‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 133 sur 165 · XXXII · texte numérisé non relu

XXXII

les plus éprouvés. Les causes générales qui prédisposent à la maladie agissent donc en déprimant et en épuisant le processus de sanguification.

La plupart des cas ont été observés chez des adultes, ou chez des personnes âgées (une de mes malades avait soixante-deux ans (obs. I), une autre soixante-sept ans, et dans un des cas de Laache le malade avait soixante-treize ans) (1).

À partir d'un certain âge le processus de sanguification paraît donc pouvoir s'épuiser plus facilement que dans l'adolescence. Cette circonstance doit éveiller l'attention des médecins et les pousser à combattre le plus tôt possible l'anémie chez les personnes ayant dépassé trente à quarante ans.

La maladie n'appartient pas cependant en propre à l'âge adulte. La règle générale présente à cet égard des exceptions, car on a pu observer l'anémie pernicieuse dans l'enfance. Une des observations de Quincke concerne une jeune fille de onze ans. A. Kjellberg (2) a observé la maladie chez un enfant de cinq ans, et M. Ménétrier a bien voulu me communiquer un fait se rapportant à un enfant de treize ans.

L'influence du sexe est difficile à établir, les bonnes observations étant encore trop peu nombreuses. Qu'il nous suffise de faire remarquer qu'à l'inverse de la chlorose la maladie est loin d'être rare chez l'homme et que le tableau clinique est absolument le même dans les deux sexes.

B. Symptomatologie. — Pour prendre une idée exacte de la maladie, il faudrait rassembler toutes les observations se rapportant sans conteste à la forme protopathique, et relever d'une manière systématique les symptômes signalés dans ces cas. Ce travail m'a paru difficile à tenter à l'aide des observations actuellement connues. Si l'on voulait rejeter toutes celles dans lesquelles l'examen du sang est insuffisant, on se priverait de documents importants dont il vaut mieux tenir compte. D'ailleurs les observations récentes et plus complètes où l'examen du sang est venu confirmer le diagnostic ont fait voir que les descriptions cliniques des premiers observateurs étaient d'une grande exactitude. Néanmoins

(1) J'en ai observé tout récemment un nouveau cas chez une femme de soixantequatre ans.

(2) Adolphe Kjellberg, Anémie pernicieuse chez un enfant de cinq ans (Nord. med. Arkiv. Comptes rendus anal., n° 13, XVI, p. 1, 18841).

nous prendrons surtout en considération les faits les plus probants et les plus complets, eu écartant ceux qui se rattachent incontestablement à l'histoire des anémies symptomatiques. Commençons tout d'abord par rapporter nos propres observations.

Obs. I. — La nommée J..., âgée de soixante-deux ans, originaire de Bruxelles, sans profession, entre à l'hôpital Saint-Antoine, salle Grisolle, lit n° 11, le 2 décembre 1881.

Son père s'est noyé. Sa mère est morte du choléra. Elle-même a eu une entérite à l'âge de dix-huit ans et le choléra quelques années plus tard. En 1874 elle a été prise d'une maladie d'estomac qu'elle compare à l'affection qui l'amène actuellement à l'hôpital : cette maladie était caractérisée par de violentes douleurs au niveau du creux épigastrique et par une décoloration assez marquée des téguments. Elle n'a du reste jamais été très colorée. Elle ne semble pas avoir été chlorotique. Elle a eu six enfants, dont le dernier en 1855. La menstruation établie d'une façon précoce a toujours été régulière. La ménopause s'est effectuée à l'âge de cinquante-cinq ans, c'est-à-dire en 1874.

La maladie a débuté il y a trois semaines sans cause appréciable. La malade, qui n'avait été soumise à aucune privation et qui n'avait pas été surmenée, fut prise alors de faiblesse généralisée, de douleurs vives au creux épigastrique et d'une diarrhée qui offrit à diverses reprises une coloration noire comme de l'encre. En quelques jours les téguments se décolorèrent et l'amaigrissement fît des progrès très sensibles.

