WJ DU LAC DE COME
mit ou quinze volumes, plus aeuï feuilleton d'Eugène Sue,
Paris, plus gros, mais aussi e Roman du lac de Came. Ce rs mystérieux détails, la suite entures qui, de France, d'Anîsie, sont venues s'abriter dans dauds, parfumés et secrets. Et se limiterait dans ce siècle. On princesse de Galles éprise d'un , du fameux Bergorai, qui vint
cadre poétique pour l'homme jshonorait. De son procès retend'Este, dans le premier bassin le, on trouverait encore des 'ecul, ces vilaines choses pren-
de beauté, toujours suspecte Le vice comme la vertu gagnent vus de loin. ABelaggio, lenar-
iteur s'attarderait autour de telle petite mai- )n, analogue à celle qui, dans la Fauslin, est lacée sous le patronage de M. de Sade. Nulle :mme jamais n'y entrait. Sur tout ce lac qui, L's avril, berce tant de molles barques, elles !mblenl s'être dédommagées. Côme et ses ves sont l'asile de tous les adultères où l'on jit avec indépendance et avec goût.
Rousseau avait songé à placer ici — ou plus (actement au lac Majeur, aux îles Borromées - les scènes de sa Nouvelle Hélmse. Il se rasa, préféra le lac de Genève. Comme disent ts manuels classiques, il ne convenait point lie le bréviaire des grands cœurs de la révoition fût trempé dans ces eaux parfumées, lais plutôt dans le torrent glacé du Rhône.
Si facile, indulgent de climat, rejetant loulurs le voyageur dans ces barques où l'on étend, où l'on rêve, le pays de Côme convient tous ceux qui entendent bien ne pas résister
leur passion. Dans cet air léger, élégant resque jusqu'à la fadeur, ce ne fut depuis de: ècles qu'une gracieuse haleine de jeunesse el
déplaisir. Parfois, dans ces belles jo lentes, si paresseuses, si bleues, on que le lac se soulevât un peu ; jamai vis plus bruyant que le froissement contre une femme.
Sont-ce ces fleurs, si nombreuses voir on" pense invinciblement aux mortuaires de nos grandes villes? E certaine association d'idées, assez ban qui nous contraint, en face des image voluptueuses, à envisager le désagr mourir un jour?En parcourant le lac je cherchais les cimetières. Ils poi être admirables. Ne conviendrait-il p{ pentes si âpres dans le haut, puis à vertes de feuillages, égayées de villas jardins aromatiques, finissent çà et 1 tombes que caresserait l'eau rejeté bords par les barques de plaisir?
Le plaisir rapide, la volupté et la n quelle serait l'émotion générale de du lac de Côme que j'entrevois, — p( l'auteur se fût renseigné abondammer
qu'en écrivant parfois il eût trempé ses feuillets dans cette eau où tant de mains fiévreuses cherchèrent un peu de fraîcheur, tandis que glissait la barque....
Et, le dirai-je, voilà la note dominante, la couleur bien franche de ce pays : c'est un complaisant. Pour faire connaître une région, ce n'^st point assez d'être géographe, géologue, agronome, statisticien, ni même d'avoir de la couleur. Il faut, en outre, nous dire la qualité des anecdotes humaines qui se vivent chaque jour sur ses rives. Ici, c'est le refuge des passions disqualifiées, jeunes filles enlevées, mondaines déclassées, et le reste). M. Taine — qui dans sa très belle Venise n'a pas une ligne pour nous dire que ses lagunes sont le point du globe où l'on va le plus mourir de mélancolie — n'a rien distingué non plus sous la toile légère des lits flottants qu'on croise sur le lac de Gôme.
Dans le goût d'une autre brochure intitulée Huit jours chez M. Renan, j'ai écrit jadis un essai de critique pittoresque sous ce titre,
RDINS DE LOMBARDIE. 187
iplicatif, M. Taine en voyage.
