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(2) Rappelons ici que chez les oiseaux saignés J. Denys (loc. cit.) a trouvé une multiplication des éléments que nous appelons hématoblastes nucléés et qu'il désigne, avec Lôwit, sous le nom d'érythroblastes.
de modifications constantes de la rate. Cependant, chez les animaux qui ont été saignés plusieurs fois très copieusement, la rate renferme, plus souvent et en plus grand nombre, des hématoblastes nucléés, que celle des chiens non saignés. Mais la question des fonctions hématopoiétiques de la rate est certainement complexe. Dans nombre de cas, cet organe paraît être plutôt un centre de destruction active de globules rouges qu'un foyer de formation globulaire. Et, contrairement à toute attente, les traces de cette destruction d'hématies sont parfois très évidentes chez les animaux saignés. Ainsi, chez un chien qui avait subi en dix jours plusieurs pertes de sang considérables, la rate était petite, peu riche en hématoblastes nucléés ; mais elle renfermait un nombre considérable de grosses cellules granuleuses remplies de grains pigmentaires.
Chez les fœtus humains de moins de sept mois et chez les jeunes mammifères on constate souvent la présence de globules rouges à noyau dans le sang issu directement du foie. Mais je n'ai pas fait de recherches spéciales sur les fonctions hématopoiétiques que quelques auteurs ont attribuées à cet organe.
4° Rôle des glandes lymphatiques. — La participation des glandes lymphatiques à la production d'éléments colorés est douteuse. Cependant Lôwit a trouvé dans ces organes des hématoblastes nucléés (érythroblastes). Ces éléments ne se chargeraient d'hémoglobine que dans les voies lymphatiques ou sanguines (1).
G. Faits pathologiques observés chez l'homme. — Pour compléter les données fournies par les modifications de la moelle, on a invoqué des faits pathologiques. Neumann le premier remarqua, à l'autopsie de sujets adultes morts d'une affection cachectisante, une teinte rosée de la moelle osseuse. Il en conclut que cet organe avait récupéré ses fonctions hématopoiétiques. L'altération qu'on trouve dans la moelle des os longs, chez les sujets cachectiques équivaudrait par conséquent à une lésion compensatrice.
Pour trancher cette question j'ai fait l'examen du fémur dans un grand nombre d'autopsies et j'ai constaté que dans cet os l'état de la moelle est très variable, sans qu'on puisse trouver la raison de ces différences.
Chez les sujets cachectiques, ce n'est pas un retour à l'état fœtal
(1) Lôwit, Ueber Neubildung u. Zerfall weisser Blutkôrperchen (Sitzb. der K. Akadz. Wien. Bd. 92, III Abth., 1885).
qu'on observe communément, mais une transformation gélatiniforme plus ou moins complète, conséquence du marasme, c'est-àdire de la résorption du tissu adipeux s'effectuant dans la moelle des os comme dans les autres parties du corps.
Litten et Orth, Blechner, ont également trouvé dans leurs autopsies l'état de la moelle très variable. Mais plus récemment divers observateurs ont signalé, chez des malades morts à la suite d'hémorragies abondantes, une multiplication des globules rouges à noyau dans la moelle des os. Les recherches que j'ai faites sur ce point ne m'ont fourni jusqu'à présent que des résultats négatifs. On se souvient que, dans plusieurs cas pathologiques, j'ai trouvé, comme d'autres observateurs, un certain nombre de globules rouges à noyau dans le sang général. Ces éléments apparaissent surtout dans le cours de la leucocythémie, lorsque les organes hématopoiétiques, notamment la rate et la moelle des os, sont remplis d'éléments embryonnaires. Cette particularité me paraît avoir une grande importance au point de vue de l'interprétation des faits relatifs à la rénovation du sang.
Elle prouve tout d'abord que dans les cas où se forment de nombreux hématoblastes nucléés dans les organes hématopoiétiques, ces éléments peuvent pénétrer dans le sang sans perdre leur noyau et qu'ils persistent dans le sang général avec leurs caractères propres, absolument comme chez l'embryon. J'ai donc eu raison de faire des réserves relativement à l'hypothèse de Neumann et d'autres auteurs touchant la disparition du noyau de ces éléments avant leur pénétration dans le sang.
En second lieu, en dehors de la leucocythémie qui doit être envisagée ici à part, l'apparition de globules rouges à noyau dans le sang humain est un fait rare. Je ne l'ai observé que chez des malades atteints d'anémie extrême, presque mourants, et jamais le nombre des hématies nucléées n'a été notable. Ces éléments ont toujours été peu abondants, et leur apparition a coïncidé avec une aggravation dans l'état des malades; elle n'a jamais acquis la signification d'un effort de réparation sanguine.
Lorsque, chez un malade atteint d'anémie spontanée ou symptomatique, on parvient à distinguer dans le sang quelques rares globules rouges à noyau, on peut porter le pronostic le plus sombre et prévoir une mort prochaine. En serait-il ainsi si ces éléments étaient destinés à la reconstitution du sang?
G. Hayem. — Du Sang. 39
D. Conclusions générales. — On peut trouver chez l'adulte, comme chez l'embryon, deux variétés de globules rouges : la variété sans noyau, d'origine hématoblastique ; la variété nucléée, produite par les organes dits hématopoiétiques.
