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TROISIEME PARTIE

PHYSIOLOGIE

ce pouvoir colorant varie d'un jour à l'autre pour l'unité de volume, mais encore il est rarement proportionnel au nombre des globules. La valeur individuelle de ces éléments peut osciller, chez le même enfant, de 15 à 20 p. 100, et pareil écart s'observe quelquefois d'un jour à l'autre.

Le sang du nouveau-né présente, on le voit, des caractères lui appartenant en propre et assez importants pour qu'on puisse le désigner sous le nom de sang fœtal. Les fluctuations qu'il éprouve d'un jour à l'autre se rapportent évidemment à son état d'évolution.

Pour donner une idée de ces fluctuations numériques du sang du nouveau-né, je rapporterai ici trois observations dans lesquelles les hématoblastes ont été dénombrées avec soin.

Enfant à terme, sexe masculin, né

le 30 décembre 1878

îu matin

Nombre

Nombre

Nombre

Dates.

Poids.

des

des

des

hématies.

hématob.

blancs.

30 décembre à 10 h. 1/2.

lerjanv. 1879 à —

1er février —

Les deux observations suivantes sont empruntées à M. Cadet, Les poids ne sont pas notés.

IL — Garçon, à terme, né cette nuit, 5 janvier 1881. Tous les examens ont été faits le matin à 9 heures.

Dates.

5 janvier 6 727 000

Nombre

Nombre

Nombre

des

des

des

hématies.

hématob.

blancs.

MODIFICATIONS PORTANT SUR LE SANG CAPILLAIRE GENERAL. i?3

III. — Fille à terme, née le 2 janvier 1881. Numérations faites tous les matins à 9 heures et demie.

Nombre Nombre Nombre

Dates. des des des G.

hématies. hématob. blancs.

2 janvier 6 913 000 189 000 25 700 1,05

Lorsque les enfants viennent au monde avant terme, leur sang se rapproche encore plus du sang embryonnaire, et les grands éléments sont alors tellement prédominants que la valeur globulaire est très supérieure à la normale.

Malgré la présence de ces grands éléments, il est impossible de trouver dans le sang du nouveau-né humain des globules rouges à noyau.

Ceux-ci disparaissent cependant un peu plus tard qu'on ne le croit généralement, car j'ai pu en trouver encore quelques-uns sur des fœtus d'environ six mois ou même six mois et demi. A cet égard l'homme diffère notablement des jeunes mammifères de laboratoire (chiens, lapins, cochons d'Inde), dans le sang desquels on trouve encore normalement quelques globules rouges embryonnaires à noyau pendant les premiers jours de la vie.

J'emprunterai encore les observations suivantes à M. Cadet :

Fœtus de sept mois, du sexe masculin.

Poids : lk,950. Naissance à 2 heures du matin. Numérations à 10 heures.

Nombre Nombre Nombre

Dates. des des des G.

rouges. hémutob. g. blancs.

1880 30 janvier 4774000 146000 6200 1,45

— 2 février 5308000 203000 3 100 1,15

Autre fœtus de sept mois.

1881 4 janvier 4 262 000 205 000 9 000 1,34

On voit qu'à sept mois le nombre des globules rouges et celui des globules blancs paraissent moins élevés qu'à terme, tandis que celui des bématoblastes est le même que dans les naissances normales. Ce qui frappe le plus, comme je l'annonçais tout à l'heure, c'est l'élévation de la valeur globulaire, qui peut être presque une fois et demie plus grande que chez l'adulte (1,45 au lieu de 1).

Contrairement à ce que nous venons de noter chez le nouveauné humain, le sang des jeunes mammifères allaités (chat) m'a paru plus pauvre en globules rouges que le sang de l'adulte. 11 y aurait lieu de multiplier sur ce point les observations.

2° Sang aux autres âges. — Que devient le sang de l'enfant pendant la période d'allaitement? Observe-t-on une différence suivant que cet allaitement est naturel ou artificiel ? Ce sont là des points qui méritent d'être étudiés.

Jusqu'à présent je n'ai eu que trois fois l'occasion d'examiner des enfants au sein. Leur sang était riche en globules blancs (environ 12 000) et en bématoblastes (environ 350 000), mais assez pauvre en globules rouges (environ 4 000 000).

Les globules blancs de la variété 1 étaient, comme chez le nouveau- né, plus nombreux que chez l'adulte.