12 décembre. — Décoloration excessive de la peau et des muqueuses. Les téguments ne présentent ni la teinte de la cire vierge que l'on rencontre dans la chlorose, ni la teinte jaunâtre que l'on observe dans les cachexies, mais ils sont d'une pâleur extrême. Il y a du vertige et des bourdonnements d'oreilles dans la station verticale. La malade a encore assez de force pour faire quelques pas avec l'aide de l'infirmière. Les extrémités sont froides ainsi que le nez.

Une piqûre faite à la pulpe du doigt ne donne d'abord pas de sang, puis livre passage à un sang de couleur gris sale, fluide et dont on arrête difficilement l'écoulement.

L'auscultation du cœur décèle la présence d'un souffle au premier temps, au niveau du deuxième espace intercostal gauche.

Le doigt appliqué sur les vaisseaux du cou, au niveau de l'origine de la jugulaire, perçoit un frémissement cataire assez prononcé, surtout quand la malade est assise. A l'examen stéthoscopique on entend un souffle diastolique dans le tronc artériel et un souffle continu avec redoublement dans le tronc de la jugulaire.

Douleurs vives à Tépigastre. La pression exercée à ce niveau est un peu douloureuse. L'eslomac est légèrement dilaté et descend jusqu'à l'ombilic. L'appétit est assez bon. Tous les aliments sont également supportés. La malade accuse seulement un peu de difficulté pour avaler la viande. Elle n'a du reste jamais été forte mangeuse. Elle semble par contre avoir de longue date contracté l'habitude de boire copieusement; elle réclame du vin dès son arrivée à l'hôpital.

Le ventre est souple; la diarrhée est arrêtée depuis quelques jours. Le lobe gauche du foie déborde un peu les fausses côtes et empiète sur la région épigastrique.

Les poumons sont sains.

Les urines sont normales comme qualité et comme quantité.

20 décembre. — État stationnaire. Un peu de diarrhée.

Inhalations d'oxygène. Peptone Ghapotteaut.

28 décembre. — La diarrhée a augmenté les jours passés. Les selles examinées à plusieurs reprises n'ont montré aucun caractère particulier.

La malade s'affaiblit progressivement ; elle ne peut plus se lever. Elle a un dégoût absolu pour tous les aliments et refuse la peptone. Il n'y a pas de vomissements.

On continue les inhalations d'oxygène. On prescrit du fer.

31 décembre. — Un peu d'œdème des membres inférieurs et des avant-bras. La malade ne prend plus aucune nourriture.

5 janvier. — Au matin. La malade est très abattue et se plaint de douleur dans la poitrine. La langue est humide, mais le thermomètre monte à 39° dans le rectum. Il y a de l'oppression et de la toux sans expectoration. L'examen de la poitrine décèle l'existence de submatité, de souffle tubaire et de râles sous-crépitants dans la moitié inférieure de la poitrine en arrière et des deux côtés avec prédominance de tous ces signes à droite.

Le soir. Délire furieux. Température de 40° dans le rectum.

Morte le 6 janvier à 5 heures du matin.

Autopsie. — Pratiquée trente-six heures après la mort.

Plèvres et poumons. — Les cavités pleurales contiennent une assez grande quantité de liquide citrin. La plèvre viscérale qui tapisse la face postérieure du poumon gauche est couverte d'une couche de fibrine récemment déposée. Les deux poumons présentent des lésions semblables. Aux sommets on trouve des cicatrices fibreuses et des masses crétacées, vestiges de tubercules anciens. Aux lobes inférieurs existe de la pneumonie hypostatique ; un fragment de parenchyme pulmonaire détaché de ces régions plonge au fond de l'eau.

Cœur» — Le cœur est gros. L'hypertrophie porte surtout sur le ventricule gauche. Surcharge graisseuse assez notable. La fibre cardiaque a une coloration feuille morte. La valvule mitrale présente à sa base quelques plaques calcaires de peu d'étendue. La fibre cardiaque dissociée et colorée par le picro-carmin apparaît partout striée; elle présente un léger degré d'atrophie pigmentaire et contient même par places quelques granulations graisseuses très fines.

