XXXIV
A sa sortie des capillaires cutanés, il est noir, presque à l'égal du sang veineux, et cette couleur, très accusée chez l'enfant n'ayant encore fait qu'un petit nombre d'inspirations, s'atténue un peu au bout de quelques heures, mais elle persiste pendant les premiers jours de la vie jusqu'à une époque encore indéterminée. Elle est encore plus noirâtre que celle du sang de l'adulte, douze jours après la naissance.
Sous le rapport de leurs dimensions, les globules rouges sont beaucoup plus inégaux que chez l'adulte : les plus grands dépassent les grands globules de l'adulte et, de même, les plus petits sont plus petits que chez ce dernier. Yoici les résultats fournis par mes mensurations micrométriques :
Diamètre du plus petit globule nain 3a,25
moyen des globules nains 5a, 5
— — des petits globules 6a, 5
— • — des globules moyens. 7p., 5
— des grands 8a, 5
— des plus grands 9a, 5
du plus grand globule 10a, 25
Ces globules de dimensions diverses sont mélangés dans des proportions irrégulières, qui, en se modifiant sensiblement d'un jour à l'autre, rendent impossible la détermination précise de la moyenne générale des dimensions globulaires.
Les globules rouges de l'enfant paraissent différer légèrement des globules de l'adulte au point de vue de leur composition intime. En effet, ils s'endosmosent et se déforment plus rapidement au contact des réactifs et de l'humidité; les petits globules notamment se transforment facilement en globules sphériques.
Le nombre des globules rouges contenus dans 1 millimètre cube est aussi élevé, au moment de la naissance, que chez les adultes les plus vigoureux et, par suite, toujours notablement supérieur à celui des globules du sang de la mère. Le chiffre moyen résultant de numérations faites sur dix-sept enfants est de 3 368 000. Le chiffre le plus fort est de 6 262 000 et le plus faible de 4 340 000 (1). Le résultat fourni par ces numérations paraît être influencé par la manière dont est faite la ligature du cordon. Sur six enfants qui ont eu le cordon lié immédiatement, le chiffre
(I) M. Cadet (Thèse citée) a trouvé comme moyenne 5G96 000. Son chiffre le plus fort est de G 920 000; le plus faible de 4 500 000.
moyen est de 5 087 000. Sur huit enfants dont le cordon n'a été lié qu'après cessation des battements de l'artère ombilicale, la moyenne est de 5 576 000, ce qui fait une différence de 489 000 en faveur de ces derniers. Cette différence persistait encore au bout de quarante-huit heures, mais elle n'était plus à ce moment que de 432000. Je n'ai pas recherché si elle était encore appréciable au bout d'un temps plus long.
Le pouvoir colorant des globules (G) du sang de l'enfant (c'està-dire la proportion d'hémoglobine déterminée à l'aide du procédé chromométrique que je mets en usage) est, en moyenne, plus fort que celui du sang de l'adulte, ce qui tient à l'abondance relative des grands éléments.
Il est en moyenne de 1,10; mais il peut s'élever jusqu'à 1,30.
Au moment de la naissance le nombre des hématoblastes est sensiblement inférieur à celui du sang de l'adulte.
Sur 21 enfants, M. Cadet a trouvé pour le chiffre moyen de ces éléments 171000.
Au moment de la naissance, on trouve les mêmes variétés de globules blancs que chez l'adulte. Toutefois, ces éléments sont un peu plus petits, et ceux de la variété 1, relativement plus abondants. Pendant les deux Ou trois premiers jours de la vie, le nombre des globules blancs est trois ou quatre fois plus grand que chez l'adulte. La moyenne de mes numérations indique, pour les quarante-huit premières heures, 18 000 globules blancs par millimètre cube, tandis que chez l'adulte la moyenne des globules blancs est d'environ 6 000 (1).
Après la naissance, le sang de l'enfant éprouve des modifications importantes.
Dans une première période correspondant à la diminution du poids du nouveau-né, le nombre des globules^ tant rouges que blancs, reste stationnaire ou augmente légèrement ; puis, au moment où l'enfant arrive à son minimum de poids, c'est-à-dire en général le troisième jour, on observe à la fois un abaissement brusque et considérable dans le nombre des globules blancs, qui* de 18 000 descend à 6 000 ou même 4 000, et une élévation dans le nombre des rouges, qui atteint, en général, son maximum.
La diminution du nombre des globules blancs est un phéno-
(1) M. Cadet a trouvé 19 400 au lieu de 18 000.
mène constant, mais, chez quelques enfants, le chiffre minimum de ces éléments n'est atteint que douze ou vingt-quatre heures après l'abaissement minimum du poids du corps. Quant à l'élévation du chiffre des rouges, elle est très variable (de 400 000 à 600 000] et non constante. Le nombre de ces derniers globules ne dépend pas d'ailleurs uniquement de la perte aqueuse que l'enfant peut éprouver par suite de l'inanition des premières heures; il est influencé également et surtout par la production plus ou moins abondante de nouveaux éléments, et aussi par l'activité plus ou moins grande dans la résorption de la lymphe qui imbibe les tissus du nouveau-né.
A partir de l'époque où l'enfant reprend du poids, le nombre des globules blancs se relève un peu ; il présente des oscillations plus fortes que chez l'adulte et reste en général plus élevé que chez ce dernier jusqu'à une époque encore indéterminée. Il est alors en moyenne de 7 000 à 9 000. Le nombre des globules rouges devient et reste définitivement plus faible, et, dans le cours de la seconde semaine, on constate habituellement une diminution d'environ un demi-million sur le chiffre initial.
Quant aux hématoblastes, ils augmentent d'une manière progressive et plus ou moins régulière jusqu'au huitième ou neuvième jour, époque à laquelle ils atteignent à peu près le chiffre normal.
Les fluctuations dans la constitution anatomique du sang, tant sous le rapport des variations de diamètre des hématies que du nombre de ces éléments, sont très sensibles d'un jour à l'autre, et c'est là un des caractères les plus frappants du sang de l'enfant. Pour les enfants qui se développent normalement, ces fluctuations sont, à partir du troisième jour, complètement indépendantes des variations dans le poids ; elles paraissent résulter uniquement de la formation plus ou moins active d'éléments nouveaux et, par suite, le nombre des globules est inversement proportionnel à la moyenne des dimensions globulaires, les augmentations coïncidant avec les plus fortes proportions de petits globules, les diminutions, au contraire, avec l'augmentation des dimensions moyennes de ces éléments.
Les modifications d'un jour à l'autre dans la proportion des globules de diamètres différents entraînent des fluctuations correspondantes dans le pouvoir colorant du sang. Non seulement