Pour compléter ces quelques données, je rappellerai que chez l'enfant qui tète on n'observe pas ces abondantes granulations graisseuses qui fourmillent dans le plasma des quelques jeunes mammifères allaités.

Chez les enfants sevrés le sang est le même que chez l'adulte. En me fondant sur quatre examens pratiqués à l'hospice des Enfants assistés, je croyais que les jeunes enfants de deux à quatre ans avaient notablement plus de globules blancs encore que les adultes.

M. Cadet, sur onze enfants de la campagne, âgés de deux à neuf ans, a trouvé les moyennes suivantes : globules rouges 5 168 000; hématoblastes 247 000; globules blancs 6 500.

Chez les vieillards, dont le sang a été étudié par MM. Duperie et Cadet, les moyennes ont été trouvées les mêmes que chez l'adulte .

B. Modifications relatives à diverses conditions. — VSexe. Tous les chimistes ont trouvé plus de globules chez le mâle que chez la femelle, et cette loi, vraie pour les animaux, le serait également dans l'espèce humaine.

Nasse a trouvé chez l'homme 0,05824 pour 100 de fer et chez la femme 0,0499 seulement. Les chiffres indiqués par Becquerel et Roclier sont à peu près les mêmes, soit pour l'homme 0,0565, pour la femme 0,0511. Schmidt, Scherer et d'autres encore sont arrivés à des résultats analogues. Welcker, qui le premier a étudié ces questions à l'aide de procédés anatomiques et physiques, en employant un chromomètre de son invention, a trouvé entre le sang de l'homme et celui de la femme le rapport de 5 à 4,7. J'ai obtenu depuis, à l'aide de la numération, des chiffres analogues. M. Cadet a trouvé chez la femme, en moyenne, 4 900 000 globules et chez l'homme 5 200 000.

Récemment Korniloff (1), en se servant d'une autre méthode encore, le spectroscope de Vierordt, a observé les mêmes écarts légers entre le sang de l'homme et celui de la femme. C'est donc là un fait acquis et dont nous pouvons tenir compte dans l'appréciation de l'état des malades.

Le nombre des hématoblastes est le même dans les deux sexes, et contrairement à l'assertion de Robin, les globules blancs ne sont pas plus abondants chez la femme que chez l'homme.

2° Constitution, individualité, race. — Des recherches nombreuses, parmi lesquelles il suffit de citer celles de Denis, Lecanu, Andral et M. Gavarret, Delafond, Becquerel et Rodier, ont montré qu'il existe des différences individuelles assez grandes sous le rapport du poids des globules rouges contenus dans le sang. Lecanu a trouvé chez les hommes robustes 136 p. 1000, chez les hommes faibles 116 p. 1000 seulement, chez les femmes robustes la proportion est de 126 p. 1000, chez les femmes faibles de 117.

Depuis, la numération nous a appris que les hommes robustes ont plus de cinq millions d'hématies par millimètre cube de sang, tandis que les individus d'une faible constitution n'en ont, en moyenne, que 4 500 000. Ces résultats concordent donc avec ceux que les analyses chimiques nous ont fait connaître.

J'ajouterai que chez le même individu on peut observer d'un moment à l'autre, même lorsque les examens de sang sont pratiqués dans des conditions aussi identiques que possible, des fluctuations assez sensibles, dépassant certainement la limite des erreurs dues aux instruments. Ces oscillations m'ont paru plus

(1) Korniloff, Vergleichende Bestinmiungen des Farbstoffsgehalts im Blut der Wirbelthiere [Zeitschr. fur Biologie, Bd XII, Heft 4, p. 515).

notables chez les jeunes gens que chez les individus d'un âge mûr.

Il serait très intéressant, au point de vue anthropologique, d'avoir des renseignements précis sur les modifications que la race peut apporter à l'état anatomique du sang. A cet égard tout est à faire. Ceux qui entreprendront ces recherches devront s'astreindre à examiner le sang d'un grand nombre d'individus d'une même race pour être autorisés à considérer un caractère, quel qu'il soit, comme définitivement acquis. Ce caractère n'aura une valeur générale que s'il s'exprime par une différence sensible et constante, c'est-à-dire s'accusant toujours dans le même sens. Je rappellerai, de plus, aux explorateurs qui auront l'occasion do poursuivre ces études sur les différentes races humaines, de quelle importance est le choix des sujets et combien il est capital de n'opérer que sur des individus sains, en raison des modifications profondes qu'entraîne l'anémie. Il est de toute évidence que ces altérations pathologiques doivent être extrêmement fréquentes chez diverses peuplades, vivant dans de mauvaises conditions hygiéniques et affaiblies par les privations ou une alimentation défectueuse.