L'aorte est saine et a son calibre normal.

Péritoine et organes abdominaux. — A l'ouverture du péritoine s'écoule une petite quantité de sérosité citrine. Le lobe gauche du foie dépasse le rebord des fausses côtes, empiète en dedans sur le creux épigastrique et descend en bas jusqu'à deux travers de doigt au-dessus de l'ombilic. L'organe entier pèse 1 850 grammes; sa surface est lisse. Sur une coupe son tissu présente un aspect légèrement graisseux; pas d'épaississement des travées conjonctives. La vésicule biliaire est distendue par une bile jaune claire abondante et muqueuse.

Vestomac est petit, revenu sur lui-même. Sa muqueuse est pâle, sillonnée de quelques arborisations vasculaires.

Lintestin est sain.

Les ganglions mésentëriques sont petits. Leur parenchyme est rouge.

La rate pèse 280 grammes. Sa pulpe est molle, de couleur foncée.

Le rem droit est petit, bosselé. La capsule se détache assez bien. Les substances corticale et médullaire semblent normales.

Le rein gauche est plus gros, également bosselé, avec de petits kystes à sa surface.

Le pancréas est sain.

L'utérus est sain.

Le cerveau et les méninges également.

La moelle du fémur est rouge dans ses deux tiers supérieurs; elle se confond insensiblement en bas avec la moelle graisseuse, qui occupe le tiers inférieur de l'os. Cette moelle présente la structure de la moelle fœtale. Elle contient de nombreux globules rouges et ne présente pas de multiplication des globules à noyau.

Résultats numériques des examens du sang.

23 décembre 1881. 30 décembre.

Examens du sang pur et du sang sec.

22 décembre 1881. — Préparation de sang pur. — Les globules rouges ne forment pas de piles de monnaie. Ils sont disséminés par petits amas ou isolés dans le champ de la préparation. Leurs dimensions sont des plus variables ; on trouve des globules nains, des globules de moyennes dimensions et des globules géants qui ont jusqu'à 12 à 14 p. de diamètre. Tous sont irréguliers et déformés, et d'inégale coloration.

Les hématoblastes sont très peu nombreux. Les globules blancs sont rares. Il n'y a pas trace de réticulum fibrineux.

Préparation de sang sec. — Mêmes altérations.

L'inégalité des dimensions des globules rouges est très considérable. Les globules nains et les globules géants sont en nombre égal et forment la presque totalité de la masse globulaire. Les déformations sont plus prononcées sur les globules nains que sur les globules géants.

Traitée par l'eau iodurée, cette préparation permet de constater, sur une couche de sang de 2 centimètres de longueur, la présence de six globules rouges à noyau. Ces globules ont des dimensions supérieures à tous les autres. Le noyau occupe leur' centre. Il est volumineux, granuleux, inégale- ■ ment coloré par l'iode, sans nucléole visible. Il a un contour arrondi ou ovalaire, présente même quelquefois un double contour. Le disque de substance globulaire qui entoure le noyau est très étroit.

6 janvier 1882. — Sang pur. — Mêmes caractères que le 22 décembre.

Pas de réticulum phlegmasique. Hématoblastes très peu nombreux.

Sang sec. — Formation de cristaux abondants autour des hématies.

Pas de globules rouges à noyau. Quelques globules blancs contenant de l'hémoglobine.

Obs. II. — La nommée M. E..., Alsacienne, âgée de vingt ans, femme de chambre, entrée le 24 octobre 1883 à l'hôpital Saint-Anloine, salle Grisolle, lit n° 15.

Antécédents. — Mère morte de pneumonie. Père mort de chagrin (?) un an après. Un frère mort à vingt ans d'une affection de poitrine. Deux autres frères et une sœur en bonne santé.

