‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 112 sur 165 · raissent contenir dans leur partie cen · texte numérisé non relu

raissent contenir dans leur partie cen

mique par saignées multiples. *

Éléments vus dans le sang traie des corpuscules ressemblant à des

sec au moment d'une forte hématoblastes (flg. 104, a). De plus, à poussée d'hématoblastes. A , , ,, ,,

cote de ces éléments, on en voit d autres,

a, globule rouge paraissant contenir i r p r r r i i • .

un hématoblaste? Les autres éléments déformes en gênerai en haricots, qui semblent avoir laissé sortir .des héma- semblent avoir laissé exsuder un ou

toblastes.

plusieurs hématoblastes retenus encore par un filament au niveau du hile de l'élément (fig. 104). Mais comme dans ces préparations les hématoblastes sont très nombreux, on doit se demander si ces apparences ne résultent pas de la rencontre fortuite entre un certain nombre de globules rouges et d'hématoblastes, c'est-à-dire si elles ne sont pas dues simplement à une juxtaposition ou à une superposition d'éléments.

Pour se former une opinion sur ce point, il faudrait pouvoir constater les mêmes faits dans des préparations exécutées par d'autres procédés. N'ayant pas encore trouvé une technique permettant de faire ces observations délicates, je ne puis me prononcer sur l'hypothèse de la production des hématoblastes par les globules rouges eux-mêmes.

Quoi qu'il en soit, il n'existe rien de semblable dans le sang des animaux à globules rouges nucléés.

Les hématoblastes, qui ont ici une forme cellulaire, ne sont certainement pas produits par les globules rouges. Ces éléments paraissent se former chez ces animaux dans les organes hématopoiétiques ; mais je n'ai pas eu le temps jusqu'à présent de poursuivre mes recherches sur ce sujet. Notons seulement, après ces considérations, l'opinion des auteurs qui se sont occupés le plus récemment de cette question.

D'après Mondino (1), les hématoblastes se multiplieraient dans le sang lui-même, aussi bien chez les vivipares que chez les ovipares, par division indirecte (kariokynèse). J. Denys, qui n'a encore publié que la partie de ses études concernant les oiseaux, me paraît avoir donné, avec Lôwit, le nom d'érythroblastes aux éléments que j'ai désignés chez les ovipares sous celui d'hématoblastes. Chez les oiseaux saignés, ces érythroblastes se multiplieraient dans la moelle des os par le procédé de la kariokynèse (2).

§2. — Rénovation du sang par les organes dits hématopoiétiques.

L'opinion que je soutiens sur le rôle des hématoblastes est toute personnelle ; elle diffère absolument des théories qui ont cours dans la science, et il importe d'autant plus d'examiner ces théories que rien ne prouve jusqu'à présent qu'elles ne contiennent pas une part de vérité. Les globules rouges peuvent effectivement, chez l'adulte comme chez l'embryon, provenir d'éléments divers, avoir plusieurs origines.

Toutes les opinions émises par les auteurs sur le mode de formation des hématies chez l'adulte, quelque dissemblables qu'elles paraissent être au premier abord, se rattachent sans exception à une même conception générale; toutes font, en effet, provenir le globule rouge d'un élément primitivement incolore et nucléé.

Le globule rouge serait donc toujours, à l'origine une cellule à noyau; mais chez certains animaux cette cellule conserverait son noyau, chez d'autres elle le perdrait pour se transformer en corpus-

(1) C. Mondino, loco citalo.

(2) J. Denys, La structure de la moelle des os et la genèse du sang chez les oiseaux [La Cellule, t. IV, 1er fascicule, 1888).

cule biconcave. L'accord des observateurs cesse d'exister lorsqu'il s'agit d'indiquer où prend naissance cette cellule incolore.

Pendant assez longtemps on a attribué aux petits éléments de la lymphe et du chyle le rôle de former les hématies. Depuis quelques années on tend généralement à réserver cette fonction à certains éléments de la moelle des os et de la rate. Enfin quelques opinions éclectiques sont venues encore compliquer cette partie si discutée, si controversée de l'histoire du sang.

Nous allons donc chercher à élucider successivement le rôle de la lymphe, du chyle et des organes lymphatiques; celui de la moelle des os et de la rate.

A. De la prétendue transformation des globules blancs en globules rouges. — A notre point de vue, il est inutile d'insister sur les légères différences qui distinguent le chyle de la lymphe. Ces deux liquides jouent un rôle de premier ordre dans la reconstitution du sang : ils lui apportent un plasma tout formé qui diffère peu du plasma sanguin, et ils tiennent en suspension des éléments anatomiques qui se mélangent et se confondent avec ceux du sang.

Il est indiscutable que ces éléments anatomiques servent au renouvellement des globules blancs; le seul point qui puisse être mis en doute, c'est la transformation d'une partie des cellules lymphatiques en globules rouges.

A propos de la question qui nous occupe, Kôlliker (1) disait, il y a quelques années : « Je suis convaincu que la doctrine qui mérite le plus de confiance est celle qui admet que les globules rouges proviennent des petits corpuscules du chyle, lesquels perdraient leur noyau, s'aplatiraient et se chargeraient d'hémoglobine. » Cette doctrine ne compte plus cependant aujourd'hui qu'un bien petit nombre de partisans ; elle n'est plus guère invoquée par les auteurs modernes qu'à propos des animaux à globules rouges nucléés. Nous allons facilement en comprendre la raison.

