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Les hématoblastes (H), au contraire, diminuent d'une manière presque régulière jusqu'à la mort; mais pendant une assez longue période, du neuvième au dix-neuvième jour, ils restent à peu près stationnaires.
Les globules blancs (B) ne paraissent pas influencés ; ils subissent des fluctuations tout à fait semblables h celles qu'on observe à l'état normal.
Enfin la valeur individuelle des globules (G) ne diminue d'une manière sensible que pendant les derniers jours, du dix-neuvième au vingt-cinquième.
Quant à la richesse globulaire (R), elle varie à peine durant les six premiers jours; puis, après avoir augmenté progressivement jusqu'au seizième jour, elle diminue de nouveau tout en restant encore, à la veille de la mort, plus élevée qu'au début de l'expérience.
Ces données sont très intéressantes pour le médecin qui observe des malades soumis à une longue abstinence.
4° Fatigue. — L'augmentation des hématies sous l'influence de l'inanition est évidemment le résultat de l'épaississement du sang. Toutes les causes qui augmenteront les pertes aqueuses de l'économie détermineront également par le même procédé une élévation dans le chiffre des globules rouges. Parmi elles on compte les hypersécrétions cutanées ou muqueuses. M. Brouardel (1) a fait voir qu'un purgatif est suivi d'un épaississement du sang et par suite d'une augmentation des globules rouges.
J'ai constaté le même fait dans toutes les diarrhées abondantes. Mais ces modifications sont habituellement passagères ; elles cessent avec la circonstance éphémère qui les a engendrées. Il n'en est pas de même lorsque les causes qui peuvent influencer l'état anatomique du sang, même très faiblement, agissent pendant un temps prolongé. M. Cadet (2) a fait à cet égard des observations intéressantes sur l'influence des fatigues réitérées.
Au mois d'avril 1879 il a examiné le sang d'un certain nombre de campagnards; puis, au mois de septembre de la même année, il a renouvelé cet examen alors que ces mêmes individus venaient de travailler pendant deux mois aux rudes travaux de la moisson; enfin il fit au mois d'avril 1880 l'examen du sang des mêmes personnes lorsqu'après la saison froide elles se trouvaient de nouveau dans des conditions normales.
Il résulte des chiffres qu'il a obtenus que l'état du sang a été altéré par l'effet des fatigues prolongées. Le nombre des globules rouges s'est abaissé très sensiblement, de 1100 000 dans un cas; de 4 à. 600 000 dans d'autres. Cet abaissement a été plus prononcé chez les individus d'un certain âge que chez les jeunes gens.
Les hématoblastes ont été influencés en sens inverse, c'est-àdire qu'ils ont sensiblement augmenté. Quant aux globules blancs et à la valeur globulaire, ils n'ont présenté rien de particulier.
M. Cadet en conclut, avec raison, que la fatigue prolongée entraîne une destruction plus grande des globules rouges. Il croit que la surabondance des hématoblastes indique que ces éléments viennent combler les pertes éprouvées par les hématies. Mais les
(1) Brouardel, De l'influence des purgations et de l'inanition sur la proportion des globules rouges contenus dans le sang (Soc. méd. des hôpitaux et Union médicale, n° 110, 187G).
(2) hoc. cit.
différences qu'il a notées ne me paraissent pas comporter de conclusion aussi nette. Le chiffre moyen des hématoblastes avant les fatigues était, en effet, de 247 782 ; — après les fatigues, il a monté de 18 893, en chiffre rond de 19 000, pour atteindre celui de 266 675. Ce n'est pas là un phénomène bien saillant; mais il a sa valeur, car il est certain que M. Cadet a recueilli ses observations avec un très grand soin.
5° Menstruation, grossesse, lactation, suites de couches. — La vie de la femme est traversée par des actes physiologiques particuliers qui retentissent sur tout l'organisme et notamment sur l'état du sang. Lorsque ces actes s'accomplissent normalement, la santé de la femme n'en est pas éprouvée; mais, même dans ces conditions, ils réalisent des états d'imminence morbide que le médecin doit connaître aussi exactement que possible et dans lesquels les modifications du sang prennent une large part.
Aussi a-t-on fait, à l'époque où l'on se servait exclusivement des procédés chimiques pour l'analyse du sang, un certain nombre de recherches sur le sang des femmes pendant les périodes particulières de leur existence et notamment durant la grossesse.
Les procédés modernes d'examen du sang peuvent rendre à cet égard des services bien plus étendus. Mais jusqu'à présent les observations sont encore trop peu nombreuses pour nous permettre de formuler des propositions précises sur tous les points qui mériteraient d'être élucidés.
J'ai recueilli sur la menstruation quelques données qui prouvent que cette petite hémorragie physiologique détermine chez la femme une légère anémie suivie rapidement d'un retour à l'état normal.
On observe pendant cette courte période tous les caractères qui indiquent une active réparation du sang et qui nous serviront plus tard à préciser le rôle que jouent les hématoblastes dans la rénovation du sang.
A une époque encore peu éloignée de nous, où l'on saignait fréquemment les femmes enceintes, on a eu l'occasion de constater dans le cours de cet état une déglobulisation plus ou moins notable. Les chiffres fournis par Nasse, Popp, Andral et M. Gavarret, Regnauld, Becquerel et Rodier, etc., ne laissent aucun doute à cet égard.
Cette diminution dans la richesse globulaire du sang est extrê-
G. Hayem. — Du Sang. 13
mement variable. D'après les auteurs précédents, elle dépasse rarement la proportion d'un cinquième ou d'un quart, lorsqu'on reste dans les limites des faits physiologiques. Les numérations que j'ai eu l'occasion de faire paraissent confirmer ces données. Elles montrent que la grossesse est, d'une manière générale, une cause d'aglobulie, mais que certaines femmes la supportent sous ce rapport bien mieux que d'autres.
Ce sont les femmes jeunes et primipares qui perdent le plus de globules, particulièrement dans le cours des deux derniers mois. Chez d'autres femmes, ayant habituellement des règles abondantes, le nombre des hématies ne diminue pas pendant les premiers mois de la grossesse, parfois même il augmente, et ce n'est qu'à la fin de la parturition qu'il présente une tendance à s'abaisser.
On considère depuis longtemps la lactation comme une cause d'affaiblissement et d'anémie. Pendant mon passage à l'ancienne maison municipale des nourrices, je n'ai eu que trop souvent l'occasion de constater l'anémie des femmes soumises à mon examen.
Mais cet état morbide ne m'a paru fréquent que chez les jeunes nourrices, à l'âge d'ailleurs où règne la chlorose aussi bien chez les femmes de la campagne que chez les citadines. De sorte qu'il n'est pas démontré que chez les nourrices robustes d'un certain âge, la lactation soit une cause d'anémie notable. Je suis d'autant moins porté à le croire que presque toujours il y a suppression des règles. En tout cas, chez plusieurs nourrices de vingt-cinq à trente ans, j'ai trouvé un chiffre de globules rouges dépassant 4 500 000 et par conséquent normal.
Mais pour résoudre la question de l'influence de la lactation, il faudrait pouvoir examiner un certain nombre de femmes avant la grossesse, pendant la grossesse et plus tard encore durant la période d'allaitement.
Je n'ai pu recueillir qu'une seule observation répondant à ces exigences.
La voici :