DESCRIPTION DES CONDITIONS QUI FAVORISENT OU ENTRAVENT LA COAGULATION
§ 1. — Sang issu du corps.
A. Effets de la température. — L'action de la température sur le sang est extrêmement remarquable. On peut, en effet, hâter ou retarder à volonté la coagulation du sang, suivant les conditions de température dans lesquelles on le recueille. Il est même possible de maintenir complètement le sang à l'état liquide en le refroidissant rapidement à la sortie de la veine et en le maintenant à une température voisine de 0°. Ces effets du froid, connus depuis les travaux deHewson et de Denis, ne se font pas sentir à un égal degré sur tous les sangs. Chez les animaux supérieurs ils sont surtout prononcés pour le sang du cheval et lorsqu'on voudra, comme je l'ai fait souvent, se procurer du sang capable de rester indéfiniment liquide hors du corps, il sera indispensable de choisir cet animal. On réussirait peut-être aussi bien avec le sang^ du baudet et avec celui de l'âne.
Il faudra, en tout cas, avoir soin de recueillir le sang issu de la veine dans une éprouvette étroite (de deux cent, au plus de diamètre), maintenue préalablement à zéro et entourée de glace fondante, afin que le sang puisse se refroidir rapidement. Lorsqu'il aura atteint la température de 0°, on pourra placer simplement l'éprouvette dans une glacière et on conservera ainsi le sang liquide, pour ainsi dire, indéfiniment, pourvu que la température du sang reste dans les environs de 0° à -j- 4°. Mais le froid aura fait simplement sommeiller la coagulabilité du sang, sans la détruire et le retour de ce sang dans un milieu chaud, à un moment quelconque, continuera à être suivi de coagulation. Toutefois le séjour
prolongé du sang- au froid modifie la marche de la coagulation, et la rend beaucoup moins rapide au moment où le liquide est replacé dans un milieu à température normale.
Le sang ne se congèle pas très facilement; cependant déjà vers — 2° à — 2°, 5 (chez l'homme) les globules rouges s'altèrent. A une température un peu plus basse (qui n'a pas été exactement déterminée) on sait que le sang se congèle complètement. C'est là un des procédés communément employés pour obtenir du sang dissous. Cette congélation, tout en détruisant les globules rouges, ne fait pas perdre non plus au sang sa coagulabilité.
Lorsque le sang n'est pas refroidi jusqu'à 0° le phénomène de la coagulation est simplement retardé.
La propriété de se conserver liquide en présence du froid n'appartient pas seulement au sang du cheval ; mais on comprend que chez les animaux à sang très coagulable elle soit plus difficile à mettre en évidence. Il faut, en effet, que l'action du froid se fasse sentir avant que la coagulation soit commencée ; elle ne paraît pas pouvoir être entravée lorsque les modifications qui la préparent existent à un certain degré. Chez les animaux dont le sang se coagule extrêmement vite, ces modifications commencent immédiatement, dès l'issue des vaisseaux, et il est indispensable pour réussir de refroidir le sang instantanément. On ne peut alors opérer que sur des espaces capillaires, et c'est pour cette raison qu'on se sert du cheval lorsqu'on a besoin d'une certaine quantité de sang pour l'analyse.
Les effets de la température sur le sang, ou tout au moins du froid, ne paraissent pas dépendre de la température de l'animal.
Ainsi le sang des animaux à température variable se comporte à cet égard comme celui des animaux à sang chaud. Souvent très coagulable à la température ambiante, il peut aussi être conservé à 0° quand on le refroidit rapidement à sa sortie des vaisseaux. Les autres liquides spontanément coagulables jouissent des mêmes propriétés. Lorsqu'on filtre le sang à 0° sur un triple filtre Berzélius pour le débarrasser de ses éléments anatomiques, on obtient un plasma qui est coagulable, bien qu'il soit presque entièrement dépourvu de ses divers éléments, mais ce plasma peut se conserver liquide dans un milieu froid. Nous aurons plus tard l'occasion de revenir sur ce point intéressant.
La lymphe, les sérosités hydro-phiegmasiques coagulables peuvent également être maintenues liquides par l'effet du refroidissement.
Les températures relativement élevées favorisent, au contraire, la coagulation en en précipitant la marche. Ce sont les températures de — |— 40 à -f- 50° qui sont les plus favorables à l'évolution du phénomène pour le sang des animaux supérieurs. Il en est probablement de même pour le sang des animaux à sang froid, mais on a fait peu d'expériences sur ce point. Jusqu'à -|- 55° l'élévation de la température ne détermine aucune autre modification appréciable du sang ; mais lorsqu'on porte rapidement le sang des animaux supérieurs à la température de -f- 56° à 57°, on obtient la précipitation immédiate d'une des matières albuminoïdes du plasma et le sang ainsi altéré devient incoagulable. Nous verrons bientôt qu'on a utilisé les effets de cette température pour la préparation d'une des variétés de fibrinogène.
La lymphe présente la même propriété que le sang; chauffée à 56-57°, elle se trouble, laisse déposer la même matière que le plasma sanguin et devient alors incoagulable.
Les sérosités hydro-phlegmasiques, le liquide des épanchements pleuraux, par exemple, se troublent à peine à cette même température ; ils ne contiennent qu'une quantité très faible de la matière précipitable à 56-57°, et cependant, après cette action, ils deviennent également incoagulables.
Mais il y a plus, il existe un certain nombre de sérosités qui ne sont pas spontanément coagulables, mais qui donnent par addition de sérum du sang un caillot plus ou moins abondant.
Je citerai parmi ces liquides la sérosité du péritoine du cheval, certains liquides d'hydrocèle. Lorsqu'on étudie sur eux les effets de la température de 56 à 57°, on constate qu'ils sont dépourvus de toute trace de matière précipitable dans ces conditions, et que, néanmoins, ils perdent après l'opération la propriété de fournir un coagulum fibrineux lorsqu'on y ajoute du sérum du sang.
La température de -(-56 à 57° a donc la remarquable propriété d'agir sur tous les liquides capables de fournir une coagulation fibrineuse et de les rendre incoagulables, et cette propriété est la même pour les liquides qui ne donnent pas de précipité à cette température que pour ceux qui abandonnent du fibrinogène.
C'est là un fait très intéressant que nous chercherons plus tard
à expliquer. Nous verrous d'ailleurs que la même température modifie également les propriétés du sérum du sang- et retenons donc, pour le moment, qu'il existe, pour toutes les sérosités animales, une température particulière, pour ainsi dire critique, qui en altère les propriétés, alors même qu'elle n'y suscite pas de trouble apparent; cette température est celle de 56 à 59° pour les animaux supérieurs.