l'occasion de constater qu'on lux-là mêmes qu'on goûte le [u'il m'eût été insupportable
Taine à qui nous devons tous fices intellectuels, j'ai renoncé it travail. Après cinq années de nlir le moisi, et ce n'est pas la le qui donnerait de la convequi d'abord eût paru un peu ince cahier de plaisanteries un t pas plus graves qu'il ne se les i Philosophes classiques (mais ur devait aucune reconnaisppelle que promenant en Italie embarquais un matin sur le jôme fait le tour du lac. Sitôt jloppait ses nombreux livres, ;, ses papiers, et terminait... sa 'enise. C'est vers le soir seulenmençait l'étude des dossiers
de Gôme lui avait obligeam- !t remis sur le port. Enfin, au
soleil tombant, et comme le bateau rentrait dans Gôme, M. Taine quittait la cabine, montait sur le pont et, se promenant de long eu large, tête baissée, composait la première phrase de son chapitre : « Toute la journée, sans fatigue, sans pensée, j'ai nagé dans une
coupe de lumières »
Sans douté, elle n'est pas tout à fait juste, cette chicane : M. Taine n'était pas uniquement de bibliothèque, il comprenait fortement la nature ; elle lui parlait, et les ^sentiments profonds qu'elle lui communiquait, il a eu, sur tant d'autres, la supériorité de leur donner parfois une expression philosophique infiniment juste et émouvante. « Devant les eaux, le ciel, les montagnes, on se sent devant des êtres achevés, toujours jeunes. L'accident n'a pas de prise sur eux, ils sont les mêmes qu'au premier jour; le même printemps leur versera tous les ans, à pleine main, la même sève ; nos défaillances cessent au contact de leur force, et notre inquiétude s'amollit dans leur paix. A travers eux, apparaît la puissance uniforme
)ie par la variélé et les transforchoses, la grande mère féconde et ■ien ne trouble, parce que, hors a rien. Alors, dans l'âme, unesenage, inconnue et profonde.... »
ise tout cela. Il n'y a pas à dire, es qui ont un sens; c'est très exact, étonne sincèrement, parce que la nature, très répandu, je crois, our l'ordinaire, en réflexions tout es. Mais que ces pensées, belles en es, me semblent déplacées sur les ! Du moins, comme elles expris sensations des habitués de cette l le monde traverse assurément, is sa vie, ce paysage légendaire; conséquence, y apporte ses façons abituelles, mais ne sont vraiment trie ici, dans ce pays de silence où mx-mémes ne parlent pas, que les écidés à céder à toutes leurs exiémeurs.
LES lARUlNS DE LOMBJ
LES COLOMBES BORR
De ma barque qui longe le; Majeur, je vois les huit conscri qui marchent musique en tète, autour d'eux dansent tous les ( petites filles du bourg. De trattor ils vont ainsi sous une proCu joyeux, et cela se déroule élégar une minuscule frise antique ;
admirables montagnes Un s
musiquette reprend, glissantjus( sur le lac qui l'adoucit. En nu trattorias encore! Tout Pallanza vres petits hommes ! Sous ce gr l'instant triomphal de leurs viei tège de fête, nul animal qu'il dieux pour honorer la Cité; ces n'ont rien à offrir qu'eux-mêmt aussi qu'ils offrent des libations.
El quel incomparable paysage,
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it à leur destin ! Sur le lac Tible plus haut et l'horizon Côme. Les montagnes y soni s courbes inliniment souples sance de beautés naissantes, as d'analogue que le jeune 5 de Corrège ou les sentilé virile des jeunes gens de nlagnes, tantôt voilées dans , couchées au ras des flots, lomme des mauresques au mais sèches ni dures et, vers jes par les ombres des plus ja vie ici est plus rare que de Côme, et dans cet isolet s'élargit, dépasse l'exquis sublime.
peur qui s'approche, image ncieux, faisant un bruit de es en eflbrt. Avec lui, en une e tour du lac; Je quitte ma pour mon impatience de la
Sur ce vapeur, je retrouve d'autres conscrits, qui vont sur la rive voisine, visiter des villages amis. Groupés à l'arrière sur des tonneaux, une plume à leurs humbles chapeaux, ils sont tous crêtes comme de jeunes coqs et fument de longs virginias (parfaits et si injustement méconnus par de bons connaisseurs, par Teodor deWyzewa et par Anatole France). Leur musicien les a suivis et, sans trêve, dans cette coupe sublime de lumière et d'eau bleue, jette du Verdi frelaté et des chansons napolitaines; tout cela bien suspect, mais emporté dans l'élan de cet incomparable après-midi. Les yeux aussi de ces petits hommes sont d'une parfaite stupidité, si veules, et pourtant cette bande de pauvres gens collabore à l'harmonie de l'ensemble.
