‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 3)Chapitre 34 sur 59 · U L'AUTOMNE A PARME · texte numérisé non relu

U L'AUTOMNE A PARME

souris, et,' sur le Pont Vert^ des petites filles qui tournoyaient me montrèrent, sous leurs robes aux teintes fondues par le soleil, ces mêmes nus que le Corrège, à profusion, immortalisa.

Puisque dans le détail, Parme m'échappait un peu, je projetai, pour en saisir l'ensemble, de suivre la promenade qui l'enserre.

Vers 1830, les remparts n'étaient pas plantés de ces arbres qui, sous cet automne, en font un sentier enivrant de mélancolie, mais ces mêmes sentiments qu'imposent au promeneur solitaire ces charmilles lépreuses, le ton roux de ces feuilles pourrissant sur les pentes et ces petits bancs si tristes d'être inoccupés, la duchesse de Sanseverina les avait reçus des circonstances. En outre c'est sur cette terrasse, je le jure, que Fabrice, éperdu d'amour pour la Grescenzi, que depuis un an il n'avait pu voir, cherchait à se figurer ce que pourrait être cette tête charmante avec des couleurs à demi effacées par les combats de l'âme.

Belle petite ville de Parme, presque de sen

timenlalité allemande, sous son gris bleu vêtement d'octobre! Dans cet instant, je faillis pardonner à Marie-Louise, douce âme de cuisinière allemande, qui n'avait de vie qu'à mi-corps, n'ayant pas su marcher pour rejoindre sou immortel époux, ni délirer pour être digne de lui. C'est aux morts que j'ai donné ma journée; finissons-la au Campo Santo. Comme il est noble, ce clos silencieux, ceinturé d'un élégant portique ! Plus haute que toutes et seule fastueuse, la tombe de ce farceur de Paganini met une note de cabotinage dans le silence de tous ces anonymes. Lui seul a du marbre, quand les autres ne sont vêtus que d'herbes ; manteau unique jeté sur tous ces frères qui sommeillent au bout de l'étape. Sans doute, au printemps, c'est un manteau piqué de doubles violettes de Parme, mais sous la petite pluie, je perçois, nos âmes perçoivent la ti-iste et fade odeur des cimetières. Qu'il fait bon vivre avec les morts! Mais ces morts-ci sont plus morts que Fabrice el Dongo, le comte Mosca, la Sanseverina et a Crescenzi, qui n'ont jamais existé!

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