Les températures plus élevées entraînent la coagulation des matières albuminoïdes, ainsi que nous le dirons à propos de l'étude de chacune d'elles.
B. Action de l'eau et des agents chimiques. — Le sang dilué conserve la propriété de se coaguler, tant que la quantité d'eau ajoutée ne dépasse pas une certaine proportion. Une faible dilution paraît faciliter plutôt qu'entraver la coagulation du sang. Cependant l'addition d'eau glacée au sang agit par sa température en en maintenant la liquidité et semble même diminuer par la même raison l'action délétère de l'eau sur les éléments anatomiques. A. Schmidt s'est servi de ces propriétés dans les expériences qu'il a poursuivies sur la séparation du plasma des éléments anatomiques.
La coagulation du sang étant l'obstacle le plus sérieux à l'étude chimique du plasma, tous les chimistes qui se sont occupés de la question ont dû surtout s'efforcer de trouver des agents capables de s'opposer à ce phénomène.
Ces agents sont les plus intéressants de tous ceux qui peuvent modifier le sang. C'est à Denis qu'on doit les premières recherches sur ce point. Depuis les travaux de cet habile observateur, on sait que l'addition de sels neutres au sang, dans une certaine proportion, maintient la liquidité du sang, et il existe dans la science une méthode d'analyse qui pourrait être appelée « méthode de séparation du plasma par action des sels neutres ». Le procédé permet de faire des décantations ou des filtrations.
On a utilisé tour à tour le sulfate de soude, 1 vol. de solution saturée pour 6 vol. de sang (Denis), le dihydrophosphate de soude à 4 p. 100 (2 vol. pour 1 vol. de sang (Masia), une partie de solution saturée de sulfate de magnésie pour 3 parties de sang (A. Schmidt), le chlorure de sodium en quantité telle que sa proportion s'élève dans le sang à 4 p. 100 (M. A. Gautier).
Pour faciliter l'action de ces sels, on s'aide des effets produits
par l'abaissement de la température, et on opère de manière à ce que la température des mélanges ne monte pas au-dessus de 4°.
On peut ainsi obtenir un plasma plus ou moins complètement dépourvu d'éléments anatomiques et rendu presque absolument incoagulable. Il suffit alors de le priver d'une partie de ses sels par la dialyse ou plus simplement de diminuer la proportion relative des mêmes sels par addition d'eau pour que le plasma se coagule spontanément.
Nous verrons cependant qu'A. Schmidt a tiré de l'emploi du sulfate de magnésium un procédé permettant d'obtenir un plasma qui serait incoagulable sans l'intervention d'un principe auquel il a donné le nom de ferment de la fibrine.
Quoi qu'il en soit, l'addition de sels neutres au sang retarde ou même empêche la coagulation, et ce fait montre déjà que les sels du sang et que peut-être aussi les matières salines combinées aux albuminoïdes du plasma jouent un rôle dans la formation de la fibrine.
Il n'est pas douteux, d'ailleurs, que l'état sous lequel se présentent les matières albuminoïdes ait des rapports étroits avec la constitution saline du milieu dans lequel elles sont incorporées. Plusieurs d'entre elles, capables de se dissoudre dans un liquide faiblement salin, sont précipitées au contraire par l'addition de la matière saline à saturation et, par suite, les sels neutres servent non seulement à faciliter la séparation du plasma d'avec les globules, mais encore à la distinction et à la préparation des albuminoïdes du plasma ou du sérum.
Dans la coagulation fibrineuse, l'action d'arrêt produite par une certaine proportion de sels neutres s'exerce sur tous les liquides coagulables et notamment sur le plasma sanguin débarrassé le plus complètement possible de ses éléments anatomiques. L'acte chimique qui donne naissance à la fibrine ne peut donc s'opérer que dans un milieu d'une certaine constitution saline (1). Il y a là un fait de même ordre que les modifications produites dans la température de précipitation des matières albuminoïdes suivant la constitution saline de leur véhicule dissolvant.
Outre les sels neutres il existe encore d'autres agents capables de retarder ou d'activer la coagulation soit du sang ou du plasma,
(1) Ce fait a été mis nettement en lumière dans une de mes expériences (Voir LXII).
soit des autres sérosités spontanément coagulantes. Ils ont été encore peu étudiés. Quand nous parlerons de la préparation des matières albuminoïdes du plasma, nous aurons l'occasion d'en citer quelques-uns.
G. Influence du vase, du mouvement, des gaz, etc. — Nous savons déjà qu'il existe deux sortes de coagulation du sang hors du corps : la coagulation en masse se faisant au repos, la coagulation par défibrination ou battage. Ce dernier genre de précipitation de la fibrine fait intervenir des facteurs multiples : le mouvement, le contact du sang avec l'air extérieur, le contact avec le corps étranger servant au battage. C'est ce dernier facteur qui paraît être de beaucoup le plus actif; le mouvement n'intervient sans doute que pour multiplier les points de contact du corps étranger avec le sang et ses éléments anatomiques. Les résultats de ce battage sont fort intéressants et montrent que l'influence du contact du sang avec un corps étranger a une grande importance dans le phénomène.
Nous nous rappelons d'ailleurs que la coagulation dans le sang abandonné au repos commence toujours au niveau de la partie directement en rapport avec la paroi du vase et envahit plus tard seulement la surface libre, puis le centre.
Freund (1) a découvert récemment qu'en empêchant ce contact à l'aide d'un corps gras, la vaseline notamment, la coagulation est entravée ou même empêchée.
Mon ami M. Barrier a bien voulu répéter pour moi quelquesunes des expériences de cet auteur, en se servant du sang du cheval.
Il a obtenu des résultats moins complets que ceux de Freund.
Voici comment il a opéré. On a choisi, comme récipient, un tube à essai bien propre, rodé à son ouverture et fortement enduit de vaseline pure. Le sang a été recueilli au moyen d'une ponction faite à la jugulaire, mise à nu, avec un trocart métallique bien propre.
Le tube à essai, débordant de sang, a été aussitôt recouvert avec une lamelle de verre préalablement vaselinée. On l'a conservé à la température du laboratoire, à côté de l'échantillon témoin, recueilli dans un tube analogue, mais non vaseline et non recouvert d'une lamelle.
(1) Freund, Zur Kenntniss (1er Blutgerinnung (Wiener mediz. Bldtter, s. 296, 188G).
La conclusion de trois expériences faites dans ces conditions est la suivante :
L'enduit de vaseline n'empêche pas la coagulation de se produire ; il la retarde seulement de 1 heure à 1 h. 30 lorsqu'on opère avec le sang du cheval par une température extérieure de -|- 15° à 16° C.