Au long de la rive, de simples terrasses gagnées à grands travaux sur le lac, six arbres plantés sur un petit cap et qui supportent de longs filets de pêcheurs, des bancs de granit disposés juste dans le sens du sublime, dénotent un art de la volupté, un luxe sans richesse, auprès de quoi les combinaisons d'un Roth-
schild, voire d'un Louis XIV, ne sont que basses ostentaLions. Jamais au plaisir ne s socie ici la notion d'argent. On s'abandonnt bonheur ambiant sans pensée, et il nous péni par tous les sens : parfums, couleurs, bruii ment de la lumière et de l'eau, légèreté l'atmosphère..-. Soudain a retenti l'appel matelots, l'arrêt d'hola Bella.
Isola Bella, la perle du lac Majeur, le !
légendaire de la douceur et de la beauté, tout notre être est raréfié! A ce nom subli à la foule qui dans un même amour se pn pour débarquer sur cet étroit terrain di' j'oublie toutes les imperfections; on va touc 3 la pure volupté. Je veux me donner le ( grin de la refuser. Le bateau s'éloigne et !
je demeure sur ce pont. Les terrasses d'L Bella ctagent leurs romanesques décors, 1( statues qui montent vers le ciel comme des de bonheur, leurs végétations empruntées monde entier et neuves sur l'imagina comme des frôlements inconnus.
Mise en scène si fine, si pénétrante d'
prévu que les nerfs de qui sont usés pour toul le jour qu'elle remplissait de lari ment pour Cythère, disait ' de mélancolie, d'espoir dai sualité excitée vers i'inconni au débarquement d'hola Be.
Quelque autre jour, j'ai vi et je sais ce qu'on voit dans
Il y a deux siècles, un co la fantaisie de recouvrir c< végétale, transportée à granc C'est ainsi qu'il superposa d dins dans cet étroit espace, tenus avec un soin minut suspendus par leur profusion de plantes de tous climats sont incomparables, et d'impression d'autant plus forte qu'à chaque terrasse on change de culture, sans que l'harmonie, comme c'est l'inconvénient des jardins botaniques, soit détruite par le mélange d'espèces disparates. Des groupes abondants de limoniers, d'orangere, de camélias, de camphriers, dt
NS UE LOHBARDIE. 195
^res du Liban nous comenl l'atmosphère de toutes onde méridional.
un petit bois de lauriers; ur, l'ombre la plus saisismtait encore la noblesse de 5, noirs rameaux aux feuilles
une vingtaine de colombes re, mais d'un vol si lourd prendre dans la main. J'en lé, parce qu'elles me paruums accumulés sur des terar tant d'arbres de tous les osphère unique dans l'unilïer. Nul ne se promène sans
d'essences, accumulées par rt pompeux sur la nature :
t la flèvie.
écrit un livre lyrique sous sse sans bornes ; les Etffîlés.
lait des juments sous la tente , et sur son pâle visage doré >rence Dante reçoit la pluie
re du vieux Paris. Sont-ils les vrais exilés es plus misérables? Non, car un jour vient les oppresseurs sont balayés par le souffle de stoire. Faut-il plaindre davantage ceui qui mt exilés dans la pauvreté, dans le vice, is la douleur, ceux que la mort a séparés
amis de leur cœur? Ils peuvent se consoler a d'autres affligés. Mais les vrais exilés lénués espérance, ce sont les pssanls épris beau et du juste qui, au milieu d'hommes vernés par les vils appétits, se sentent
lés par la flamme divine Ainsi juge le
te, mais à ses distinctions je ne m'associe nt. Mon sentiment profond se réserve pour
beaux arbres de i'Isota Bella, pour ces 'es qui , en place des oiseaux de paradis mis h leurs branchages, ne supportent de dépérissantes colombes dont leur uté transplantée fait la mort. Le véritable é, c'est celui de qui la beauté trop belle
Soplembre 1895.
CNE VISITE
Milan nous touche entre toutes les villes, parce qu'elle fut le lieu d'élection de Léonard de Vinci, et que Stendhal l'adora, jusqu'à vouloir pour toute épitaphe : « Citoyen milanais ». Mais de Stendhal, il faudrait parler depuis ce triste port de Civita Vecchia, où pendant trente années il s'ennuya, vieux beau apoplectique qui n'avait d'autre distraction qu'une causerie, le soir, entre huit et neuf, dans la boutique
1. Ces pages ont déjà paru dans une brochure, Trois stations de psychothérapie, qui ne sera pas réimprimée. Au reste c'est en marge du chapitre de : Un homme libre, « L'enseignement du Vinci », qu'il faudrait les lire.
.^MAéAMMb^.
de Tunique libraire. Je veux rapporter une visite que je viens de faire à Léonard de Vinci.