Rappelons tout d'abord la constitution anatomique de la lymphe. Ce liquide tient en suspension des globules blancs plus ou moins abondants qui ressemblent à ceux du sang; on en distingue deux variétés.

Ceux de la première variété sont les mêmes que dans le sang.

(1) A. Kôlliker, Handbuch der Gewebelehre des Menschen.

mais tandis qu'ils sont relativement rares dans ce liquide (1 sur 5 à 10 des autres), ils sont prédominants dans la lymphe, et c'est pour cette raison qu'on les nomme corpuscules de la lymphe ou du chyle.

Les éléments de la seconde variété relativement peu nombreux, ont également les mêmes caractères que ceux de la variété correspondante dans le sang". Cependant ils contiennent souvent une certaine quantité d'hémoglobine dont ils paraissent s'être presque toujours débarrassés dans le sang.

Ces éléments sont doués de contractilité amœboïde comme ceux du sang; mais leurs mouvements sont presque toujours un peu plus lents et les prolongements auxquels ils donnent naissance sont plus épais et moins nombreux. Ces prolongements ont souvent une forme en massue, à l'extrémité de laquelle se concentre l'hémoglobine sous la forme d'une boule plus ou moins nette. Ce sont là de légères différences.

Les globules blancs de la troisième variété, d'ailleurs peu nombreux dans le sang, me paraissent faire défaut dans la lymphe. Il est probable qu'ils résultent de modifications subies par les globules de la seconde variété dans le torrent circulatoire.

Nous savons que les éléments de la lymphe présentent comme les globules blancs du sang une constitution anatomique remarquablement uniforme chez tous les vertébrés. Qu'il s'agisse d'animaux à globules rouges nucléés ou d'animaux à globules rouges sans noyau, les globules blancs conservent, à côté de la mutabilité du type des hématies, une remarquable uniformité. Leurs dimensions sont relativement beaucoup moins variables que celles des hématies, de sorte que, pour prendre un exemple, malgré la différence considérable qui existe entre les globules rouges de l'homme et ceux de la grenouille, les globules blancs sont presque absolument les mêmes chez ces deux espèces si éloignées, surtout quand on considère les globules blancs de la première variété, qui sont à peine un peu plus gros chez la grenouille que chez l'homme.

Et, cependant, on prétend que ces globules blancs se transforment chez l'homme en éléments relativement petits, dépourvus de noyau, discoïdes, chez la grenouille en gros globules rouges nucléés, ovalaires.

Les arguments qu'on a fait valoir à l'appui de cette opinion sont d'ailleurs d'un bien faible poids. Kôlliker a trouvé dans le sang

du foie et dans celui de la rate chez de jeunes mammifères encore à la mamelle des hématies incolores et des cellules rouges à noyau. Or, nous verrons bientôt que ces éléments diffèrent à certains égards des corpuscules de la lymphe et qu'ils paraissent provenir du parenchyme des organes hématopoiétiques. Le même auteur avoue d'ailleurs n'avoir jamais vu de semblables éléments chez l'adulte; ses observations ne peuvent donc s'appliquer qu'à cette période spéciale de la formation du sang chez le nouveau-né dont nous nous sommes déjà occupé.

Pour acquérir des notions plus précises sur ce point, j'ai fait l'examen de la lymphe du canal thoracique* chez des chiens qui avait subi plusieurs saignées très abondantes. J'ai toujours trouvé dans ce liquide les mêmes éléments que chez les animaux non saignés. De plus, chez ces mêmes chiens, j'ai fait l'examen à l'aide de divers procédés des ganglions lymphatiques sans y rencontrer d'éléments anormaux ; d'ailleurs le sang de ces animaux ne contenait pas de formes intermédiaires entre les petits globules blancs et les globules rouges, même dans les cas où les hématoblastes et les globules rouges nains étaient très abondants.

Remarquons, en outre, que pendant le cours des réparations sanguines précédemment étudiées les fluctuations numériques des globules rouges sont indépendantes de celles des globules blancs, et qu'en aucun cas on n'observe une multiplication des globules blancs de la première variété.

Il est vrai qu'on trouve assez souvent dans le sang de l'homme et des animaux atteints d'anémie extrême des globules blancs surchargés d'hémoglobine ; mais ces éléments appartiennent presque toujours à la seconde variété; ils sont faiblement colorés et il est impossible d'établir une filiation entre eux et les globules rouges.

Quant aux faits qui ont été invoqués chez les ovipares en faveur de la transformation des globules blancs en hématies, ils s'expliquent simplement parla ressemblance que les hématoblastes présentent chez ces animaux avec les globules blancs.

Malgré les différences que nous avons établies entre les hématoblastes et les globules blancs dans toute la série des vertébrés, les observateurs continuent à confondre sous un nom commun ces deux espèces d'éléments, et ils rapportent aux globules blancs les transformations qui appartiennent en propre aux hématoblastes.

Concluons donc que la prétendue transformation en hématies

des globules blancs de la lymphe et du chyle n'est démontrée pour aucune des espèces de vertébrés.

B. Rôle des organes hématopoiétiques. — Depuis les travaux de Neumann, qui a découvert dans la moelle des os un élément nucléé coloré par de l'hémoglobine, la plupart des histologistes ont abandonné la théorie que nous venons de discuter pour attribuer à certains organes, en particulier à la moelle osseuse, la fonction de former les globules rouges du sang chez l'adulte. Il a paru dans ces dernières années, surtout en Italie sous l'impulsion de Bizzozero, un grand nombre de travaux sur cette question qui mérite d'être examinée avec soin.