L'action de contact avec les corps étrangers se fait sentir particulièrement sur le sang complet; elle s'exerce cependant encore, mais à un moindre degré, sur le plasma débarrassé autant que possible de ses éléments anatomiques, ainsi que sur la lymphe pure et citrine contenant à peine quelques globules blancs.
Les gaz ne paraissent pas avoir les mêmes propriétés que les autres corps. Les quelques expériences qui ont été faites relativement à l'influence des gaz formant autour du sang une atmosphère particulière n'ont pas donné de résultats bien précis.
§ 2. — Sang dans l'organisme.
Les conditions nécessaires au maintien de la liquidité du sang stagnant ou circulant dans les vaisseaux sont tellement importantes à tous égards qu'elles méritent évidemment un examen approfondi. J'ai pratiqué sur ce sujet un grand nombre d'expériences qui m'ont permis de mettre en évidence quelques faits nouveaux.
On sait qu'après la mort le sang se coagule comme il le ferait dans un vase ; mais le phénomène marche lentement, tout en étant subordonné à un certain nombre de conditions encore mal déterminées. De plus, la formation du caillot n'a lieu que dans les gros vaisseaux (artères et veines); le sang capillaire conserve, au contraire, sa fluidité. Lorsqu'on extrait d'un cadavre avant la coagulation complète du sang le contenu du cœur ou des gros vaisseaux, il ne tarde pas à se prendre en masse, tandis que celui des capillaires reste exposé à l'air pendant longtemps sans se coaguler.
Falk (1), qui a fait des expériences sur ce sujet en se servant des procédés d'A. Schmidt, attribue cette propriété du sang capillaire à la disparition de la substance fibrinogène. Celle-ci passerait à
(1) Falk, Ueber eine Eigenschaft des Capillarblutes (Arch. f.path. An. u. Phys., LIX, fasc. 1).
travers les parois des vaisseaux pour se répandre dans les sucs parenchymateux ambiants, et deviendrait dans les muscles, en se coagulant, la cause de la rigidité cadavérique.
Je me borne à enregistrer cette opinion.
L'expérimentation physiologique nous a fait connaître un fait plus important. Hewson et Brùcke surtout ont montré, en effet, que le sang contenu dans les grandes cavités naturelles (cœur, artères, veines) reste liquide pendant longtemps, tant que la paroi de ces cavités n'est pas altérée. Les expériences de Brùcke sont devenues classiques et il nous paraît inutile de les rappeler (1).
Il en résulte qu'en détachant sur un animal un gros vaisseau rempli de sang, il est facile d'étudier les conditions du maintien de la fluidité de ce liquide dans des segments vasculaires.
Le cheval se prête particulièrement bien à ces expériences pour des raisons multiples : faible coagulabilité du sang, grande résistance de la paroi veineuse, volume relativement considérable de la jugulaire, permettant d'obtenir une quantité importante de sang.
On peut également jeter des ligatures sur une veine non détachée du corps, de manière à la maintenir pleine de sang, mais les conditions d'étude deviennent ainsi plus complexes.
Chez nos animaux de laboratoire (chien, lapin), lorsqu'on opère sur une grosse veine superficielle, telle que la jugulaire, le sang peut rester liquide dans un segment de vaisseau gonflé de sang et compris entre deux ligatures pendant un temps variable qui dépend de la taille de l'animal, de l'épaisseur de la paroi veineuse, du nombre et de l'importance des petits troncs se détachant du segment vasculaire et qui doivent être liés, etc. En général, le sang y reste liquide pendant au moins une heure et parfois pendant plus de deux heures. Il faut avoir soin dans ces expériences de léser le moins possible la paroi veineuse et de recouvrir ensuite la veine dénudée en plaçant quelques serres-fines sur les bords de la plaie cutanée.
Les conditions de la liquidité du sang dans les vaisseaux ne peuvent se rapporter qu'a l'état de la paroi vasculaire ou à la constitution du sang.
(1) Brùcke, Ueber die Ursache der Gerinnung de Blutes (Arch. f. path. An. u. Phys. ,XII, p. 81 et 172; 1857).
A. Action de la paroi. — L'influence de l'état de la paroi vasculaire est connue depuis longtemps ; elle est des plus évidentes.
Lorsqu'on introduit un corps étranger quelconque dans le cœur ou dans un vaisseau, il ne tarde pas à se couvrir d'une couche granuleuse ressemblant à un caillot fibrineux. Des fils passés à travers la paroi, des aiguilles enfoncées dans le cœur s'entourent de coagulations du même genre. Il en est de même toutes les fois qu'un corps étranger solide vient à être en contact direct avec le sang.
Dans le cœur la coagulation reste limitée au pourtour du corps étranger et son volume dépend du temps pendant lequel on a laissé ce corps y séjourner. Dans les gros vaisseaux la coagulation reste également limitée quand le corps étranger n'y est maintenu qu'un temps assez court.
Il n'est pas nécessaire pour qu'il se forme une concrétion sanguine qu'il y ait un corps étranger dans l'intérieur du vaisseau en contact immédiat avec le sang. Une portion altérée, dénaturée pour ainsi dire, de cette paroi peut jouer elle-même, par rapport au sang, le rôle de corps étranger. Ainsi Lister, dans des expériences faites déjà depuis un certain temps, dans le but de combattre la théorie de Richardson sur la coagulation, a badigeonné la moitié d'un segment vasculaire, à l'extérieur, avec de l'ammoniaque et a constaté que le sang s'est coagulé uniquement au niveau de la portion badigeonnée, c'est-à-dire du point où la paroi était altérée.
Toutes les lésions capables de faire perdre à la paroi vasculaire sa constitution normale produisent le même effet, c'est-à-dire la formation d'un caillot pariétal. J'ai démontré qu'il suffit de gratter la surface interne d'un gros vaisseau pour entraîner la formation de concrétions sanguines de ce genre.
L'intégrité de la paroi vasculaire est donc nécessaire à la conservation de la fluidité du sang ; mais il est très important de remarquer que l'influence d'un corps étranger ou de l'altération de la paroi — ce qui est tout un — est en quelque sorte locale ; elle entraîne la formation de dépôts adhérents et limités au point où le sang subit un contact anormal. Et ce n'est pas là simplement la conséquence delà circulation, c'est-à-dire du renouvellement constant du sang au niveau du corps étranger. Les expériences de Lister dont je parlais tout à l'heure réussissent, en effet, aussi bien sur un segment vasculaire isolé, rempli de sang stagnant, que sur un vaisseau dans lequel le sang circule. Mais, dans le premier
cas, la concrétion pariétale est moins volumineuse que dans le second.