Rougeole dans l'enfance. Névralgie faciale gauche très rebelle il y a un an. Pas d'autre maladie. Santé généralement bonne. Réglée depuis l'âge de treize ans, toujours régulièrement.

Début. — Devient enceinte au mois de février 1883. Dès les premiers jours de la grossesse elle est prise de vomissements répétés, perd l'appétit, voit son teint pâlir et ses forces l'abandonner. La faiblesse s'accentue graduellement, et dans les trois semaines qui précèdent la délivrance, sous l'influence d'une diarrhée très abondante (20 selles par jour), elle devient telle que la malade ne peut plus monter les escaliers, que ses jambes se dérobent sous elle et qu'elle tombe en syncope à trois reprises successives. L'accouchement a lieu le 11 octobre (il y a 17 jours) à huit mois et demi ; l'enfant est bien portant; il est du sexe féminin.

État actuel. — Décoloration complète de la peau et des muqueuses. Les téguments du visage présentent une teinte jaune cireuse. Faiblesse extrême. Vertiges dans la station verticale. Céphalalgie frontale gauche persistante. Fièvre légère : 38°,21e matin, 38°, 4 le soir (fig. 116).

La langue est humide, étalée, blanchâtre. L'appétit est nul, la soif vive. Il y a de fréquentes nausées, mais pas de vomissements.

La région épigastrique n'est pas sensible à la palpation.

Le ventre est souple, indolore.

Tous les viscères de l'abdomen sont sains. Rien de particulier du côté des organes génitaux. Urines normales.

Au cœur existe un souffle léger au premier temps, à la base, au foyer d'auscultation de l'orifice pulmonaire. Dans les vaisseaux du cou on constate la présence d'un bruit de rouet. Les poumons sont sains.

/Densité, 1019.

I Urée 16sr,ll par litre.

30 octobre. — Analyse des urines. \ Acide phosphorique, l&r, 80 par litre.

) Acide urique, 0,42.

v Ni sucre ni albumine.

1er novembre. — Même état. La fièvre persiste. Enveloppements froids.

Sulfate de quinine 1 gramme.

3 novembre. — Protoxalate de fer, 0,20 centigr. • 8 novembre. — L'anémie s'accentue. Les signes stéthoscopiques restent les mêmes au niveau du cœur et des vaisseaux du cou. On constate l'existence d'un frémissement cataire très net à l'origine de ces derniers. Céphalalgie frontale très intense. Le protoxalate de fer est mal supporté et provoque des nausées. On prescrit de la viande crue, de la pepsine avant chaque repas et des inhalations d'oxygène.

9 novembre. — Diarrhée abondante (cinq selles dans les 24 heures). La tem-

pérature s'est élevée depuis trois jours. Le thermomètre marque 40°,6 ce matin. Sulfate de quinine l&r,50.

Octobre 1883.

N° 15. — Grisolle. — Température rectale.

TempT 41?

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-\- Transfusions.

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Fig. 116.

Du 9 au 18 novembre l'état de la malade ne s'améliore pas. La diarrhée persiste malgré l'administration de sous-nitrate de bismuth et de lavements

laudanisés. La poudre de viande est prescrite, mais elle provoque des vomissements. On a dû remplacer le protoxalate de fer qui était mal toléré par des dragées de chlorure ferreux. La température se maintient au-dessus de 38°; le pouls bat 120 à la minute.

18 novembre. — On pratique une transfusion avec l'appareil Collin. 210 grammes de sang fournis par le nommé Louis Blanc, garçon de bureau, sont injectés dans la veine médiane céphalique du côté droit.

L'opération s'effectue sans accident. La malade n'éprouve aucune douleur, mais elle est prise presque immédiatement de vomissements porracés. A deux heures de l'après-midi elle ressent un petit frisson et la température s'élève à 39°, 8.

19 novembre. — L'état est sensiblement le même. Toujours de la diarrhée. Même traitement.