Au début de ses recherches, cet auteur avait attribué à la moelle des os un rôle hématopoiétique complexe. D'après lui, la moelle osseuse servait :

1° A la formation des globules blancs et des éléments lymphatiques;

2° A la destruction des globules rouges;

3° Enfin à la production des globules rouges en raison des transformations qu'y éprouvent les globules blancs.

Depuis cette époque son opinion paraît s'être modifiée relativement à cette dernière fonction, et dans un travail paru dernièrement cet auteur expose l'ensemble de sa doctrine (1).

Il existerait chez tous les vertébrés un globule rouge à noyau qui aurait la propriété de se multiplier par division indirecte. Ce globule rouge se trouverait, suivant les classes d'animaux et suivant Fâge des sujets, tantôt dans le sang en circulation, tantôt dans la moelle des os, dans la rate ou dans les reins, tantôt aussi dans plusieurs de ces parties.

La formation des globules rouges aurait lieu constamment d'après le même mode, depuis les premières phases de la période embryonnaire jusqu'à l'âge adulte ; le foyer de cette formation serait seul variable.

Chez les mammifères ces foyers seraient successivement le sang, le foie, la rate et enfin la moelle des os.

C'est dans ce dernier point que se localiserait définitivement chez l'adulte la fonction hématopoiétique, à laquelle cependant

(1) J. Bizzozero et A. Torre, De l'origine des corpuscules sanguins rouges dans les différentes classes des vertébrés (Arc/i. ital. de biologie, IV, p. 309, 1883 et Appendice, par Bizzozero),

G. Hayem. — Du San j. 38

la rate pourrait encore concourir dans des cas exceptionnels.

Chez les animaux à globules rouges nucléés l'évolution de ce processus serait variable suivant les espèces.

Chez les oiseaux la formation du sang suivrait les mêmes lois que chez les mammifères : les globules rouges se multiplieraient d'abord dans le sang, puis dans la rate (embryon de 10 à 11 jours pour le poulet), enfin et d'une manière définitive dans la moelle des os (14° jour).

Chez le triton et la salamandre, le processus aurait lieu d'abord dans le sang, puis dans la rate ; chez la grenouille enfin, la multiplication des globules rouges se localiserait dans la moelle osseuse.

D'après cette théorie, la moelle des os serait donc le foyer définitif de la formation du sang chez les mammifères, chez les oiseaux et chez la grenouille. Elle contiendrait des globules rouges jeunes qui se multiplieraient suivant les besoins, à la suite des saignées, par exemple, et cette production s'effectuerait par le procédé de la division indirecte.

1° Râle de la moelle des os chez les mammifères. — On sait que la moelle des os est constituée par un tissu très complexe dont la disposition histologique est variable suivant que certains éléments sont plus ou moins abondants.

Chez les mammifères adultes, à l'état sain, ce tissu se présente sous deux aspects principaux : la moelle jaune ou blanche, riche en vésicules adipeuses, la moelle rouge, dite encore fœtale, ayant une coloration plus ou moins semblable à celle du sang.

C'est dans cette dernière, que se voient les éléments à contenu hémoglobique, désignés par Neumann sous le nom d'hématoblastesetquej 'appellerai, pour éviter toute confusion, hématoblastes nucléés (1).

Il est assez difficile de les étudier; car, d'une part, la moelle est tellement riche en cellules que, lorsqu'on en dilacère un fragment sous le microscope, on isole avec peine les cellules colorées ; et, d'autre part, ces cellules sont tellement altérables, qu'elles perdent souvent dans les réactifs leur aspect normal et leur contenu en hémoglobine, alors même qu'on emploie comme véhicule le sérum du sang d'un animal de la même espèce. Aussi Ch. Robin, ayant traité la moelle osseuse par l'eau et par l'acide acétique, n'a-

RÉNOVATION DU SANG PAR LES ORGANES DITS HÉMATOPOIÉTIQUES. 59o

t-il pu voir ces cellules que sous une forme altérée ; elles constituent, très probablement, les éléments auxquels cet auteur a donné le nom de médullocelles (1).

Si nous prenons comme exemple de notre description la moelle du lapin, c'est dans le sérum du sang de cet animal que nous pourrons le mieux nous rendre compte de l'aspect naturel des hématoblastes nucléés. Ils se présentent sous l'apparence d'un globule spliérique ou légèrement irrégulier, nettement coloré par de l'hémoglobine, mais plus faiblement que les hématies. Tandis que ces dernières restent intactes dans le sérum ou deviennent

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Fig. 105. — Lapin de 10 à 12 jours. Éléments de la moelle osseuse dilacérée

dans du sérum de lapin.

«, globule rouge ordinaire ; b, b, globules rouges à noyau; quelques-uns sur le point de perdre leur noyau ; 6', éléments à contenu bémoglobique ayant un noyau en bissac; c, c, globules rouges à noyau ayant perdu leur hémoglobine ; d, d, noyaux devenus libres; e, e, globules blancs; /", f, grandes cellules à noyaux bourgeonnants.

mùriformes, les hématoblastes nucléés s'altèrent assez rapidement. Ils semblent formés de deux parties: l'une, périphérique et colorée, se plisse, se rétracte et tend à énucléer la partie centrale, c'est-à-dire le noyau, entouré parfois d'une faible quantité de matière granuleuse. On dirait une cerise dont on exprime le noyau en comprimant le fruit entre les doigts (fig. 105).