Les concrétions pariétales ou déposées autour des corps étrangers sont constituées, en majeure partie, par des hématoblastes, ces éléments s'altérant immédiatement au contact de tout corps étranger et devenant assez adhésifs pour y rester attachés. Le phénomène est donc analogue au battage du sang, et c'est pour cette raison que j'ai proposé d'appeler ce genre de coagulation : coagulation par battage.
Cette coagulation donne naissance à des concrétions hématoblastiques, que j'étudierai en détail à propos de l'anatomie pathologique du sang (1).
Parmi les corps étrangers qui peuvent être introduits dans les segments vasculaires, les gaz font exception à la règle. L. Fredericq, dans un travail fort intéressant sur le plasma sanguin, a montré que l'introduction de gaz dans les segments vasculaires ne hâte pas la coagulation du sang (2). Les expériences que j'ai faites sur ce point m'ont conduit aux mêmes résultats.
Il est intéressant de savoir que d'autres liquides coagulables, mais dépourvus d'hématoblastes, peuvent également être soustraits à la coagulation lorsqu'on les conserve dans leurs réservoirs naturels.
Pour la lymphe, le fait est connu depuis longtemps, il a été confirmé avec exactitude par M. Colin (d'Alfort). D'après cet observateur, « les ligatures appliquées sur les lymphatiques pendant douze à vingt-quatre heures ne provoquent pas la coagulation de la lymphe. Néanmoins, à la longue, la coagulation se produit quelquefois clans les vaisseaux. J'en ai vu un exemple clans le canal thoracique où la lymphe n'avait pas été altérée par le reflux sanguin (3). »
Plus loin, le même auteur s'exprime ainsi sur le chyle : « La
(1) Les premières recherches que j'ai faites sur le rôle des hématoblastes dans la coagulation fibrineuse datent de 1878 (XL, XLI); je les ai poursuivies en 1878-79 (XLIV), en 1882 (LXII), et mes premières expériences spécialement instituées pour établir le mode de formation des concrétions par altération de la paroi vasculaire ont été publiées le 3 juillet 1882" (LXIV). Je suis obligé de rappeler ces dates, Bizzozero ayant fait une déclaration de priorité à propos d'expériences du même genre, publiées en novembre 1882 {Archives de Virchow et Arch. it. de biologie, t. II, p. 345).
(2) L. Fredericq, Recherches sur la constitution du plasma sanguin, 1878, Gand, Paris, Leipzig.
(3) Colin, Physiol. comparée (t. II, p. 143, 2e édition).
coagulation du chyle à l'intérieur, où il peut être retenu exceptionnellement sous l'influence de causes mécaniques, se fait très lentement. Elle ne s'effectue pas dans les douze à vingt-quatre heures qui suivent la ligature du canal thoracique.
« Je ne l'ai jamais constatée non plus sur les cadavres d'animaux tués pendant la digestion. C'est par erreur que Cruikshanks l'indique comme un phénomène ordinaire chez l'homme et chez les animaux. Il n'en est pas de même pour le contenu mixte de la citerne et du canal thoracique, qui se coagule constamment sur le cadavre, et d'autant mieux qu'il s'est fait un reflux sanguin plus considérable lors des dernières secousses de l'agonie (1). »
Nous avons vérifié, M. Barrier et moi, l'exactitude de ces assertions.
Voici la relation sommaire de deux de nos expériences :
29 januvier 4884 . — Un cheval est sacrifié par effusion de sang. On ouvre la cavité thoracique et on lie le canal thoracique au-dessus du cœur et à son entrée dans le thorax. Le 4er février, c'est-à-dire quatre jours après, la lymphe de ce canal est encore parfaitement liquide. Elle contient cependant une notable quantité de globules rouges qui ont reflué par la veine cave au moment de la mort.
4 février 4884. — A 9 heures du matin, un lambeau de plus de 50 centimètres du canal thoracique du cheval (portion thoracique) est isolé au moyen de deux ligatures sur l'animal venant d'être sacrifié. Ce lambeau est plein de lymphe citrine, un peu opalescente. Il est placé dans une chambre humide et conservé à la température du laboratoire (16°). Le lendemain (5) pas de coagulation, mais transsudation d'une partie de la lymphe à travers les parois très minces du canal. — Le 6, pas de coagulation. La transsudation continue. Le soir du même jour, une ponction exploratrice est pratiquée (entre deux ligatures) sur la partie postérieure du segment lymphatique. La lymphe qui s'en écoule est parfaitement liquide et limpide ; elle se coagule sur la table d'expérience au bout de cinq minutes environ. A 8 heures du soir, pas de coagulation ; une odeur fade assez accusée se manifeste à l'ouverture de la chambre humide. Le 7, à 8 heures du matin, pas de coagulation; la transsudation a fait disparaître une bonne partie du contenu vasculaire. L'odeur de putréfaction est franchement accusée. A 1 heure, même état. La pièce est jetée après avoir été ouverte. Le liquide restant est légèrement grumeleux: il sent très mauvais et ne se coagule plus.
La lymphe pure extraite sur l'animal venant d'être sacrifié s'était coagulée en six minutes par une température extérieure d'environ 6°.
Des expériences semblables pratiquées sur des troncs lympha-
(l) hoc. cit., p. 156.
tiques du cou ont donné les mêmes résultats. On peut en conclure que l'influence des parois vasculaires sur le contenu des vaisseaux est la même pour les lymphatiques que pour les veines.
L'action de la paroi sur les sérosités pathologiques hydro-phlegmasiques est moins sensible; elle est cependant incontestable. En cas d'épanchements hydro-phlegmasiques des séreuses (plèvre, péritoine), la surface de la séreuse en contact avec le liquide épanché se couvre de concrétions fibrineuses ; mais cette séreuse est enflammée, malade, et par conséquent, d'après les faits que nous venons de rapporter, à propos des cavités sanguines, elle ne possède plus les qualités voulues pour empêcher la coagulation fibrineuse. Néanmoins, lorsqu'à l'aide d'une ponction on retire le liquide épanché, celui-ci ne tarde pas à se coaguler, il n'a donc pas laissé déposer dans la séreuse, malgré l'altération de cette dernière, toute la fibrine qu'il peut former au contact des corps étrangers.
B. Influence des altérations du contenu des vaisseaux. — Les faits relatifs à l'influence de la paroi sont sensiblement les mêmes, que le sang soit stagnant ou circulant. Il n'en est pas de même de ceux qui concernent les modifications du sang. Nous étudierons donc dabord les phénomènes relatifs aux segments vasculaires, puis ceux qu'on observe dans le sang en circulation.
4° Sang des segments vasculaires. — La plupart de mes expériences ont été faites sur le cheval pour les raisons qui nous sont déjà connues.
