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G. Hayem. — Du Sang. 54
l'hémorragie cesse, la rénovation du sang est possible sans l'intervention d'une transfusion. Les obs. I et II le prouvent nettement, la première surtout.
Aussi est-ce comme moyen hémostatique que j'ai proposé la transfusion. L'obs. III est tout à fait remarquable à cet égard. La série des hémorragies qui paraissait interminable s'est arrêtée immédiatement et définitivement après l'opération. A propos de l'hémostase (p. 444) j'ai cité une observation du même genre, et depuis il en a été publié d'analogues par d'autres médecins. D'après ces observations, c'est à une action hémostatique et non à une modification de l'état du sang qu'on doit rapporter les résultats obtenus dans ces dernières années à la suite des injections d'eau salée proposées pour remplacer la transfusion du sang.
L'eau salée préparée dans la proportion de 0,60 à 0,70 p. 100 dissout un certain nombre de globules rouges et par suite appauvrit un peu le sang. Mais mes expériences sur les injections intravasculaires (p. 237) démontrent qu'elle exerce une action prononcée sur la coagulabilité du sang stagnant. Elle ne concourt donc pas à la rénovation sanguine ; elle ne peut qu'agir à titre d'hémostatique.
Doit-on transfuser quand l'hémorragie est définitivement et sûrement arrêtée, dans le but de faire sortir les malades de leur état d'anémie aiguë ? Je n'ai pas encore eu l'occasion de le faire et je suis persuadé que bien des fois on a prétendu sauver, à l'aide de la transfusion, des malades qui auraient pu parfaitement refaire leur sang sans l'intervention de cette opération. Gela n'a pas grand inconvénient, car la transfusion est certainement une opération simple, inoffensive et dont il est difficile de faire abus. Il est clair cependant que tout médecin consciencieux et renseigné sur l'état exact du sang ne la pratiquera qu'en cas d'indication nette.
Malgré son innocuité, on devra s'en abstenir lorsque l'anémie sera compliquée d'un état morbide pouvant être par lui-même cause de mort.
Dans les cas précédemment rapportés, on aurait pu transfuser les malades des obs. I et II s'il était survenu de nouvelles hémorragies.
La malade de l'obs. VIII n'aurait pu retirer qu'un bénéfice problématique et peu durable delà transfusion. Enfin, dans le cas de grossesse tubaire, elle aurait été parfaitement inutile.
ANÉMIE POST-HÉMORRAGIQUE. 851
Chez la malade qui fait l'objet de l'obs. IX, la persistance de l'état syncopal aurait parfaitement commandé la transfusion. Je l'aurais tentée si les phénomènes graves ne s'étaient pas amendés rapidement. Mais ici encore je l'aurais faite surtout dans le but d'arrêter l'hémorragie, car un épanchement de sang dans les grandes séreuses équivaut presque à une transfusion directe.
Les malades qui ont subi une ou deux grandes pertes sanguines réparent aisément leur sang. Il est rare que dans ces conditions le tube digestif reste notablement souffrant. L'appétit est conservé, les digestions sont bonnes et par suite l'alimentation fait bientôt pénétrer dans le sang des matériaux réparateurs. On peut admettre, en outre, d'après la facilité avec laquelle les nouveaux globules deviennent adultes, que l'organisme contient une certaine réserve d'hémoglobine ou du moins de principes capables d'en former. Il n'en est plus de même dans l'anémie chronique succédant à des pertes réitérées. L'organisme est alors épuisé en pigment, et les digestions étant languissantes, la réparation du. sang est par suite traînante. Pour la faciliter, le fer est encore le médicament le plus utile.
Lorsqu'il est mal supporté par suite du mauvais état du tube digestif, ce qui est plus rare que dans la chlorose, j'ai employé avec succès les inhalations d'oxygène à la dose de 30 litres par jour, en deux fois, quelques minutes avant les repas. Ces inhalations m'ont paru agir surtout en excitant l'appétit et en favorisant par un mécanisme encore obscur la digestion des matières albuminoïdes. Elles peuvent à elles seules produire un bénéfice plus grand que dans la chlorose, car on n'a pas à lutter ici contre une désassimilation exagérée des globules rouges. Dans les cas d'anémie profonde et ancienne, on activera cependant toujours la réparation sanguine en faisant intervenir en même temps une préparation de fer convenable.
Enfin, danslesmêmes circonstances, j'ai tiré également un grand parti de l'acide chlorhydrique administré de la même façon que dans la chlorose.
L'association du protoxalate de fer ou d'un autre protosel à l'acide chlorhydrique m'a permis d'obtenir des succès extrêmement rapides sur lesquels je ne saurais trop appeler l'attention. En quelques semaines (4 à 6), des malades profondément anémiés
depuis plusieurs années ont gagné sous l'influence de ces deux médicaments de 2 500 000 à 3 millions de globules. Dans certains cas les pertes occasionnées par des corps fibreux utérins sont devenues moins abondantes, le sang ayant recouvré sa plasticité. En somme, l'anémie chronique post-hémorragique comporte le même traitement que la chlorose.