D'autres éléments moins déformés pâlissent et, pendant qu'ils perdent une partie ou la totalité de leur matière colorante, ils laissent apercevoir un noyau relativement volumineux, sphériquc, réfractant assez fortement la lumière, tantôt grisâtre ou à peine verdâtre, parfois nettement jaunâtre, comme si l'hémoglobine s'était réfugiée autour de lui. Ce noyau est souvent entouré de quelques granulations.

(1) Ch. Robin, article Moelle (Dicliomiaire encyclop. des se. mëd,, 1875).

On no trouve, clans ce genre de préparation, qu'un très petit nombre d'éléments nucléés, non déformés, ou à peine altérés. Ce sont les plus riches en hémoglobine ; souvent ils sont assez colorés pour qu'il soit difficile d'y voir le noyau. Enfin, quelques noyaux sont devenus libres ou le deviennent sous les yeux de l'observateur, et ils constituent ainsi les éléments que Robin a décrits sous le nom de médullocellcs de la variété noyau. Autour de ces noyaux paraissant libres, on aperçoit souvent une très petite quantité de protoplasma incolore ou légèrement teinté. Les noyaux vus clans ces conditions sont, en général, très réfringents, brillants, homogènes, ou très légèrement granuleux; ils ne laissent pas voir de nucléole.

Les hématoblastes nucléés ainsi étudiés ont à peu près les mêmes dimensions que les globules rouges, mais presque toujours ils sont plus petits (fig. 405).

Dans une préparation où les globules rouges mesuraient 7^,5, les petits hématoblastes nucléés colorés avaient en moyenne 6[x,2 et les grands 7^,25 ; le noyau mesurait de 4[a,5 à 5^.

Cette rapide description montre que, même dans un milieu qui convient aux globules rouges, les cellules colorées de la moelle des os s'altèrent sensiblement.

Les altérations qui se produisent ainsi permettent de reconnaître qu'elles sont formées : 1° d'un corps protoplasmique dont la partie externe plus colorée et plus homogène tend à prendre l'aspect d'un stroma analogue à celui d'un globule rouge ; 2° d'un noyau relativement volumineux.

Ces éléments ressemblent donc évidemment à la petite variété des globules rouges nucléés de l'embryon. Comme eux aussi, ils sont légèrement contractiles ; examinés sur la platine chauffante, ils changent constamment de forme tant qu'ils ne sont pas profondément altérés. Ces déformations sont surtout actives entre 35 et 40°. Elles sont représentées (fig. 106) d'après une préparalion faite avec la moelle osseuse d'un chien nouveau-né.

Pour acquérir une notion plus complète des hématoblastes nucléés, il est nécessaire de les soumettre à l'influence des réactifs.

Bizzozero recommande de les étudier en dilacérant la moelle des os, dans une solution de chlorure de sodium dont le taux doit varier suivant les espèces animales de 0,50 à 0,70 p. J00. Au moment de se servir de ce liquide, on y ajoute une petite

RÉNOVATION DU SANG PAR LES ORGANES DITS 11ÉMATÛPOIÉT1QUES. ii97

quantité de solution concentrée et filtrée de violet de méthylc S B.

Ce procédé présente l'avantage de montrer les divers éléments cellulaires de la moelle des os à l'état isolé et d'en reconnaître assez facilement les noyaux qui prennent an bout de peu de temps une coloration bleuâtre.

Les hématoblastes nucléés se présentent dans cette solution sous l'apparence de corpuscules assez réguliers à peu près du volume d'un globule rouge, parfois plus gros, de forme sphérique. Ils renferment un noyau central ou un peu excentrique vésiculeux, souvent brillant avant d'être coloré et relativement volumineux. Leur corps protoplasmiquc est légèrement orangé, beaucoup moins coloré que les globules rouges et d'une coloration plus jaunâtre. Ces éléments doivent être examinés rapidement, car en général ils s'altèrent et se décolorent dans ce réactif au bout d'un temps assez court.

Le plus souvent les hématoblastes nucléés sont disséminés en petit nombre et isolés au milieu des autres éléments de la moelle des os ; mais parfois on observe des éléments juxtaposés par un côté et représentant pour Bizzozero des éléments en voie de scission indirecte. Chez le lapin, on trouve surtout ces formes dans la moelle rouge des jeunes animaux.

— Il m'a paru avantageux, pour étudier la moelle des os, d'employer la dessiccation qui permet de faire agir sur les préparations divers réactifs colorants. J'ai obtenu par ce procédé de bonnes préparations dans lesquelles on pouvait reconnaître facilement, même avant l'emploi de tout réactif, les plus faibles traces d'hémoglobine à l'intérieur des éléments desséchés.

Dans ces préparations, les hématoblastes nucléés paraissent souvent plus nombreux que dans les préparations humides faites par dilacération; en même temps, ils sont plus volumineux, mais leur disque cellulaire est toujours moins coloré que celui des globules rouges légitimes, non nucléés, qui sont mélangés avec eux. Le noyau de ces éléments est pâle, finement granuleux, parfois recouvert d'hémoglobine masquant les granulations, et il se trouve alors, en général, séparé du corps de l'élément par une sorte de fente circulaire ou de collier incolore (fîg. 107).

On reconnaît clans ces préparations, mieux encore que dans les précédentes, que les hématoblastes sont disséminés d'une manière très irrégulière et très inégale, au milieu d'éléments in-

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colores, en général plus volumineux. Quelques-uns de ces éléments sont certainement des globules blancs. Mais il en est d'autres dont le volume est parfois considérable à l'état sec, et qui diffèrent notablement des globules blancs (fig. 108). Parmi

Fig. 10G.