Lorsqu'on suspend verticalement un segment veineux plein de sang, ce liquide ne tarde pas à laisser tomber les globules rouges et à se séparer en deux couches principales, l'une inférieure globulaire, l'autre supérieure plasmatique. Plus tard le contenu de la veine s'épaissit par transsudation d'un liquide qui, mélangé avec le sang des vasa-vasorum, ne peut être étudié convenablement. Si l'on a soin de maintenir le segment veineux dans une atmosphère humide, la veine ne se dessèche pas et, dans ces conditions, à la température ordinaire de 16° environ, la coagulation ne survient qu'au bout de plusieurs jours (2 ou 3), au moment où la veine commence à répandre une odeur de putréfaction. Nous verrons même que, dans certains cas, le sang reste indéfiniment liquide dans la veine jusqu'à putréfaction complète et qu'à ce moment il est devenu incoagulable. Nous avons déjà constaté le même
G. Hayem. — Du Sang. i5
fait à propos de la lymphe du canal thoracique. La résistance du sang normal des segments veineux à la coagulation est donc considérable ; on l'observe dans des conditions où le sang et la paroi subissent évidemment des modifications profondes, puisqu'on peut pousser l'expérience jusqu'à la putréfaction complète.
Il était intéressant de voir si les résultats de cette expérience resteraient les mêmes après avoir fait varier la composition du sang à l'aide de liquides incapables d'altérer la paroi du vaisseau.
Mes principales expériences sur ce point ont été exécutées avec le sérum du sang, le liquide du péricarde et l'eau (1). Elles méritent d'être rapportées.
Le i i février 1883, par un temps froid, on introduit du sérum frais de cheval dans une veine jugulaire préparée par M. Barrier. L'opération est faite à l'aide d'un procédé inutile à décrire, mais qui permet de faire pénétrer le sérum bien pur et sans air dans la veine non encore détachée de l'animal. On conserve comme témoin une certaine quantité de sang dans une éprouvette et une portion de jugulaire gonflée de sang pur.
Dans le tronçon soumis à l'expérience, on introduit environ un tiers de sérum contre deux tiers de sang.
Le sang recueilli dans l'éprouvette se prend en masse au bout de trois à quatre minutes (ce qui est très court pour le sang de cheval).
Au bout d'un quart d'heure, le fragment de jugulaire contenant le mélange avec le sérum est rempli d'une masse entièrement coagulée. On ouvre la veine sous l'eau pour s'assurer qu'aucune bulle d'air n'a été introduite avec le sérum. Le caillot est rouge dans toute son étendue, ce qui prouve que le sang s'est coagulé très rapidement (la veine ayant été placée immédiatement dans la verticale). En effet, dans le segment rempli de sang pur et mis dans la même position il y avait déjà, au bout de quatre minutes, une couche supérieure de plasma incolore qui, depuis, a augmenté rapidement.
Dans ce dernier segment, le sang ne se coagule que dans la nuit du 12 au 13, au moment où la veine commence à répandre une odeur très accusée.
On voit qu'en adultérant le sang avec du sérum on provoque dans la masse entière du mélange une coagulation, une véritable prise en masse.
Cette expérience, qui avait déjà été faite par L. Fredericq, plusieurs fois répétée, a toujours donné le même résultat. M. Nocard, professeur à l'école d'Alfort, ayant été mis au courant de cette
(1) Quelques-unes des expériences que j'ai entreprises sur les segments vasculaires et que j'ai publiées dans le travail n° LXII avaient déjà été faites par L. Fredericq et relatées dans son très intéressant mémoire sur ]e plasma sanguin. Je regrette de n'avoir pu citer cet habile observateur dont je ne connaissais pas les recherches à ce moment, et, en réparant cet oubli, je me félicite d'avoir obtenu des résultats conformes à ceux qu'il a énoncés.
expérience, a pensé qu'il y aurait intérêt à se servir d'un sérum privé de germes atmosphériques.
Le 40 février 4884, MM. Barrier et Nocard ont introduit dans un segment veineux du sérum stérilisé par le procédé de M. Pasteur. La quantité de ce sérum introduit dans le vaisseau représentait environ le sixième de la masse totale. Dans ces conditions, la coagulation en masse n'a eu lieu qu'au bout de deux heures cinquante-cinq minutes; mais le sang ne s'est coagulé dans le segment témoin qu'au bout de deux jours.
La stérilisation du sérum n'a donc eu pour effet que de diminuer l'activité coagulatrice de ce liquide. On se rappellera, toutefois, que la filtration d'un liquide albumineux par le procédé de M. Pasteur altère très sensiblement sa constitution chimique.
Pour bien mettre, d'ailleurs, en évidence Faction particulière du sérum il était indiqué d'introduire dans le segment veineux une sérosité naturelle albumineuse n'ayant pas les mêmes propriétés physiologiques. On fit choix du liquide du péricarde du cheval.
Ce liquide fut recueilli peu de temps après la mort (2 heures) sur un cadavre encore tout chaud et sacrifié par effusion de sang. Il était parfaitement limpide et citrin.
Le sang de l'animal sur lequel l'expérience a été faite, recueilli dans une éprouvette, s'est coagulé au bout de 15 minutes par une température extérieure de -f- 20°.
Dans le segment veineux contenant environ un quart de sérosité péricardique, la coagulation n'a eu lieu qu'au bout de 20 h. 30 ; enfin dans le segment témoin la prise en masse s'est produite au bout de 21 h. 45 minutes.
On peut donc dire que le liquide du péricarde n'a pas eu d'action coagulatrice appréciable. Il s'est comporté tout autrement à cet égard que le sérum.
Ce sont cependant, l'un et l'autre, des liquides albumineux provenant de la même espèce animale et paraissant exercer sensiblement la même action sur les éléments anatomiques du sang. Mais quand on y regarde de près, on observe des différences. Le liquide du péricarde et, d'une manière générale, les liquides albumineux ne contenant pas de ferment de la fibrine conservent parfaitement les éléments du sang, y compris les hématoblastes ; le sérum sanguin, au contraire, même lorsqu'il est emprunté à un animal de la même espèce, laisse les hématoblastes s'altérer et paraît même faciliter les modifications subies par ces éléments.
Le sérum du sang peut donc exercer une action coagulatrice non seulement à cause de sa constitution spéciale, mais aussi parce qu'il entraîne des modifications dans les éléments anatomiques et particulièrement dans les hématoblastes. Pour mettre en évidence l'influence de ces dernières altérations, il fallait introduire dans le sang un liquide capable de l'altérer, mais dépourvu de tout principe pouvant concourir à la prise du sang en masse. On y réussit en faisant pénétrer de l'eau distillée dans le segment veineux.