Je ne mentionnerai donc que sous toutes réserves les résultats que j'ai obtenus sur un esquimau et sur deux nègres.

L'esquimau Kujagu, dont j'ai examiné le sangle 11 décembre 1877, était un de ceux qui furent exhibés à cette époque au jardin d'acclimatation. Il était âgé de vingt-huit ans et avait quitté son pays le 4 août; il était bien portant et avait le teint coloré.

Yoici les résultats que j'ai notés :

N. (n, des globules rouges) = 4 168 000 G. (valeur globulaire) = 1,09

B. (n. des globules blancs) ==■ 8 000

Dimensions des globales rouges.

Globules nains = 4a,34. — Petits = 5^,6. — Moyens = 7^,07. — Grands == 8a, 15. — Les plus grands = 8a, 7.

Moyenne générale = 7a, 07.

La proportion des éléments de différentes tailles était la suivante :

Grands globules 7 p. 1 00

Petits — 11 —

Moyens — 82 —

Dimensions des globules blancs = de 5u.,5 à 8y.,22. Dimensions des hématoblastes '= de 2u.,5 à 3p-,5.

On remarquera que le chiffre des globules blancs est assez élevé, ce qui tenait sans doute à l'alimentation grasse de notre esquimau. Le même fait s'observe, en effet, pendant la diète lactée. H y a lieu de noter également la richesse des globules en hémoglobine (1,09) malgré la petitesse relative des éléments. Si ce fait était confirmé ultérieurement, il serait certes très intéressant,car on ne rencontre un chiffre aussi élevé que chez le nouveauné et, dans ce cas, il s'explique non pas par un accroissement dans le pouvoir colorant des globules, mais par la présence dans le sang d'hématies de grande dimension.

Je donne maintenant, sans commentaires, les résultats suivants obtenus sur deux nègres.

1° B..., nègre né à Saint-Domingue, de parents originaires de la côte occidentale d'Afrique; vingt-neuf ans et six mois; très robuste. A Paris depuis plusieurs années.

2° J... Même origine; vingt-deux ans, dix mois; bien portant; à Paris depuis plusieurs années.

Les dimensions des hématies étaient les mêmes dans les deux cas, savoir : globules petits 6 [x, 9 — moyens = 7 ja, 44 — grands = 8^.17.

Les globules blancs de la variété 3 présentaient sur le bord des grosses granulations réfringentes de petits grains noirâtres plus abondants peut-être que dans les éléments de l'homme blanc (1).

Mes études sur les animaux et en particulier sur les chiens m'ont fait constater des différences considérables dans la constitution anatomique du sang des animaux d'une même espèce.

(1) Depuis que cet article est rédigé, M. G. Maurel (Hématimétrie normale et pathologique des pays chauds. Paris, 1885) a trouvé que la constitution anatomique du sang était la même chez les habitants des Antilles que chez les Européens. "

Mais les conditions dans lesquelles j'étais placé ne me permettent pas d'affirmer que ces différences constituent des caractères de races. Il m'a semblé cependant que les chiens pur sang- sont en général beaucoup mieux doués à cet égard que les chiens de rue et, dans mes expériences sur les saignées, j'ai été extrêmement frappé de la force de résistance et du pouvoir de réparation des races pures. Il serait donc possible que les expressions consacrées de « bêtes de sang », de « demi-sang » fussent en rapport avec des qualités anatomiques et physiologiques particulières.

Ainsi tandis qu'on trouve en moyenne, chez le chien bien portant, 6 500 000 globules rouges, je vois, dans mon cahier d'expériences, que chez un chien braque anglais, à peu près pur sang, on comptait 8 400 000 hématies.

3° Effets de la digestion, du régime, de l'abstinence, de l'inanition. — L'influence des repas ordinaires a été bien déterminée par MM. Duperie et Cadet qui ont ainsi complété les quelques observations que j'avais prises de mon côté.

De l'ensemble des faits que nous avons recueillis on peut conclure que les repas entraînent : 1° une diminution des globules rouges; 2° une légère augmentation des globules blancs; 3° une légère augmentation des hématoblastes.

La diminution des globules rouges qui résulte probablement de la dilution du sang pendant la digestion se chiffre par des différences de 2 à 300 000 globules, soit de 4 à 6 p. 100.