Non pas que l'œuvre de Léonard, qui ne fut jamais considérable, soit à Milan abondante.
Des manuscrits, des esquisses, cette admirable fresque de la Cène — dont la beauté semble plaire à Dieu même, puisqu'elle n'est pas abolie, en dépit des militaires qui récaillèrent et des peintres qui la retouchèrent : voilà tout €e que l'on peut étudier de ce grand artiste à Milan, si l'on y ajoute, témoignages précieux, la plupart des œuvres exécutées sous son influence par ses élèves. Mais cette gloire de Vinci, qui nous offre un des plus troublants sujets sur quoi puissent rêver les ambitieux et les esthéticiens, quelques traits de crayon lui suffisent pour l'affirmer.
Nous entrevoyons à peine ce qu'il fit et ce qu'il voulut ; il faut pourtant que nous le saluions coinme un des princes de l'art. Ce peintre exceptionnel est compris par la pensée mieux encore que par les yeux. Et c'est à
LÉONARD DE VINCI. 199 lédité, qu'on est le mieux
ns de ses Livres de desjînts de la Cène, nous deil cherchait, aujourd'hui mme sous le génie infénous retrouvons la direc-
B par sa puissance et par osité, Vinci apparaît à la tif et un grand séducteur.
es et profondes ne l'accajncore un magnifique caogie désabusée et fine, il dans la vie décorative de I. Que des dons aussi opis dans un même homme, 3 perfection, voilà qui dé- ;s où nous sommes habiipéraments! Et cette dua- : de toutes les flgures qu'il ^ que le temps emplit
f chaque jour d'une nuit plus profonde, mais
qui parut, dès son éclosion, inexplicable! Il y peignait sa propre complexité, son âme habile tout à la fois à la science et a la séduction.
Je ne saurais pas trouver d'épithètes pour vous exprimer ce conflit qui fait le génie mystérieux du Vinci et que tant d'artistes, tant de penseurs et tant d'amants ont interrogé, à VAmbrosienne et au Bréra, sur les petites lignes du visage de ses femmes. J'aime mieux transcrire ce que me disait, avec une intensité incroyable, une de ces âmes (jeune fille, jeune homme?) aux cheveux déroulés, âme sensuelle pourtant, avec des lèvres, de grands yeux et toute une joie divine qui montait de son visage, — ce que me répétait une autre, esquisse, femme adorable, baissant les paupières avec une gravité presque ironique — ce que toutes me firent entendre :
« Parce que nous connaissons les lois de la vie et la marche des passions ^ aucune de vos agitations ne nous étonne, rien de vos insultes ne nous blesse, rien de vos serments d'éternité
Irmible Et cefte clairvoyance ne
TTte aucune tristesse, car c'est un rfait que d'être perpétuellempnt cu- : méthode.... Mais nous sourions de ne que tu prends pour deviner ce qui
î que dit, je l'ai bien entendu, le I Léonard. C'est ce que Gœthe répéard. C'est, avec des différences sans 8 siècle et de race, l'impression que ent les deux Faust.
ni soit plus purement intellectuel.
Taine a-t-il pu parler, à propos de le pensées epieunen-nes, Ucencieusesl fois, dit-il, chez le Vinci, on trouve descent ambigu, au corps de femrae, tordu avec une coquetterie volup- :reil aux androgynes de l'époque im- Cnnfondant et multipliant, par un mélange, la beauté des deux sexes, il ns les rêveries et dans les recherches
e décadence et d'immoralité » Ici
it, Taine, comme il lui arrive sou-
202 UiNE VISITE A LÉONARD DE VINCI.
vent dans ses études d'art, a détourné ses yeux de l'œuvre de Léonard pour suivre le développement de sa propre pensée. Emporté par cette imagination philosophique et par cette logique qui font sa puissance, ce grand historien des passions intellectuelles a poussé jusqu'aux dernières conséquences possibles la curiosité de Léonard. Il a jugé la méthode, non l'œuvre.