20 novembre. — La malade se sent un peu plus forte. Elle a pu s'asseoir sur son lit. L'appétit est un peu meilleur. Les vomissements et la diarrhée persistent.

21 novembre. — Légère hémorragie nasale. L'examen ophtalmoscopique ne révèle aucune lésion du côté des yeux. Léger nuage d'albumine dans les urines, qui sont très peu abondantes.

22 novembre. — Nouvelle tranfusion dans la veine médiane céphalique gauche avec 300 grammes de sang fournis par Jean Grâff, garçon de la salle Magendie. Une heure et demie après l'opération la malade est prise d'un grand frisson et la température s'élève à 41°. On lui fait prendre l&r,50 de sulfate de quinine. A 5 heures du soir la température est redescendue à 39°, 8 et l'on compte 132 pulsations.

23 novembre. — A la visite du matin la température est de 38°, 4, et le pouls bat 96 fois par minute. La malade se plaint d'une légère douleur au niveau du pli du coude gauche.

Du 24 au 29 novembre il y a un mieux sensible. La malade peut s'asseoir sur son lit sans éprouver de vertiges. Elle mange deux biftecks et prend deux potages dans les vingt-quatre heures. Il n'y a plus ni vomissements ni diarrhée. La fièvre est moindre, le thermomètre ne dépasse pas 38°.

Le pouls bat en moyenne 94 fois par minute. Les urines sont toujours peu abondantes (500 grammes par 24 heures). Elles contiennent 7&r,50 d'urée et présentent toujours un léger nuage d'albumine.

Le 29 novembre on prescrit de nouveau du protoxalate de fer. Plus d'albumine dans les urines. Urée 10&r,75.

Dans les premiers jours de décembre la fièvre augmente et la diarrhée réapparaît. Les selles répétées amènent la production d'excoriations au pourtour de l'anus. On panse ces excoriations avec des mèches cératées. On administre du sous-nitrate de bismuth contre la diarrhée.

Le 10 décembre. — On remplace le protoxalate de fer par de la liqueur de Fowler (IV gouttes).

14 décembre. — La diarrhée a cessé. La malade prend X gouttes de liqueur de Fowler.

17 décembre. — Liqueur de Fowler XII gouttes. L'amélioration est telle que la malade veut se lever et aller jusqu'au laboratoire pour se faire peser. Elle a une syncope pendant le trajet.

18 décembre. — La diarrhée reparaît. Sous-nitrate de bismuth, 4 grammes.

20 décembre. — Frisson hier soir. Une seule selle dans la journée; on supprime le bismuth. Les urines sont rouges; le dépôt examiné au microscope contient beaucoup de globules blancs et quelques globules rouges.

23 décembre. — Depuis hier midi le membre inférieur droit est douloureux et tuméfié. Il est le siège d'une phlegmatia alba dolens.

24 décembre. — La malade a été prise dans la journée d'hier d'éblouissements et de faiblesses. Elle a eu de fréquentes nausées. L'avant-bras gauche est à son tour le siège d'un œdème blanc douloureux.

25 décembre. — Température 37°,6 le matin, 39°, 4 le soir. Pouls 132. Vomissements alimentaires dans la soirée. Le membre inférieur droit est toujours gonflé et douloureux; le membre supérieur gauche est moins tuméfié.

29 décembre. — L'avant-bras gauche est envoie de guérison. La jambe droite reste volumineuse. La malade perd l'appétit. Elle n'a mangé qu'un bifteck dans la journée d'hier. Liqueur de Fowler XVI gouttes.

30 décembre. — Les téguments se décolorent rapidement. La pâleur est extrême. L'appétit est presque nul. La malade n'a pris que du bouillon et une boulette de viande crue. La nuit a été mauvaise. Lavement de chloral à 2 grammes le soir.

31 décembre. — Suppression de la liqueur de Fowler.

