LES DEUX FEMMES DU BOURGEOIS DE BRUGES
et nullement avertie des frivolités et des emportements qui seuls eussent contenté ce mélancolique désœuvré.
Dans ces sentiments, il forma le vœu de voyager en Terre-Sainte. C'était tout à la fois pour accomplir des choses sublimes et pour se distraire.
Il fimt toujours rabattre de nos rêves; le Flamand ne dépassa pas Tltalie, car une femme qui avait une beauté de ce pays et qui par là lui parut incomparable, retint sur ses seins nus la tête carrée de cet étranger. Elle avait été la maîlixîsse de Laurent de Médicis et, durant une nuit, du jeune Pic de La Mirandole. J*ai vu leui's portraits qu'avec elle, dans la suite, elle transporta en Flandre, et qui sont à Anvers, dans la maison Plantin. Laurent de Médicis est gros et sale comme un professeur de dessin, et La Mirandole a la figure pure et glacée d'un jeune juif élégant, gauche et cérébral.
Parfumée et vêtue de soie, cette Clorinde lisait à son amant l'Arioste, dont la magnificence aisée ajoutait encore à sa grâce volup-