Oui, ce cette recherche des sensations exquises et profondes », qu'enseigne le Vinci, mènera la plupart des hommes à des rêveries ambiguës. Voyez, dans les musées de Milan, ces figures de Marco d'Oggione, de Gesare da Sesto; elles maintiennent avep peine leur sourire; je sens une polissonnerie, à fleur des lèvres, sous ces jolis visages. Et ce portrait de jeune fille, de petite fille (par un élève de Vinci) ! Cette enfant est trop fine, trop pure, elle en devient provocante! Mais c'est qu'elle n'est pas de la grande race des femmes du Maître; sous son front étroit, délicieusement éclairé de perles, elle n'a que des pensées médiocres. Je le sais, qu'une telle âme, mal défendue pai
'(E VISITE A LÉONARD DE TINCI. 205 ble cerveau contre les exigeaees du it connaître d'étranges troubles, quand lui enseignait, avec tant d'élégance, site du nouveau et le dédain de la vie le. Le pur Luini lui-même, dans le s du Bréra, nous montre une jeune paupières rougies, d'une lassitude et •deur où la femme devient effrayante.
Taine ne le voit-il pas, chez Léonard chez Gœthe, ces dangereuses aspiraneurent intellectuelles, igences et ses indépendances se satiss le domaine de la pensée, sans se vers des réalisations voluptueuses, nard, l'intelligence aurait pu se révolus les nerfs. Les contemporains de ce jjii/iuuu penseur le savaientbien. Lomazzo l'appelle un Hermës, un Prométhée : il leur apparaît l'homme qui sait le secret des choses. Il savait les lois de la vie.
Cela éclate dans son chef-d'œuvre. Comme elle aura été étudiée cette figure de Jésus qui est le centre de la Cène! C'est qu'elle est aussi,
UNE VISITE A LÉONARD DE VIKCl.
ir quelques-uns, le centre de la conscience maiiie. Je veux dire que cette figure que is voyons là toute tournée sur soi-même, te préoccupée de la vie intérieure, est ie e parfait de l'analyste du Moi ; c'est l'esprit ant uniquement dans son monde' intérieur, lifl'érent à la vie qui s'agite autour de lui. }u'un homme du quinzième siècle, dans une ces cours sensuelles et débordantes d'Italie, pu créer une telle beauté psychique, voilà i est prodigieux! Il n'y arriva pas du preîr trait.
[1 faut voir au Bréra l'élude au crayon rouge il fit pour cette tétc de Jésus. Là, pas de loublement de la personnalité. Bonté triste, •don, soumission, résignation., sans fierté Êrieure, ce me semble. Ce Jésus de l'essse est presque un frère de l'apôtre Jean on voit dans la Cène, et qui n'est, lui, une vierge, rien qu'un simple. Mais, dans fresque définitive, Jésus est fortilio ; ce haut eilectuel est entouré de sots, de braves gens de canailles, dont les attitudes violentes
iONAItO DE VISC[. 205 ment les sentiments du et il leur dil : « La e vous, de vous, 6 mes ffrerien d'étonnant, car ions auxquelles succomir là même je l'excuse.
lie l'occasion d'être héire; la grandeur morale raitements qu'elle sur-
:is du héros semblent iitude.Un étroit paysage entrevu dans une fenêcette haute victime (vicii'tyr par sa propre volelerque la vie pourtant le et facile. Ces hommes ge avec sa grandeur sur- [uilibre inquiète, nous ui donc saura nous faire imme un rêve léger!
mineuï que Léonard, et int sont les plus ravis- ]8
santés qu'on puisse imaginer. Pourquoi donc, le quittant, suis-je saisi de tristesse ? Rien ne i nous comprime plus que de suivre le travail i secret d'un analyste; on voit que sa vie est un malaise, un frémissement perpétuel. Les grands peintres de Venise furent heureux, qui peignaient d'abondance, sans disputer avec eux-mêmes. Mais quelle angoissç, celle de l'artiste divisé en deux hommes, dont l'un crée, tandis que l'autre pour la juger se penche
pi tait la Béatrice quand, au Purgatoire, elle apparut à Dante. On sait si cet illustre poète V avait cherché sa maîtresse! enfin, il la re- r trouvait; il était éperdu de respect, de crainte aussi, car de faible femme n'était-elle pas devenue une bienheureuse et la compagne des personnes divines! Elle, cependant, dans la gloire qui l'enveloppait, avait, je le jure, sa fraîche poitrine gonflée d'une angoisse plus insupportable encore, car elle pensait ; « S'i'
allait me trouver moins belle! »
sur l'œuvre en train de naître !
J'ai souvent pensé à l'émotion dont pal- f j l
ÉONARD DE VINCI. 207
'aide assez à comprendre i ces analystes chez qui ons dit, est double. C'est iux le drame du Dante 2. Leur sourire est lassé [, comme le sourire du violentes émotions intéec indulgence, parce que paraît une petite chose "S de leur être que sans