2 janvier. — Douleurs vives dans les mollets. L'œdème de la jambe droite remonte jusqu'au pli de l'aine. Les veines superficielles de cette dernière région sont dilatées et donnent sous le doigt la sensation de petites cordes tendues. La jambe gauche s'est prise à son tour et l'œdème y est presque aussi marqué que de l'autre côté.

o janvier. — Les membres inférieurs ont un peu diminué de volume, mais la malade est très affaiblie. Liqueur de Fowler IV gouttes.

15 janvier. — La diarrhée reparaît. L'appétit est meilleur. L'œdème des jambes diminue progressivement.

20 janvier. — H y a toujours de la diarrhée, surtout la nuit. L'appétit est assez bon, mais capricieux. Acide chlorhydrique X gouttes.

26 janvier. — Le sacrum est rouge et commence à s'ulcérer. La diarrhée diminue.

29 janvier. — Même état. Phosphate de potasse et de chaux. Dragées de chlorure ferreux.

5 février. — L'œdème a presque totalement disparu aux jambes. La diarrhée redouble d'intensité.

9 février. — Poudre de viande deux cuillerées à café matin et soir.

15 février. — Examen des urines. Quantité : 1 500 grammes dans les vingtquatre heures.

Acide phosphorique, 0&r,668, par litre.

Urée, 7&,20, id.

Albumine 0,07 centig., id.

26 février. — La malade. s'amaigrit et s'affaiblit tous les jours. L'appétit est presque nul. La diarrhée persiste. 4 granules d'arséniate de soude à 0,001 milligr.

L'examen ophtalmoscopique est renouvelé. On constate dans l'œil droit la présence de deux taches noires, circulaires, situées dans l'hémisphère inférieur et se détachant vivement sur le fond rouge de la rétine. Dans l'œil gauche existe une tache semblable mais plus large et de forme triangulaire.

28 février. — Faiblesse extrême. La malade ne peut plus se retourner seule dans son lit. On doit l'aider pour se soulever et pour manger. L'haleine exhale une odeur d'une fétidité très marquée qui incommode les voisines. La diarrhée est toujours aussi abondante; incontinence des matières fécales.

29 f écrier. — Émaciation. Somnolence continuelle dont on a peine à la tirer.

Mort sans secousse le 1er mars 1884.

Autopsie. — 1° Viscères thoraciques. — Poumons décolorés, pâles, comme lavés. Emphysème. Légère congestion œdémateuse au niveau des bords postérieurs, principalement dans le poumon droit.

Cœur mou, s'affaissant sur lui-même. Surcharge graisseuse surtout le long du sillon antérieur. Dégénérescence graisseuse assez prononcée du myocarde, qui est moucheté de taches jaunes, affectant une disposition losangique à la surface interne d'une partie du ventricule gauche. Les valvules sigmoïdes et auriculo-ventriculaires sont saines.

L'aorte est très étroite tant au niveau de sa crosse que de ses portions thoracique et abdominale. Elle mesure :

7 centimètres de circonférence au niveau des valvules sigmoïdes.

5 centimètres et demi à 3 centimètres et demi au-dessus du cœur.

4 centimètres à la terminaison de la crosse.

4 centimètres près des bronches.

3 centimètres et demi à son passage à travers le diaphragme.

2e, 6 de circonférence à la partie moyenne de la portion abdominale.

2e, 5 de circonférence près de sa bifurcation.

2° Viscères abdominaux. — Appareil digestif.

L'estomac contient une bouillie verdàtre d'odeur acidulé. Par le lavage on dégage une muqueuse très amincie principalement sur la paroi antérieure. Cette muqueuse n'offre plus de plis, elle a perdu son aspect velouté et toute sa surface est lisse.

La muqueuse duodénale est légèrement congestionnée. Près du pylore on trouve un ganglion hypertrophié, assez dur.

Dans le reste de l'intestin grêle la muqueuse est recouverte d'un mucus catarrhal et présente une légère congestion qui tranche sur l'anémie des autres organes.

Les ganglions du mésentère sont un peu rouges et augmentés de volume.