L'addition d'eau, comme l'a vu L. Fredericq, fait, en effet, coaguler le sang rapidement; mais l'expérience a moins d'intérêt, car tous les éléments anatomiques sont altérés et, par suite, les conditions du phénomène complexes.
Les expériences précédentes semblent indiquer que l'action de la paroi vasculaire est nulle sur les générateurs de la fibrine mis en présence à l'intérieur du vaisseau.
L'expérience suivante en donne une preuve directe.
Après avoir filtré du plasma obtenu par ponction du segment veineux faite après la chute des hématies, on vide le segment veineux dans lequel ce plasma était resté liquide, et on le lave avec du sérum frais de cheval ; puis on le remplit de plasma filtré, en ayant soin de conserver une portion de ce plasma dans un vase et à la même température que le segment veineux (17° C).
Au bout de deux heures quarante, le plasma contenu dans le verre à expérience est coagulé en masse ; celui de la veine se coagule complètement une demi-heure plus tard. On a laissé pénétrer dans la veine, en même temps que le plasma, quelques fines bulles d'air. Mais on sait que l'introduction des gaz dans les segments vasculaires ne hâte pas la coagulation. Voici d'ailleurs d'autres expériences.
Après avoir obtenu une certaine quantité de plasma filtré à 0°, on divise la veine en deux segments. Le premier est lavé avec soin à l'aide d'une solution de chlorure de sodium à 5 0/00, puis rempli de plasma filtré. Le second segment est lavé avec du sérum de cheval et rempli également de plasma filtré. Ces segments veineux sont conservés dans une pièce dont la température est de 20°, et on place à côté d'eux, dans des verres à expérience, des échantillons du plasma quia servi à les remplir.
Au bout d'environ trois heures, la coagulation s'est effectuée aussi complètement dans les segments veineux que dans les verres à expérience. L'action de la paroi veineuse ne s'exerce donc pas dans ces conditions.
Les faits précédents paraissent établir clairement que la coagulation devra se produire dans les segments vasculaires dans toutes les circonstances où le sang deviendra coagulable par suite de
l'altération de ses éléments anatomiques. Cependant, dans une thèse très intéressante, M. Glénard a publié quelques expériences dans lesquelles le sang- des segments vasculaires du cheval a pu se conserver liquide ou non coagulé dans des conditions où certainement le sang et même la paroi subissent de profondes modifications. Ces expériences seraient donc en contradiction avec les précédentes. Mais nous allons voir qu'elles ne donnent pas toujours les résultats annoncés par M. Glénard (1).
D'après cet observateur, en plongeant un segment veineux rempli de sang dans l'eau distillée, on retrouve le lendemain, dans l'intérieur du vaisseau, un sang fluide dont les hématies sont décolorées, dont le plasma a conservé sa transparence et sa couleur jaunâtre, et qui se coagule parfaitement.
Le samedi 4 mars 4882, M. Barrier enlève une jugulaire pleine de sang et la plonge, à 2 heures 1/2, dans une éprouvette remplie d'eau distillée (tempérât. 17° environ). Le 5 mars, à la même heure, c'est-à-dire au bout de vingtquatre heures, je retrouve la veine tendue, œdémateuse. La séparation des couches s'y est bien effectuée, mais le plasma est coloré. Après avoir placé une ligature à la partie supérieure de la couche des globules rouges, on ponctionne la veine au niveau de la portion plasmatique, à l'aide d'une canule de verre effilée. Le plasma qui s'écoule est coloré en rouge clair par de l'hémoglobine dissoute.
Au microscope, on constate dans ce liquide la présence de quelques stromas'de globules rouges vésiculeux et décolorés; un nombre assez considérable de petits amas d'hématoblastes, profondément altérés et réunis par une matière finement granuleuse ou filamenteuse; quelques rares globules blancs gonflés par l'eau.
Pour vider complètement le segment veineux, on y plonge un scalpel ; l'ouverture ainsi faite est immédiatement bouchée par des grumeaux rosés. Le liquide, reçu dans un verre à expérience, laisse déposer des grumeaux du même genre.
Ces grumeaux sont constitués par des amas considérables de granulations et de corpuscules protéiques provenant des hématoblastes altérés. Quelques hématoblastes et globules rouges nains sont faciles à reconnaître au milieu des autres granulations. Entre ces grandes masses granuleuses, on voit des mèches filamenteuses de fibrine et, de temps en temps, en parcourant la préparation, des globules blancs qui ont été presque tous altérés par l'eau.
Pendant que le plasma ainsi obtenu est conservé à la température du laboratoire (17°, 5) on examine la veine. On constate que la ligature a enserré une grosse concrétion fibrineuse qui flottait à la surface des globules rouges et on recueille la couche des globules rouges. Elle est transformée en un liquide
(1) F. Glénard, Contribution à l'étude des causes de la coagulation spontanée du sang à son issue hors de l'organisme. Application à la transfusion (Th. de Paris, no 50, 1875).
sirupeux qui contient deux caillots cruoriques assez volumineux et de nombreuses petites masses cruoriques, d'une consistance analogue à celle de la bouillie. On filtre sur un linge fin de manière à pouvoir observer séparément cette bouillie et la partie restée fluide. Dans cette dernière, les globules rouges sont presque tous décolorés ou en voie de perdre leur hémoglobine, le liquide qui sépare les globules est fortement teinté.
On conserve dans des éprouvettes distinctes les liquides ainsi obtenus. Le premier jour, pas de modifications appréciables. Le lendemain 6 mars, le plasma a laissé déposer une couche assez épaisse de grumeaux, au-dessus desquels s'est produit un dépôt blanchâtre, composé de globules blancs. Il est devenu parfaitement limpide et d'une coloration qui rappelle celle du picrocarminate d'ammoniaque étendu d'eau. Les caillots cruoriques provenant de la couche des globules rouges-ne sont pas modifiés sensiblement. De même le liquide obtenu par filtration reste incoagulable. Les jours suivants, les divers liquides se putréfient sans se coaguler de nouveau.
La même expérience, répétée quelques jours plus tard, donne absolument le même résultat, c'est-à-dire une précipitation, dans le plasma, de grumeaux fibrineux et une transformation de la couche des globules rouges en une sorte de bouillie, gelée de groseilles.
L'eau distillée, en pénétrant peu à peu à travers la paroi veineuse, tend donc à détruire les éléments du sang et provoque une sorte de défibrination analogue, dans la couche plasmatique, à celle que l'on obtiendrait par le battage.