Éléments de la moelle osseuse du chien nouveau-né, dans le sérum du chien.

A, diverses formes prises par un hématoblaste nucléé pendant l'examen fait avec la platine chauffante ; b, b, globules rouges nucléés sur le point de perdre leur noyau; c, c, éléments uuclées perdant au contraire leur hémoglobine ; d, boule d'hémoglobine devenue libre.

ces grands éléments, les uns (ce sont les plus nombreux) ont un noyau volumineux, unique, plus rarement un noyau en bissac ou double; mais jamais contourné en boudin, comme ceux des gros globules blancs. D'autres éléments, de volume variable, ont un

Fig. 107.— Moelle osseuse du lapin.

Préparation sèche.

a, a, globules rouges ordinaires; b, b, hématoblastes nucléés de la moelle des os; b', un de ces derniers éléments à noyau double; c, globule blanc.

Fig. 108. — Moelle osseuse du lapin. — Préparation sèche colorée par l'eau iodo-iodurée.

a, a, hématoblastes nucléés de la moelle osseuse ; 6, grand élément à noyau lobule ; b' , élément du même genre à noyau non lobule ; c, globule blanc.

noyau dont la forme est tout à fait spéciale : il est découpé en prolongements multiples partant du centre, prolongements élégamment sinueux ou dentés ou bien encore terminés par un petit renflement (fig. 108) (1).

(1) Les noyaux de ces éléments présentent donc les caractères de la karyokinèse. Je les ai décrits pour la première l'ois en 1881 (voir LIV). Les figures 107, 108, 10!) sont empruntées à cet ouvrage. Les éléments qui y sont représentés comme ayant des rapports de parcuté avec les hématohlastcs nucléés me paraissent être les

L'emploi des réactifs colorants accentue ces distinctions.

Lorsqu'après la dessiccation on recouvre la préparation d'une lamelle sous laquelle on fait passer par capillarité une goutte d'eau iodo-iodurée suffisamment concentrée, onobtient une réaction très intéressante. Les éléments restent adhérents à la lame de verre, conservent leur forme et prennent, partout où il y a de l'hémoglobine, une coloration brun acajou caractéristique. Le noyau des hématoblastes nucléés se détache 1res nettement en clair et devient fortement granuleux (fig. 103).

Les globules rouges légitimes se colorent fortement et uniformément. Dans les globules blancs, les granulations deviennent foncées, presque noirâtres, tandis que les noyaux restent clairs et sont moins colorés par l'iode que ceux des hématoblastes nucléés. Les grands éléments distincts des globules blancs, à noyau dé-

Fig. 109. — Éléments de la moelle osseuse d'un lapin nouveau-né. Préparation faite par dessiccation, lavage avec le liquide A, puis coloration par l'hématoxyline.

A, groupe d'éléments juxtaposés ; B, éléments pris dans divers points de la préparation; a, a, globules blancs; b, hématoblastes nucléés bien caractérisés à noyau unique; V , mêmes éléments à deux noyaux, paraissant eu voie de division; c, c, hématoblastes nucléés dont le noyau est fortement lobule ; d, grand élément paraissant appartenir au groupe des hématoblastes nucléés.

coupé ou non, se colorent très faiblement en jaune : noyau et corps cellulaire restent presque complètement homogènes.

J'ai encore employé après la dessiccation la fixation par l'acide osmique ou le liquide A, suivie de la coloration des éléments à l'aide d'une solution aqueuse de carmin ou d'une solution alunéc d'hématoxvline. Ce dernier réactif donne de très beaux résultats

mêmes ([lie ceux qui ont été décrits depuis par Lowrr sous le nom d'érythroblasles. Ucbcr die Bildung rotlier u. weisser Blutkôrpcrchen (Siizb. d. K. Akad. Bd. LXXXV11I, III, Abth., 1883).

bien que l'hémoglobine soit, en général, presque complètement détruite par ce mode de préparation.

Les noyaux des hématoblastes nucléés (fig. 109) se colorent d'une manière remarquablement intense et deviennent très granuleux. Les noyaux des globules blancs se colorent également, mais moins fortement et restent homogènes ; enfin les grands éléments, précédemment décrits, fixent très peu la matière colorante ; ils prennent une teinte diffuse et leur gros noyau unique devient rarement très apparent, à moins qu'il ne présente ces découpures multiples, caractéristiques de la karyokinèse. Ces noyaux karyokinétiques se colorent avec la même intensité que ceux des globules blancs.

— On sait qu'on trouve encore, dans la moelle osseuse, d'autres éléments anatomiques, tels que cellules géantes à noyau bourgeonnant, cellules à noyaux multiples ou myéloplaxes de Robin. Ces éléments, groupés dans certains points, ne paraissent avoir aucun rapport avec la destruction ou la formation du sang. Mais je dois rappeler encore la présence fréquente, dans toutes les parties de la moelle osseuse rouge, de grandes cellules renfermant des globules rouges ou des boules colorées par de l'hémoglobine. Parfois ces éléments sont irrégulièrement allongés et ressemblent à des cellules vaso-formatives. Le rôle de ces cellules à contenu hémalique paraît être plutôt cependant (comme dans la rate) en rapport avec la destruction des hématies qu'avec leur formation.

