‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 3)Chapitre 40 sur 59 · UN UNIVERS · texte numérisé non relu

UN UNIVERS

Lous, veauï, ânes, jeunes s / 'Adoration des pâtres iuir, pêle-mêle, au même ème acte d'adoration. Un les relie : « Seigneur, mi notre pain quotidien » , « !a joie de vivre encore ». Voila toute leur âme, élevée de leur vie intée aussi de tout le petit u ïiii', au xrv° siècle. A tciHi w^...^ j,.,^.^ s'associent les honnêtes gens de Fra Angelico, les raffinées deBotticelli,

25« L'ÉVOLrTION DE L'INDIVIDU.

la petite Vénus de Lorenzodi Credi et jusqu'aux madones de Raphaël, qui ne sont que les plus perfectionnées de cette race.

Mais combien elle est différente, la phrase que Ton entend du peuple de Michel-Ange, h la Sixtine, à la Chapelle des Médicis ! c'est ici une sublime illustration du plus grand des problèmes d'éthique.

Celui qui pénètre sous ces voûtes impérieuses croit d'abord y reconnaître le lieu de la méditation. Erreur! L'endroit où la méditation fut apportée au monde, c'est à Milan, dans le réfectoire de Santa Maria délia Grazie, la Cène du Vinci! C'est dans son atmosphère que la ve intérieure atteint sa plus grande intensité et que l'esprit humain embrasse tous les aspects de la réalité en même temps qu'il en conçoit les lois. Mais un autre effort contracte les personnages de Michel-Ange, et leur secret n'est point simplement qu'ils méditent....

Ici, retardons notre enquête. A cet instant, les étapes de l'art ont une telle signification que ce nous sera un grand bénéfice de prendre

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une roe nette de celle évolution, marquée d'ailleurs par des traits immortels.

Parfois déjà, avant le Vinci, apparaît de-«i de-tà dans le peuple des musées une petite vie intense et discrète. Dans ce tableau de Bottlcelli, Allégorie du Printemps, >TiIgarisé par ta mode, verger où des jeunes dames dansent sous des orangei'S, il m'est impossible de ne point m'attendrir sur cette petite beauté des femmes qui passe comme une saison et, pas mieux que les fruits de ces branches pendantes, ne saura se refuser à des mains violentes.

EUes-mémes en ont quelque sentiment triste que témoignent dans leur allégresse leurs petits airs penchés; mais enfin c'est quelque chose qui ne passe guère en qualité intellectuelle l'impression que je puis avoir d'une petite olive qui se ride. Parfois aussi, apparaissent des soucis d'isolement : telle image de LippoMemmi,au commencement du xiv' siècle, est déjà froissée par la vie; elle se retire à l'écart, de la main, de la tête, de la bouche surtout, mais c'est bouderie, non méditation :

elle subit des sentiments, des sensations, et ne les ordonne pas. Cette tâche sublime appartiest au Vinci.

Celui-là, on ne saurait trop l'admirer, car, poussant à ce degré la compréhension des causes, il a donné à Tintelligence une valeur morale. Cela, je l'ai déjà dit*, et je sais que quelques esprits de haute culture me savent gré de cette indication. La moindre des créatures qui nous est parvenue du Vinci connaît les deux côtés de la tapisserie qu'est l'univers : de là le sourire de leurs yeux baissés et encore leur calme énigmatique. Le sourire, le calme, l'expression énigmatique, quoi de plus naturel chez celui qui connaît la représentation du monde que se composent les hommes et qui, d'autre part, pour avoir pris conscience des lois de la mécanique universelle, peut appeler par leurs vrais noms toutes ces impulsions qui , sous le pompeux décor social, animent ce que l'on nomme l'honneur, la gloire, la justice!

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