Le résultat de cette expérience est certainement fort curieux, car, au premier abord, on s'attend à trouver une coagulation en masse; mais il suffit de réfléchir un instant pour comprendre que les conditions particulières dans lesquelles se trouve le sang ont dû s'y opposer. La prise en masse ne s'effectue que lorsque le sang est au repos dans un vase ou dans un vaisseau. Or, il est évident qu'en plongeant le segment vasculaire dans l'eau on provoque des courants exosmotiques et endosmotiques incessants qui en agitant le liquide coagulable déterminent un genre particulier de précipitation fibrineuse par battage. Il est possible, en outre, qu'une partie des substances, mises en liberté par la dissolution des éléments figurés, passe au dehors à travers la paroi veineuse.
D'après M. Glénard, lorsqu'on laisse le segment veineux se dessécher à l'air, il prend au bout d'un temps variable la consistance de la corne. Si, à ce moment, on reprend le plasma, transformé par la dessiccation en une masse dure et transparente et qu on le désagrège dans l'eau, il s'y dissout et le liquide est susceptible de se coaguler en masse, même après filtration.
Le i^> mars 4882, M. Barrier enlève chez un cheval, à 8 heures 45 minutes,
une jugulaire externe, pleine de sang, et la suspend dans son laboratoire, dans une atmosphère dont la température varie de 16 à 20°. Il note les modifications suivantes :
Le 43, à 8 heures du matin, pas de coagulation. La partie supérieure de la veine contenant le plasma s'allonge en pointe effilée par suite de la transsudation. La partie inférieure, renfermant les globules, se dessèche sans diminuer notablement de volume. A 4 heures du soir, le plasma paraît coagulé, la couche des globules rouges est très épaissie, mais n'est pas prise en masse. Les jours suivants, la transsudation et la dessiccation augmentent et marchent de pair.
Le 19, la dessiccation étant complète, on sectionne la veine : le plasma est transformé en une matière cornée, jaunâtre, et la couche des globules rouges en une masse dure, brunâtre. Avec un fort scalpel, on détache de la substance cornée des copeaux minces et transparents et, en les examinant au microscope, clans une goutte d'eau, on reconnaît qu'ils contiennent un très dense feutrage de filaments de fibrine.
Après avoir concassé en morceaux le sang desséché, on traite par l'eau; les fragments de plasma se dissolvent très lentement en laissant un résidu important. On filtre, et la solution reste incoagulable.
Une autre expérience semblable a donné le même résultat.
Cependant, dans d'autres cas, j'ai obtenu une transformation cornée du plasma et au microscope j'ai constaté que cette corne était hyaline et non filamenteuse. Mais en faisant dissoudre après fragmentation la masse cornée, la solution obtenue est restée incoagulable.
L. Fredericq, qui a également répété l'expérience de M. Glénarcl, a obtenu le plus souvent un culot de fibrine au niveau de la couche des globules rouges.
Le résultat de la dessiccation des segments veineux est donc variable. On peut dire néanmoins que, dans certains cas, le plasma peut se dessécher à l'intérieur de la veine sans se coaguler, tout au moins complètement.
Enfin, pour terminer l'exposé de ces faits, il nous faut revenir sur les phénomènes présentés par les segments veineux conservés dans une atmosphère humide à l'abri de la dessiccation.
Dans ses expériences, M. Glénard a vu le sang de cheval rester indéfiniment liquide dans un segment veineux détaché du corps de l'animal.
Il n'en est certainement pas toujours ainsi, puisque nous avons précédemment noté la prise en masse au moment où la putréfaction altère à la fois la veine et son contenu.
Yoici un autre exemple du même fait :
Le 6 mars, à 7 h. 5 m. du matin, M. Barrier place une jugulaire pleine de sang dans une éprouvette contenant quelques centimètres cubes d'eau, afin d'empêcher la dessiccation. Mais la veine est suspendue de manière à ce que son extrémité inférieure reste à plusieurs centimètres au-dessus de l'eau.
L'éprouvette, bien bouchée, est maintenue dans un laboratoire dont la température est, pendant le jour, de +18 à 19°, et, pendant la nuit, à une température plus basse, non déterminée. Le lendemain, à 6 heures du soir, le plasma commence à se coaguler, mais, en plaçant la veine horizontalement, la couche des globules rouges fait irruption sur plusieurs points dans la couche incolore et tend à l'infiltrer. La coagulation n'est complète que le lendemain matin, et à ce moment on perçoit une légère odeur de putréfaction.
D'après les faits que nous avons observés, M. Barrier et moi, il paraît donc être de règle qu'au moment où la putréfaction survient le sang se coagule. Mais cette règle présente des exceptions. Dans le cours de nos expériences sur l'effet de l'introduction des gaz dans les segments, plusieurs tronçons de veine conservés horizontalement sous une cloche humide se putréfièrent, contenant et contenu, sans qu'il survînt à aucun moment trace de coagulation. Le sang peut donc, dans certains cas, se conserver indéfiniment liquide; mais ce qui est fort intéressant, c'est qu'il devient alors complètement incoagulable.
Yoici les principaux faits consignés dans nos notes.
47 février 4884-. — Une jugulaire pleine de sang est retirée à 10 h. 30 sur une vieille jument très affaiblie. A 2 h. 26 m., on fait écouler le quart du sang qu'elle renferme, on le recueille dans un vase et on le remplace par de l'acide carbonique. Ce sang se coagule en trois heures douze minutes par une température de -J-170 (il était, on le voit, peu coagulable).
Une partie de l'acide carbonique est résorbée et le vaisseau est conservé dans une cloche humide à une température de -j- 8°.
L'acide carbonique ne se révélant plus que par quelques bulles, on en réinjecte au bout d'une heure. Le gaz est encore absorbé en partie, mais il en reste plusieurs centimètres cubes. Les 18, 19, 20 et 21, le vaisseau reste à peu près dans le même état sans qu'il se produise de coagulation. Le 22, il répand une légère odeur de putréfaction. Le 23, la décomposition est plus avancée, et cependant le sang est toujours liquide. Pour s'en assurer, on en retire une petite quantité à l'aide d'un trocart explorateur. Ce sang se décompose à la température du laboratoire, mais il ne se coagule pas. Les jours suivants, le segment veineux se putréfie complètement et répand une forte odeur ammoniacale. On ne le jette que le 29, après avoir constaté l'absence de coagulation. Cette expérience est d'autant plus intéressante que quelques auteurs ont attribué à l'acide carbonique un pouvoir coagulateur.
47 février 4884-: — A 1 h. 15 m., on enlève la deuxième jugulaire. A 2 h. 45 m., on retire du vaisseau un peu plus du quart du sang qu'il renferme. Ce sang se coagule au bout de deux heures. Il est remplacé par un volume équi-
valent d'air atmosphérique. On conserve le vaisseau comme dans l'expérience précédente. Les jours suivants, 18, 19, 20, 21, pas de coagulation. Le 22, odeur de putréfaction; on recueille par ponction une certaine quantité de sang qui se putréfie complètement, sans se coaguler.
