D^EUROPE
Pour rompre l'atonie, l'Espagne est une
grande ressource. Je ne sais pas de pays où la
vie ait autant de saveur. Elle réveille Thomnie
le mieux maté par l'administration moderne*
Là, enfin, on entrevoit que la sensibilité
humaine n'est pas limitée à ces deux ou trois
sensations fortes (l'amour, le duel, la cour
d'assises) qui, seules, subsistent dans notre
civilisation parisienne. C'est une Afrique qui
met dans l'âme une sorte de fureur aussi
prompte qu'un piment dans la bouche.
Au cirque de Séville, et sous quel soleil! un
i«{^ A LA POINTE EXTRÊME D'EUROPE.
jour, j*enlnii. « Eau fraîche! » criaient d'une voix scandée de jeunes garçons. D'abord, quatre cheyaux furent éyentrés. Sur le silence de cette foule, j*entendais, sourde comme un éclaboussemenl, l'entrée des cornes dans ces ventres. Impression sinistre de convoquer la mort dans une fête ! Je ne sentais plus qu'elle par-dessus nous tous, et j'en étais contracté de terreur. Puis, le jeune dieu de la nature, le taureau, aux naseaux sanglants, ramassé, furieux comme un taureau, c'est-à-dire plus beau qu'aucun homme passionné, secoua sur ses cornes une pauvre loque, si molle et lamentable, de cavalier. Le matador maladroit, trop comédien dans ses broderies collantes, laissa quatre épées dans la bête, héros qu'il fallut poignarder pardessus la barrière. Le peuple, enragé, ^trépignait, pareil k un témoin qui s'amuserait dans un duel. i
« Si j'aimais cela, me disais-je en sortant, je serais amené à être le matador, à courit moimême un risque. Mais être témoin et s'y plaire! L'incompréhensible plaisir! »