‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 2)Chapitre 45 sur 52 · HAMLET EN SALM-SALM · texte numérisé non relu

HAMLET EN SALM-SALM

l.i' iO S('i»tcm))rc 1893, l;i iiclilc

ville (le SciKiiu'S. ymicimc caijitylc de

la |)iiiiri|taul{'r de Salm-Saliii, a eéléhré

le centenaire de sa réunion à la Ki'ancc.

{Les journauj:.]

J'aime CCS étroits domaines, ces petites cours anémiées d'Allemagne. C'est un instant de la civilisation désormais dépassé, il faut en prendre son parti, mais je ne puis dédaigner leurs mérites abolis. On n'y développait pas de grandes énergies, d'âpres vertus; mais certaines élégances et une douceur générale ne se virent que là. En art, ces petites cours exaltent le bibelot, mêlent le confort au décor (c'est la supériorité de la cour de Saxe sur Versailles); en politique, elles tempèrent de bonbomie familiale l'exercice du pouvoir absolu. Certaines qualités superflues mais diarinantes, certains raffinements n'apparurent

r.()(i IIAMLET EN SALM-SALM.

qu'entre ces étroites frontières où la difficulté de respirer largement formait peu à peu des plantes humaines très particulières. On vit dans ces principautés, à la lin du siècle dernier et jusqu'en lîS'iO, des grandes dames plus cultivées que spirituelles, plus adoucies par l'esprit de famille qu'ennoblies de l'esprit de race, mais qui créèrent cet esprit romanesque allemand si gracieux et touchant dans son premier soupir et avant qu'on le vulgarisât.

Je viens de faire le tour, le très petit tour de cette principauté. Dans une étroite vallée, délicieuse de sauvagerie, je me suis arrêté à Senones, jadis capitale des princes et qui dans leurs châteaux a installé des tissages.

Princesses de Salm-Salm! Ouel joli nom, caressant et ironique comme une chanson de Henri Heine. Évadées de leur domaine-hihelol, je les imagine aventureuses et séduisantes à la cour de Vienne, à Prague, dont leurs lettres me disent qu'elles furent les hôtes assidus! « Ma mère me parlait souvent des princesses de Salm- Salm », me dit une vieille dame du pays. Mais

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l;i nuit a envahi loulos les images que gardaient de leurs ci-devant suzerains les principautois. Même elles ne deviendront pas fées, comme c'est pourtant le droit de toute princesse qui meurt. Les garçons de Senones entendent bien mal leurs plaisirs, puisque à vingt ans ils ne rêvent pas de rencontrer, au détour des sentiers, les princessses de Salm-Salm, sous les sapins d'odeur si enivrante.

D'elles tout est mort. Au jardin des princesses, je n'ai pas trouvé une Heur qu'elles eussent pu aimer. Dans leurs parterres on a creusé des étangs, qui n'y mettent même point de mélancolie, car ils servent do réservoir aux fabriques. Voilà Senones, voilà l'antique capitale de Salm-Salm devant le visiteur.

A remuer la poussière des archives, satisferons-nous mieux notre besoin de romanesque? Dans ces vieux papiers, nul roman historique, aucune aventure de passion qu'un poète puisse ranimer.

Cette famille, pourtant, fut de forte sève; on n'y avait jamais moins de douze enfants;

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