La première est la seule qui existe normalement dans le sang et la seule aussi qui se multiplie dans les cas ordinaires de réparation sanguine.
La seconde n'apparaît dans le sang que dans les anémies intenses et extrêmes et ne paraît prendre qu'une part très limitée à la régénération du sang.
Il n'y a pas lieu d'admettre que les hématies ordinaires proviennent de globules rouges nucléés , ayant perdu leur noyau avant de pénétrer dans le sang, puisque les hématies nucléées persistent dans le sang de l'adulte comme dans le sang de l'embryon. On n'est autorisé à considérer ces dernières comme partie constituante du sang que lorsqu'on peut constater directement leur présence dans ce liquide.
Chez l'homme, l'apparition de globules rouges à noyau dans le sang est toujours un fait rare, exceptionnel, ne se montrant que dans les cas d'une haute gravité. C'est un effort de rénovation sanguine en quelque sorte ultime et insuffisant. La véritable réparation du sang se fait toujours par l'intermédiaire des hématoblastes.
Toutefois, chez certains mammifères et notamment chez le cochon d'Inde, le processus de l'hématopoièse par production de globules rouges à noyau est plus accentué et plus aisément mis en jeu.
SIXIÈME PARTIE
PATHOLOGIE
Lorsqu'on parle des maladies d'un organe, du foie, des reins, des poumons par exemple, on entend par là les affections dont ces organes sont atteints dans le cours de désordres plus généraux de l'économie qui sont les véritables maladies.
Les traités de pathologie sont donc divisés, sous ce rapport, plutôt d'après un plan anatomique que suivant les bases d'une nosologie systématique. On a trouvé dans ces divisions anatomiques le moyen de rendre les descriptions plus faciles et d'éviter de nombreuses répétitions. D'ailleurs, à l'époque où ces groupements ont été adoptés dans les traités classiques, la nosologie n'avait pas encore de fondements certains. En plaçant, par exemple, la pneumonie parmi les maladies inflammatoires des poumons, on ne savait pas qu'un jour viendrait où cette maladie entrerait dans le cadre des maladies infectieuses.
Aujourd'hui, bien que la nosologie ait fait d'incontestables progrès, on continue encore, dans les ouvrages les plus récents, à décrire les maladies des organes : celles du foie, des reins, du système nerveux, de la peau, etc.
Prenons, par exemple, la cirrhose vulgaire dont l'étude ressortit aux maladies du foie. Ce n'est évidemment, dans la grande majorité des cas, qu'une des multiples expressions de l'intoxication alcoolique.
Mais beaucoup d'autres causes peuvent occasionner une cirrhose et, quelle' que soit l'origine de cette altération du foie, les désordres qui en résultent restent toujours sensiblement les mêmes. Bien plus, un certain nombre de cas de cirrhose ont une étiologie si obscure qu'on ne saurait guère en tenir compte si Ton ne
réservait un chapitre particulier à l'étude de cette affection.
Le moment n'est donc pas encore venu de modifier les divisions ayant cours dans la science et de démembrer l'histoire des maladies d'un organe, d'un système ou d'un appareil, pour en reporter chacune des parties à la place qu'elle devrait occuper dans un cadre nosologique conforme à la conception générale de la maladie proprement dite.
Il suffit, pour faire la part de la théorie et des besoins relatifs aux descriptions cliniques, de bien s'entendre sur ce qu'on est convenu d'appeler « maladies des organes ».
A cet égard, le sang doit être considéré comme un organe. Il peut être atteint de maladies au même titre que les autres.
Par le rôle qu'il joue dans la nutrition générale, par les rapports que lui assure le système vasculaire avec toutes les autres parties de l'économie, par son renouvellement incessant, il est moins indépendant encore que tout autre organe et, par suite, il est impossible qu'une maladie quelconque, même localisée, n'entraîne pas quelque modification du sang.
La pathologie du sang embrasse donc, en quelque sorte, la pathologie tout entière, et si l'on voulait décrire toutes les altérations passagères ou plus ou moins durables du sang, il faudrait déterminer ce que devient ce liquide dans toutes les maladies sans exception. Ce serait évidemment très intéressant, et il serait à désirer qu'on pût le faire.
Dans le chapitre relatif à l'anatomie pathologiqne, j'ai tenté d'exécuter ce travail partiellement , au point de vue presque exclusif des modifications anatomiques. J'ai dû laisser de côté un grand nombre de questions d'ordre physico-chimique sur lesquelles nos renseignements sont encore peu nombreux.
Actuellement, nous devons nous placer sur un terrain différent et chercher à délimiter, au point de vue pratique, ce qu'on pourrait appeler les maladies du sang, correspondant aux autres maladies des autres organes ou systèmes.
Nous devons donc nous laisser guider par l'étiologie, la symptomatologie, l'anatomie pathologique, qui fournissent pour toutes les maladies d'organes les éléments de nos divisions.
On trouverait parmi les maladies infectieuses des maladies du sang. Nous avons rappelé, en effet, dans notre étude du processus infectieux, la part considérable qui revient au sang dans quelques-