Si la moelle osseuse, comme Je pensent aujourd'hui de nombreux auteurs, joue un rôle actif dans la rénovation du sang, cela ne peut être que par l'intermédiaire des premiers éléments cellulaires précédemment décrits. Mais nous venons de voir que, dans les parties de la moelle rouge riches en cellules, les types d'éléments sont variés et assez nombreux. Quelle parenté cxistet-il entre ces divers types?

Neumann a considéré les éléments colorés de la moelle des os comme intermédiaires entre les cellules lymphoïdcs et les globules rouges. La même opinion a été exprimée par Bizzozero. 11 y aurait donc trois états successifs dans l'évolution des globules rouges. Le premier serait représenté par les globules blancs de la moelle; clans le second, ces éléments seraient transformés en hématoblastes nucléés ; enfin, dans le troisième, le noyau de ces derniers aurait disparu et le globule rouge se montrerait avec ses

caractères normaux. J'ai insisté, dans mon cours de 1881, sur la distinction des éléments incolores de la moelle des os en deux variétés distinctes.

Les éléments que nous venons de décrire à côté des globules blancs me paraissent correspondre aux médullocelles de la grande variété de Robin, et c'est à cet élément et non aux cellules lymphoïdes que se rapportent les formes karyokinétiques.

Les bématoblastes nucléés de Neumann proviennent sans doute de ces grandes médullocelles et non des cellules lymphoïdes.

L'existence dans la moelle osseuse d'un globule rouge à noyau, analogue à l'une des variétés des globules rouges de l'embryon, est donc indiscutable.

Il appartient particulièrement à la moelle rouge, mais on peut en trouver presque toujours quelques échantillons dans la moelle adipeuse.

Pour l'étudier facilement, on se sert de préférence des jeunes animaux dont la moelle fœtale est abondante, même dans les os longs et toujours riche en éléments colorés. Mais on en trouve également chez les adultes et chez les animaux âgés dans tous les points où la moelle est rouge, et, d'une manière générale, la coloration de la moelle est en rapport avec l'abondance des bématoblastes nucléés.

La description précédente, faite d'après la moelle osseuse du lapin, est applicable aux autres mammifères, tels que le chien et le cochon d'Inde. Cependant, chez ce dernier animal, la moelle osseuse m'a paru souvent plus riche en bématoblastes nucléés et en éléments en scission que celle du chien ou du lapin. Aussi Bizzozero s'est-il particulièrement servi du cochon d'Inde pour étudier ces éléments

— Sans insister davantage sur ces faits anatomiques, nous pouvons examiner maintenant s'ils sont en rapport avec la formation du sang chez l'adulte.

Nous nous souvenons que, contrairement au sang du nouveau-né humain, celui des mammifères nouveau-nés renferme encore une petite quantité de globules rouges à noyau qui paraissent prendre naissance dans la rate et la moelle osseuse.

Bientôt ces éléments ne se retrouvent plus dans le sang, et on n'en voit jamais chez l'adulte, même lorsqu'on les cherche à la sortie des os. J'ai fait un certain nombre de préparations du sang

de la veine nourricière du tibia chez le chien et mon ami, M. Barrier, a recueilli plusieurs fois le sang de la veine du canon chez le cheval. Dans aucune de nos préparations, on ne trouve un seul globule rouge à noyau.

Pour expliquer cette constitution du sang de l'adulte, Neumann a été obligé d'admettre que les hématoblastes nucléés perdent rapidement leur noyau en traversant le réseau capillaire de la moelle osseuse où on les trouverait en très grand nombre.

Depuis, tous les auteurs qui font naître les hématies dans la moelle osseuse ont adopté cette opinion et n'ont guère été en désaccord que sur le mode de disparition du noyau.

D'après les recherches de Rindfleisch (1), l'hématoblaste se déformerait en calotte, et le noyau serait expulsé avec une faible masse protoplasmique. Du redressement de rhématoblaste résulterait la biconcavité du globule rouge.

Nous avons vu tout à l'heure que, lorsqu'on examine ces éléments dans du sérum, un certain nombre d'entre eux expulsent, en effet, leur noyau par un procédé analogue à celui qu'invoque Rindfleisch; mais c'est là le résultat d'altérations évidentes et profondes. Rien ne prouve qu'il s'agisse d'un processus normal, évoluant rapidement dans le court trajet des veines médullaires, et l'on peut se demander si l'on ne se trouve pas simplement en présence d'une hypothèse imaginée pour les besoins de la cause.

L'expulsion du noyau par la portion hémoglobique de l'élément, à laquelle j'ai souvent assisté, m'a toujours paru artificielle et je demanderai aux auteurs qui admettent la disparition rapide du noyau chez l'adulte, par quelque procédé que ce soit d'ailleurs, pour quelle raison ces éléments ne se comporteraient pas de la même manière à tous les âges. Dans le sang de l'embryon ou des jeunes animaux le noyau des globules rouges nucléés est persistant. Pourquoi disparaîtrait-il chez l'adulte avec une extrême rapidité dès que l'élément pénètre dans les vaisseaux ?

Les propriétés générales des éléments ne se modifient pas ainsi. Si les organes formateurs du sang chez l'adulte produisaient des globules rouges à noyau, ces éléments resteraient tels et circuleraient dans le sang de l'embryon. C'est d'ailleurs ce qui a lieu

(1) Rindfleisch. Ueher Knochcnmark und Blutbildung (Arch. f. mikrosc. Anatornie, XVII. S. 1 et 21, 1880).

dans certains cas pathologiques (la leucocythémie par exemple).