Le gros intestin est anémié dans sa presque totalité. Quelques points congestionnés disséminés. Le cœcum et l'appendice iléo-cœcal sont sains. Les appendices épiploïques ont leur aspect normal.

Le foie pèse 1 560 grammes. Sa surface extérieure et sa coupe offrent simplement un degré assez marqué de décoloration. Pas de dégénérescence amyloïde.

Le pancréas est sain. Il pèse 75 grammes.

La rate pèse 105 grammes. Son tissu est pâle, dur, scléreux.

Appareil urinaire.

Le rein droit pèse 117 grammes. Il se laisse facilement décortiquer. Sa surface extérieure est incolore.

Sur une coupe la surface corticale présente une légère congestion au niveau de la base des pyramides de Malpighi.

Le rein gauche pèse 120 grammes. Il a le même aspect que le précédent.

A sa partie centrale on trouve quelques pyramides mal limitées dont la base se confond avec la substance corticale.

Les capsules surrénales pèsent 8 à 10 grammes. Elles semblent normales. L'une d'elles présente à son centre un foyer d'hémorragie.

3° Organes encéphaliques. — Le cerveau est extrêmement pâle mais sain.

4° Système veineux. — A l'origine de la veine cave inférieure on trouve un caillot en forme de clou dont la tige se prolonge dans les veines iliaques et leurs branches des deux côtés, et descend jusque dans les veines poplitées.

5° Système osseux. — Le sternum présente sur une coupe une coloration pâle. La moelle, au lieu d'y être franchement rouge, possède seulement une teinte rosée.

La moelle du fémur est rosée dans la moitié supérieure du canal médullaire, et jaunâtre dans la moitié inférieure.

La moelle des côtes est décolorée.

6° Appareil de la vision. — L'œil droit présente trois petits ilôts hémorragiques à la face postérieure de la rétine.

Les muscles moteurs des globes de l'œil sont jaunâtres et dégénérés. Ils ont une couleur tout à fait différente des autres muscles de l'économie, qui sont simplement décolorés.

Examen microscopique des organes.

Estomac. — La région du cardia paraît saine.

Au niveau des faces et dans la région pylorique, principalement dans cette •dernière, on trouve des lésions assez prononcées qui portent sur les trois couches de l'organe.

La couche muqueuse est atrophiée. Les glandes n'ont pas les dimensions ordinaires. Les éléments cellulaires des culs-de-sac sont atrophiés. Les altérations portent particulièrement sur les conduits excréteurs des glandes; la partie moyenne de ces conduits a disparu et leur extrémité stomacale n'est plus en communication avec les culs-de-sac.

Cette atrophie semble être la conséquence de la prolifération des cellules de la couche celluleuse. On trouve en effet dans cette couche des agglomérations de cellules lymphoïdes fortement colorées par le carmin qui poussent des prolongements entre les glandes de la muqueuse jusqu'à la "surface de l'estomac, entourent les culs-de-sac et souvent se réunissent au-dessus d'eux en étouffant la partie moyenne des tubes excréteurs.

La couche musculaire n'est atteinte qu'au niveau du pylore. Il semble que les cellules lymphoïdes aient envahi cette couche en suivant les vaisseaux sanguins. Les muscles colorés en jaune par le picro-carmin présentent un semis de points rouges dû à la présence de cellules rondes.

Duodénum. — Légère hypertrophie des travées celluleuses qui délimitent les acini des glandes de Brùnner. Prolifération des cellules lymphoïdes.

Foie. Pancréas. Rein. — Semblent sains.

Muscle cardiaque. — Léger degré de dégénérescence graisseuse. Sclérose périvasculaire assez marquée. Quelques îlots de cellules embryonnaires disséminées.

Tableau des résultats numériques.

DATES

2 novembre 1883.

( matin

18 ] Transfusion ( soir

19 novembre

( matin

22 Transfusion ( soir ,

23 novembre

1er décembre

4 janvier 1884

2 février

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