Les fluctuations des hématoblastes sont légères, mais constantes : après le premier repas, augmentation peu sensible, puis, la digestion terminée,, retour au chiffre primitif. Immédiatement après le dîner, nouvelle augmentation, suivie au bout de trois à quatre heures d'une nouvelle diminution (Cadet).

Quant aux globules blancs, c'est au moment de la digestion intestinale que leur nombre s'élève de la manière la plus notable, parfois de 18 à 20 p. 100.

Les recherches multipliées de Denis, Becquerel et Rodier, Yerdeil, Panum, Voit, etc., ont établi que la richesse globulaire est sous la dépendance de la qualité et de la quantité des aliments. Les carnivores ont plus de globules rouges que les herbivores et, chez les carnivores, le régime azoté fait monter le chiffre des globules. C'est, en effet, l'alimentation azotée qui fournit le plus de fer. 11 résulte cependant des travaux de Gmelin, Popp,

Thompson, qu'une alimentation riche en graisse accroît sensiblement le chiffre des globules. Ce fait joue probablement un rôle dans l'action reconstituante de l'huile de foie de morue, la plus assimilable de toutes les graisses. L'alimentation mixte, à la fois azotée et grasse, paraît donc être la plus favorable à la reconstitution du sang.

Il serait également utile d'avoir des notions précises sur l'influence des régimes. Moleschott, Pury et Frey dans leurs recherches sur les fluctuations numériques des éléments du sang, ont trouvé que l'augmentation des globules blancs après les repas varie suivant le régime. Avec un régime ordinaire, le nombre des globules blancs serait aux rouges de 2,3 pour 1000 ; avec une nourriture azotée de 4,2 pour 1000; avec une nourriture tonique de 6,2 pour 1000; avec une alimentation végétale, il augmenterait d'une manière remarquable, de sorte que la proportion des globules blancs aux rouges pourrait s'élever presque à 1 p. 60.

Ces chiffres sont loin d'exprimer les véritables proportions des globules blancs aux globules rouges; mais le fait de l'influence des régimes n'en est pas moins exact.

Le régime azoté développe peu de globules blancs, tandis que les végétaux et les aliments gras (lait) élèvent notablement le nombre de ces éléments (th. de Duperie).

Je dois ajouter toutefois que les observations faites par M. Duperie sur l'influence des régimes sont encore très insuffisantes.

L'intérêt clinique qui s'attache à ces recherches numériques et la nécessité d'avoir des points de repère pour porter un jugement sur les observations des malades soumis à la diète et sur certaines expériences de laboratoire m'ont fait entreprendre l'étude du jeûne et de l'inanition.

Un jeûne de vingt-quatre heures détermine chez l'homme une augmentation très sensible des globules rouges (de 4 à 500 000), une légère diminution des hématoblastes et des globules blancs.

Chez les animaux soumis à l'abstinence complète des aliments et des boissons (inanition absolue), les résultats varient suivant qu'il s'agit de petits mammifères succombant en quelques jours (cochons d'Inde) ou d'animaux plus volumineux et plus résistants comme le chien. En employant le cochon d'Inde, nous avons trouvé, M. Cadet et moi, que le jeûne prolongé jus-

qu'à la mort amène une augmentation continue dans le nombre des globules rouges, une diminution progressive des hématoblastes et des globules blancs, sans variation sensible dans Ja valeur globulaire.

Pour le chien je rapporterai ici l'expérience qui a été faite avec beaucoup de soin dans mon laboratoire par M. Reyne (1).

Chienne griffonne pesant 5k,40Q, soumise à l'inanition absolue à partir du 22 septembre 1881, morte le vingt-cinquième jour. Les résultats de cette expérience sont représentés dans le tableau ci-joint et sous une forme graphique. Voici la signification des lettres. N = nombre des globules; H = n. des hématoblastes; B = n. des globules blancs; G = valeur individuelle d'un globule ; R = richesse globulaire exprimée en globules humains sains; P = poids du corps.

DATES

22 septembre. . .

lGr octobre

Ce tableau et ces courbes montrent que le nombre des hématies (N) s'élève progressivement jusqu'au moment de la mort; on

(1) L. Reyise, De la crise hématique dans les maladies aiguës à défervescence brusque {Th. de Paris, 1881).

remarque cependant que, du quatorzième au dix-huitième jour de l'inanition, il varie peu.

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