— L'hypothèse de la disparition du noyau a conduit forcément les auteurs à négliger l'état du sang dans les rénovations sanguines, pour s'occuper exclusivement des prétendus organes formateurs, des éléments.

Ils ont cherché dans les modifications de la moelle elle-même les preuves de la participation de cet organe à l'héniatopoièse. C'est surtout dans cette direction que Bizzozero et ses collaborateurs ont poursuivi leurs recherches.

Après avoir saigné un animal deux ou trois fois, ils l'ont sacrifié quelques jours après la dernière hémorragie et ils ont, disent-ils, trouvé une multiplication considérable des éléments colorés de la moelle des os. Ils en ont conclu que le processus de néoformation du sang a son siège dans le tissu médullaire. Pour réparer le sang, la moelle osseuse, dont la nutrition est comme engourdie à l'état normal, reprendrait une grande activité nutritive; elle passerait à l'état fœtal, même dans les points où on la trouve habituellement adipeuse chez les animaux non saignés.

Bizzozero n'invoque pas seulement à l'appui de sa théorie la multiplication des hématoblastes nucléés, il paraît attacher une importance au moins égale à la constatation d'un grand nombre de formes en scission. Chez les animaux saignés, on trouverait dans la moelle une proportion considérable d'hématoblastes nucléés en voie « de scission indirecte ». Ce sont des éléments que l'auteur représente dans ses dessins comme étranglés par une ligne équatoriale. L'étranglement porte à la fois sur le corps cellulaire et sur le noyau, et plus tard l'élément se divise en deux éléments semblables.

J'ai répété un grand nombre de fois les expériences de Bizzozero sur le chien, le cochon d'Inde et la grenouille, et je vais indiquer sommairement les résultats que j'ai obtenus.

a. Chiens. — Pour reconnaître si les hémorragies produisent une modification de la moelle osseuse, celle-ci étant variable suivant chaque os, il faut faire porter les examens sur le même os, pris comme terme de comparaison. J'ai fait choix du fémur, dont il est d'ailleurs souvent question dans les travaux des auteurs précédemment cités, et il m'a été facile de reconnaître que l'état de la moelle osseuse y est très variable.

Chez la plupart des chiens elle est, à l'état sain, d'un rouge in-

tense dans toute l'étendue du canal médullaire. Cependant, au centre du canal, lorsqu'on écarte le manchon de moelle rouge périphérique, on trouve une petite colonne grisâtre ou jaunâtre de moelle graisseuse, et encore cette partie est-elle rarement distincte chez les animaux jeunes ou même chez les chiens adultes ou vieux de petite taille, ayant des os petits et étroits. Ce sont les chiens de grande taille, ayant de gros fémurs, qui ont le plus de moelle graisseuse ; celle-ci est habituellement localisée à la partie moyenne du corps de l'os, mais parfois répartie irrégulièrement dans toute la longueur du canal médullaire. L'âge avancé des chiens n'a pas une influence régulière sur l'état de la moelle fémorale; j'ai trouvé, contrairement à mon attente, des chiens très âgés dont la moelle du fémur était aussi rouge que celle des jeunes chiens.

Ainsi, chez un vieux chien très gras, sacrifié en 1882 pour une expérience, j'ai trouvé la moelle osseuse très rouge dans les côtes, dans les fémurs, dans les vertèbres. Cette moelle était remplie d'hématoblastes à noyau plus nombreux que chez d'autres chiens saignés. La rate en renfermait également quelques-uns.

Il résulte de cette irrégularité dans l'état de la moelle osseuse d'un même os, que, lorsqu'on vient à comparer la moelle des animaux saignés à celle d'animaux non anémiés, on ne trouve aucune différence appréciable. La moelle osseuse des premiers n'est pas plus rouge que celle des derniers ; la prétendue transformation fœtale sous l'influence des hémorragies est impossible à constater d'une manière certaine. Au contraire, lorsqu'au lieu de faire uniquement deux ou trois saignées à un animal, on multiplie les hémorragies abondantes de manière à le faire tomber dans l'anémie chronique, la moelle du fémur devient pâle comme tous les autres tissus vasculaires.

Mais s'il n'y a pas de modifications dans les caractères macroscopiques de la moelle osseuse, à la suite des hémorragies répétées, le microscope indique parfois des différences de constitution assez notables.

Toutefois, pour que la structure histologique delà moelle osseuse soit sensiblement altérée chez le chien, il faut que les animaux aient subi des saignées multiples, considérables. On trouve, chez ces animaux, même lorsque la moelle est graisseuse, de petits foyers de moelle embryonnaire, d'apparence gélatineuse, au ni-

RÉNOVATION DU SANG PAR LES ORGANES DITS HÉMATOPOIÉTIQUES. 60a

veau desquels les hématoblastes nucléés sont très abondants. Ces éléments ont le plus souvent un noyau simple ; mais à côté d'eux on constate parfois d'assez nombreux éléments à noyau double ou en voie de scission. L'interprétation de ces faits est toujours difficile, car il est certain que les mêmes formes anatomiques existent clans la moelle des animaux non saignés. Aussi ai-je toujours fait parallèlement l'examen du sang et de la moelle osseuse.

