs étriqués et durs. (Voir au Brera, à Milan, de tel Procaccini dédaigné, une sainte extasiée avec une blessure d'où ruisselle un sang affreux sur ses seins charmants, sous une molle batiste. Par-dessus cette belle épaule nue, une tête d'homme, de femme, regarde tout ce sang avec une étrange complaisance et, sans plus se montrer, de la main lui tend une passionnante couronne de roses violettes et jaunes. Combinaison psychicjue et de couleurs qui

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