XXXVIII
Après avoir observé la disposition particulière que prennent les éléments dans une préparation de sang pur, disposition que nous avons déjà indiquée, poursuivons notre examen à la température moyenne de la chambre (15 à 18° G. environ).
Dès que la couche de sang s'est mise en équilibre dans l'espace capillaire qui sépare les deux lames de verre, les hémaloblastes sont déjà modifiés. Fixons notre attention sur l'un des amas formés par la confluence d'une douzaine d'hématoblastes
(fig. 44, A).
La surface des éléments est devenue épineuse par suite d'une sorte de plissement du disque et de la formation de petits prolongements courts et nombreux. Bientôt les hématoblastes semblent se presser les uns contre les autres, ils deviennent polyédriques, et l'amas ressemble à une sorte de plaque à noyaux multiples ou à un groupe de cellules pavimenteuses, crénelées ou épineuses. Outre les prolongements dont la disposition varie d'un moment à l'autre, on voit se former sur le bord de l'amas des sortes de vésicules très transparentes qui pâlissent, puis disparaissent et semblent indiquer qu'une partie de ces éléments se dissout dans le plasma.
Ces premières modifications ont pour effet de rendre le protoplasma des hématoblastes plus translucide et de faire apparaître très nettement le noyau avec les caractères que nous lui connaissons déjà. Plus tard, les éléments continuant à s'altérer, on voit survenir incessamment dans l'amas d'hématoblastes des changements d'aspect et de forme. Les éléments tendent à s'accoler d'une façon de plus en phis intime, et au bout d'un temps variable (de quelques minutes à une demi-heure), ils forment comme une masse confuse dans laquelle il serait impossible de compter les étéments primitifs qui, souvent, sont superposés les uns aux autres. Sur le bord de cette masse, on note toujours des prolongements sarcodiques, puis des sortes de bourgeons qui se séparent, en quelque sorte par segmentation, delà masse principale, et des vésicules plus ou moins volumineuses et transparentes. Les noyaux eux-mêmes, d'abord très distincts, après s'être déformés, deviennent troubles, grisâtres; un certain nombre d'entre eux se fragmentent, quelques-uns même disparaissent, et la masse entière formée par ces éléments semble se rétracter et revenir sur ellemême. Il en résulte un accollement plus intime des globules rou-
ges voisins et adhérents ; et, comme à ce moment le sang est coagulé, ces hématies étirées et étranglées prennent, dans certaines préparations, des formes de poires, de gourdes, ou de corps diversement étranglés.
Au bout d'une demi-heure à trois quarts d'heure, quelquefois plus tôt, il se forme au niveau des amas des sortes de corpuscules réfringents, constitués par une matière brillante, à reflet grisâtre, métallique.
Quelques-uns de ces corpuscules paraissent percés d'un trou central et ont la forme d'un anneau ; d'autres sont percés de plusieurs trous, de diamètre très variable, parfois très petit. D'abord peu nombreux, ils deviennent ensuite plus abondants, et quand on suit avec soin la manière dont ils se forment, on se convainc facilement qu'ils proviennent des noyaux des hématoblastes. D'autre part la substance protoplasmique disparaissant ou devenant extrêmement translucide, un certain nombre d'hématoblastes semblent détruits, tandis que d'autres sont transformés en une sorte de plaque très pâle et mal limitée. Cependant les globules blancs, au contraire, grâce à leurs mouvements amœboïdes, se sont éloignés de l'amas en rampant et en se frayant un passage à travers les globules rouges (fig. 44, B et C).
Au bout d'une heure et demie à deux heures, la désorganisasion de l'amas d'hématoblastes a déjà fait de grands progrès. On peut noter en général les principales particularités suivantes : 1° à la surface de l'amas existe un nombre variable de corpuscules réfringents et troués, tels que ceux que nous venons de décrire, et des granulations brillantes, réfringentes, plus ou moins grosses. Ces granulations ne se montrent que quelque temps après la formation des blocs réfringents et proviennent peut-être d'une altération de ces corpuscules; elles se multiplient progressivement, et peu à peu se répandent dans la préparation en adhérant particulièrement aux globules rouges ; 2° sur le bord de l'amas d'hématoblastes on voit toujours des vésicules transparentes plus ou moins volumineuses et quelques prolongements granuleux très fins ; 3° la masse hématoblastique elle-même est constituée par une sorte de plaque plissée, très pâle, dans laquelle on reconnaît encore quelques noyaux plus ou moins modifiés. Souvent quelques éléments mieux conservés que les autres survivent, en quelque sorte, à cette première phase destructive et se présentent sous la
forme de plaques ou de corpuscules étoiles, irréguliers, contenant un noyau nucléole plus ou moins net.
Après les deux premières heures, la marche des altérations se ralentit. Elle est variable, d'ailleurs, suivant certaines conditions encore mal définies.