Dans la grande majorité des cas, même chez les animaux très copieusement saignés, on ne trouve pas un seul globule rouge à noyau dans le sang. Mais lorsqu'on est parvenu à faire tomber les animaux dans un état d'anémie considérable, on peut retrouver dans les préparations du sang général et dans celui qui sort des os, particulièrement dans celui des veines rachidiennes, quelques globules rouges à noyau. Ces éléments sont toujours très peu nombreux, mais en somme parfaitement nets, quand on a soin de traiter le sang desséché par l'eau iodo-iodurée. Ils coïncident toujours avec la présence d'un certain nombre de globules blancs surchargés d'hémoglobine.

b. Cochon d'Inde. — Chez le cochon d'Inde, la moelle osseuse est toujours rouge, par conséquent il serait inutile d'y rechercher les modifications macroscopiques qu'elle peut subir sous l'influence des saignées.

En l'étudiant au microscope, on y voit facilement de nombreux hématoblastes nucléés, et souvent aussi d'assez abondantes formes dites « en scission indirecte » par Bizzozero (fig. 110). Il semble donc que chez le cochon d'Inde il soit plus facile de constater la multiplication post-hémorragique des éléments colorés de la moelle osseuse. D'ailleurs, on fait apparaître aussi plus facilement dans le sang de cet animal quelques globules rouges à noyau, notamment dans le contenu des veines rachidiennes. Mais ce qui complique cette question difficile, c'est qu'on peut observer les mêmes faits sur des animaux non saignés. Ainsi, ayant fait le même jour, le 30 septembre 1884, l'examen d'un cochon d'Inde tuberculeux et d'un autre cochon d'Inde ayant subi coup sur coup trois hémorragies abondantes, il m'a été impossible de trouver une différence sensible entre ces deux animaux, relativement à l'état de la moelle osseuse et du sang des veines rachidiennes. Ces dernières renfermaient quelques rares globules rouges à noyau,

aussi bien chez l'animal mort de tuberculose que chez celui qui avait été saigné.

2° Rôle de la moelle des os chez la grenouille. — Chez la grenouille, la moelle osseuse semble être d'une constitution anatomique plus simple que chez les mammifères.

On n'y trouve pas nettement de myéloplaxcs, et les grandes cellules à noyau bourgeonnant paraissent également y faire défaut. Mais j'ai été très frappé d'y voir des éléments cellulaires

VOx«

Préparation faite avec la solution de chlorure de sodium et de violet de méthyle (**).

Fig. 110. — Héniatoblastes nu- Fig. 111. — Sang et moelle osseuse de grenouille, cléés de la moelle du cochon d'Inde. Préparation faite avec la solution de chlorure de sodium colorié par le violet de méthyle (*).

(*) a, a, hématoblastes nucléés isolés de diverses tailles; b, b, hématoblastes nucléés paraissant sur le point de se séparer après division par scission indirecte; c, éléments du même genre dont le noyau présente les cai'actères de la karyokinèse.

(**) a, a, éléments provenant de la moelle des os; b, globule rouge non déformé: c. c. éléments déformés par le réactif; d, un de ces derniers éléments complètement sectionné.

absolument semblables à ceux de la moelle osseuse des mammifères, et entre autres des hématoblastes nucléés ne différant pas sensiblement de ceux de la moelle du lapin ou du cochon d'Inde. Ces mêmes éléments existent aussi dans la moelle osseuse des oiseaux, et, si réellement ils servent à former des globules rouges chez les ovipares, il faut tout au moins reconnaître qu'ils n'ont aucun rapport de forme et de dimensions avec les grands globules rouges nucléés de ces animaux. Je n'ai d'ailleurs pas vu chez la grenouille d'éléments à contenu hémoglobique en scission.

En poursuivant ces recherches, je me suis aperçu que le réactif employé par Bizzozero (bichlorure de sodium méthylique) détermine des altérations artificielles des éléments colorés et notamment des étranglements et même des divisions complètes portant sur le corps cellulaire et sur le noyau (fig. 111) (1).

Ces altérations artificielles se produisent surtout sur les éléments du sang, hématoblastes et globules rouges. Mais comme dans toutes les préparations de moelle osseuse il y a toujours un mélange d'éléments propres et d'éléments du sang, il me paraît certain que l'emploi de ce réactif a pu faire croire à une multiplication de corpuscules colorés qui n'existait pas en réalité.

Chez les grenouilles saignées, au moment où la réparation du sang s'affirme par une abondance considérable dans ce liquide de formes intermédiaires entre les hématoblastes et les hématies, la moelle osseuse reste graisseuse et ne présente aucune modification histologique notable.

La participation de la moelle des os à la rénovation du sang chez les animaux inférieurs me paraît donc loin d'être démontrée (2).

3° Rôle de la rate. — La rate renferme presque toujours chez les jeunes mammifères des hématoblastes nucléés très analogues à ceux de la moelle des os ; mais ils y sont peu abondants et d'une étude difficile. Ces éléments colorés paraissent passer dans le sang, car on trouve quelques globules rouges à noyau dans la veine splénique ou dans la veine porte. Cette fonction de la rate persiste parfois assez longtemps après la naissance, du moins chez quelques animaux, si bien que chez un chien d'environ un an, j 'ai trouvé quelques rares globules rouges à noyau dans le sang de la veine splénique. C'est un cas exceptionnel. Habituellement la fonction hématopoiétique de la rate prend fin peu de temps après la naissance. En tout cas, rappelons-nous que chez l'homme la formation intra- viscérale de globules rouges à noyau cesse déjà pendant la vie intra-utérine. Ce processus est donc certainement beaucoup plus durable chez les jeunes mammifères.

Les saignées multiples ne déterminent pas, chez le chien adulte,

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