‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 2)Chapitre 41 sur 52 · SUR LA DÉCOMPOSITION · texte numérisé non relu

SUR LA DÉCOMPOSITION

A l'heure où l'on enterrait Goiinod, je suis allé voir l'automne à Versailles. Négligeant son château sans cœur (mais du moins très sûr professeur de goût et qui enseigne à mépriser le trivial, les magots du Nord comme les hellâtres du Midi), j'ai donné tout le jour au plaisir d'écraser des feuilles mortes le long de ces jardins, sublimes et qui ne participent (Ml rien des souvenirs trop pompeux du lieu. Plantés à la lin du siècle dernier, ces arbres ont grandi dans l'isolement et ne reçurent rien que de la nature. A peine si quelques sons du clavecin de Marie -Antoinette

il'JO SUU LA DKCUMPOSITIU.N.

parvinrent jus(|u'aiix branchages courbés vei-s les fenêtres deTrianon, du temps qu'ils étaient de jeunes rameaux.

De ce parc où je vais chaque année, à même date, promener parmi ses somptueuses tapisseries d'octobre des sentiments trop bigarrés, je me suis associé aux funérailles de Gounod, (jui eut le don des larmes. Un jour de sa jeunesse, à Vienne, quelqu'un lui désigna une allée où Beethoven était accoutumé de se promener et, les yeux fiévreux, s'adossait, toujours au même arbre, pour noter les mouvements de son génie. Gounod, dans cette allée, fit un pèlerinage. « (^et arbre! écrivait-il ensuite, cet arbre où Beethoven s'est appuyé, qui a soutenu cette main par laquelle ont passé tant d'accents si louchants, si glorieux, si déchirants, cet arbre, pourquoi ne ])eut-on pas le retrouver'? » et par un trait (|iii m'cnlliousiasme, il s'écriait : « Cet arbre, n'esl-il pas presque un frère des saints oliviers! »

Dans ces lieux qui me font sentir la puissance d'octobre, je comprends ])lus fortement

SI i; LA DECOMi'OSlïKtN. 'i'.U

(•(•Ile liiroii (le sent il' la vio qu'oui (Jounod. Il Iranslormait Utiil eu ôuiotiou. Je uo parle pas lie cette susceptibilité, délicieuse pourtant, (l'uu Andersen qui pleurait sitôt qu'il n'avait j)uint su [)laire. D'Ame toujours enfantine, de tels êtres doivent être traités en petits frères par ([uelque gentille princesse dans une cour allemande. Ils sont malades d'un jour passé sans caresses. Mais les hommes que j'envie sont reliés à plus de choses que n'en connaît ie vulgaire; ils associent des sensations qui nous échappent. Aussi donnent-ils de la verve, du cœur et du génie à l'univers. C'est pour avoir retenu quelques parcelles de leurs indications que nous n'avons ni l'œil vitreux, ni l'âme apathique des bêtes. Quand ils nous disent tout ce qu'ils entendent, ils sont les musiciens et les poètes lyriques.

Mais (le celle lumière on n'est enveloppé que dans la solitude.

Souvent les approches de la mort isolent des hommes jusqu'alors grossiers et les courbent de telle fa(;on qu'ils entendent parler les

'2'.)2 SUH LA DKCOiMFOSmON.

choses. Bien que Heine souvent ait ri comme un juif, peut-être eut-il, grâce à la maladie, ce cœur qui écoute, et Maupassant, après avoir écrit des monceaux de nouvelles absolument dénuées d'intérêt, communia, lui aussi, avec la nature secrète, vers le temps où il distingua sa destinée

A cette race qui va du Tasse (tel que le concevait Lamartine) jusqu'à Mme Desbordes- Valmore, Gounod était allié. Si ses moyens d'expression ne vous touchent plus, aujourd'hui que vous êtes tout à Wagner — destiné pourtant, lui aussi, à perdre peu à peu sa prise sur nous — écoutez les cris de ses lettres, de tous ses écrits, de sa conversation....

Nous adressons une prière à M. Jean Gounod, c'est «ju'il réunisse les pages éparses de son illustre père

Où j'aime Gounod, c'est avec les années, quand son ardeur prit quelque chose de plus mol et que son feu devenant une flamme vacillante, avec d'admirables lueurs, jeta des éclairs sur ces pieux objets d'art et d'amour, vers ([uoi

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