MODIFICATIONS PHYSIOLOGIQUES DANS LA CONSTITUTION
ANATOMIQUE DU SANG
§ 1. — Modifications portant sur le sang capillaire général.
Pour remplir son rôle de liquide nourricier le sang doit se renouveler sans cesse. Nous en avons des preuves nombreuses.
Les différentes sécrétions et excrétions contiennent non seulement une quantité d'eau considérable, mais des sels analogues à ceux du sang, des matières colorantes, des principes albuminoïdes.
Les parties aqueuses et solubles du sang ne sont pas les seules qui soient condamnées à cette mutation perpétuelle, les parties solides, les éléments anatomiques, sont soumis certainement à la même loi. La sécrétion biliaire emprunte ses matières colorantes à l'hémoglobine, et on peut supposer que certains ferments exigent pour leur mise en liberté le concours des éléments figurés du sang.
G. Hayem. — Du Sang. 12
C'est cette grande et difficile question de la rénovation incessante du sang qui m'a particulièrement préoccupé. Il m'a fallu, pour essayer de la résoudre, examiner le sang à tous les points de vue et emprunter des arguments aussi bien à l'anatomie pathologique générale, qu'à l'anatomie et à la physiologie. Je lui consacrerai plus tard un chapitre particulier, mais en attendant je placerai ici les données que j'ai recueillies sur les modifications de la constitution anatomique du sang dans les diverses conditions physiologiques. J'ai été très aidé dans cette partie de mon travail par mes élèves MM. Duperie (1) et Cadet (2) qui ont consacré leur thèse inaugurale à cette étude.
A l'époque où l'on se servait uniquement des procédés chimiques pour l'analyse du sang, ce genre de recherches était à la fois difficile et très limité. Les procédés modernes d'examen du sang, décrits dans la première partie de cet ouvrage, sont venus singulièrement élargir le champ des observations. Aussi peut-on espérer que les notions acquises à l'aide de ces procédés ne tarderont pas à acquérir une grande importance.
A. Modifications relatives à l'âge. — 1° Sang du nouveauné. — L'enfant apporte en naissant un sang en voie d'évolution qui diffère notablement de celui de l'adulte, et qui d'un jour à l'autre se modifie sensiblement. M. Lépine et deux de ses élèves, MM. Germond etSchlemmer, eurent les premiers, je crois, l'idée d'étudier ces modifications à l'aide du dénombrement des éléments (3). Ils ont trouvé que le nombre des globules rouges augmente d'une manière considérable dès le lendemain de la naissance, et qu'à partir du second jour il diminue progressivement pour s'appauvrir ainsi de 1 million.
Cette diminution s'effectuerait en huit jours et serait dans un rapport inverse avec le poids du corps. A la diminution du poids survenant le lendemain de la naissance, correspondrait l'augmentation dans le nombre des globules rouges ; puis, à partir du second jour, les globules diminueraient de nombre, tandis que le poids augmenterait. Je n'ai pas tardé à faire voir que le sang du nouveau-né était d'une étude plus complexe (4).
(1-2) Loc. cit.
(3) R. Lépine, Sur la numération des globules rouges chez l'enfant nouveau-né {Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1876).