Ce segment veineux est conservé jusqu'au 3 mars : putréfaction complète, pas de coagulation.
25 février 4884-. — Sur une vieille jument atteinte de morve et sur le point de mourir, on enlève une jugulaire pleine de sang. Le sang de l'animal, préalablement recueilli dans un verre, ne se coagule qu'au bout de deux heures vingt-sept minutes par une température de -f- 18°. Le segment veineux recueilli est divisé en deux portions. Dans l'une d'elles, on injecte une goutte de sang putréfié provenant d'une des veines des expériences précédentes (celle qui contenait de l'acide carbonique). On place une ligature en avant du point de la ponction, et les deux segments sont conservés dans des chambres humides.
Les jours suivants, 26. 27, 28,29, 1er mars, pas de coagulation. Le 2 mars, à 7 h. 30 m., le lambeau dans lequel on a fait l'injection de sang putréfié est le siège d'une coagulation en masse; odeur de putréfaction assez prononcée. Dans l'autre segment veineux, la coagulation ne se fait que plusieurs heures plus tard pendant la nuit du 2 au 3.
25 février 4884. — Sur un vieux cheval, on enlève une jugulaire, qu'on divise immédiatement en deux segments. Dans l'un d'eux, on fait pénétrer, au moyen d'un tube stérilisé et flambé, sur un point brûlé à l'avance, une certaine quantité d'air privé de germes. Avant l'injection, on avait retiré une partie du sang qui s'est coagulé dans un vase en une heure douze minutes. La quantité de gaz introduite équivaut à peu près à la moitié du volume total.
Les deux segments sont placés dans des chambres humides dans un endroit dont la température est d'environ +8°.
Les 26, 27, 28, 29 février et 4ev mars, pas de coagulation.
Le 2 mars, les deux segments sont mis dans le laboratoire dont la température est de -f- 16° ; leur contenu est encore liquide.
Le 3 mars, le contenu du segment ne renfermant pas d'air se coagule à 6 heures du soir.
Le 4 mars, l'autre lambeau est le siège d'une coagulation imparfaite qui se manifeste vers 10 heures du matin.
Il dégage une forte odeur de putréfaction.
On l'ouvre à 5 heures du soir. Le caillot qui s'en échappe ne semble formé que par le plasma. Quant à la masse globulaire, encore liquide, elle ne présente, à l'examen microscopique, aucun micro-organisme ; les globules rouges y sont encore bien conservés. En raclant la surface extérieure de la veine, on recueille un liquide sanguinolent dans lequel nagent, avec quelques globules rouges, une foule de micrococcus, isolés ou agglomérés, quelques bactéries de la putréfaction et d'autres micro-organismes plus gros, plus rares, tous animés de mouvements assez rapides.
Dans une autre expérience où l'on a introduit dans la veine de l'hydrogène, le sang1 est resté liquide jusqu'à putréfaction coin-
plète, tandis que dans le lambeau témoin il est survenu une coagulation.
Ces faits sont évidemment d'une interprétation difficile. Mais n'est-il pas probable que lorsque le principe actif de la coagulation se dégage lentement et tardivement, il peut être détruit par la putréfaction, avant d'avoir pu déterminer ses effets ordinaires? Cette hypothèse est rendue acceptable par le fait de l'incoagulabilité définitive du sang retiré de ces lambeaux putréfiés.
2° Sang circulant. — La détermination des conditions nécessaires au maintien de la fluidité du sang en circulation, et, par suite, les causes des concrétions intra-vasculaires, est certainement la partie la plus importante de ces études, tout au moins pour le médecin. Elle n'a donné lieu cependant qu'à un nombre assez limité de recherches.
Le seul fait qui paraisse établi concerne la possibilité de provoquer sur le vivant des thromboses veineuses, parfois même artérielles, en injectant dans les vaisseaux soit du sang dissous (Naunyn, Plôsz et Gyôrgyai), soit une solution contenant du ferment de la fibrine et de la sérum-globuline (Edelberg).
Les expériences sur lesquelles s'appuie ce fait intéressant m'ont paru extrêmement complexes, et, avant de chercher à les vérifier et à les interpréter, il m'a paru nécessaire d'en exécuter de plus simples, ou du moins d'une analyse plus facile.
Ces dernières ont consisté à injecter dans le sang, par une veine périphérique, des liquides divers, naturels ou artificiels, d'une constitution bien déterminée.
Ceux dont je me suis servi sont le sérum du sang emprunté à un animal de la même espèce, l'eau légèrement salée, l'eau pure en proportion même assez considérable, le sang défibriné ou complet, emprunté à un animal de la même espèce, les sérosités non spontanément coagulables, prises sur des animaux d'espèce différente, enfin la solution aqueuse de ferment pur en proportion minime.
Les expériences faites sur les segments vasculaires montrent que la plupart de ces liquides y déterminent la coagulation du sang en masse.
Cependant lorsque ceux-ci sont introduits, même en assez forte proportion, dans le sang, la circulation générale n'est pas troublée, et les propriétés du sang ne paraissent pas modifiées.
DE LA COAGULATION DU SANG. 23 a
Pour montrer que cette apparence est trompeuse, j'ai eu recours à un procédé très simple (1).
Nous savons déjà que lorsqu'on comprend entre deux ligatures, sur l'animal vivant, un segment veineux, de manière à ce qu'il reste gonflé de sang, il s'écoule un temps assez long avant que le sang, soustrait de la sorte à la circulation, se coagule. Si donc on pratique une ligature de ce genre avant l'injection intra-veineuse d'un liquide pouvant altérer la constitution du sang, puis, qu'après l'injection on arrête le sang dans une veine comprise à son tour entre deux ligatures, il sera facile de voir si la coagulabilité du sang stagnant aura été modifiée par l'injection intra-veineuse.
En opérant ainsi, on constate que les liquides qui font coaguler le sang dans les segments vasculaires détachés du corps de l'animal produisent sur le vivant les mêmes effets ; mais que ces effets sont limités au sang retenu en stagnation entre deux ligatures.
Le plus actif des liquides précédemment énumérés semble être le sérum du sang emprunté à l'animal lui-même ou à un animal de la même espèce. De sorte qu'en se servant, chez le chien, de sérum de sang de chien, on a sous les yeux un animal qui présente des particularités singulières.
D'un côté, dans une des jugulaires (celle qui a été liée avant l'injection intra-veineuse), le sang en stagnation est parfaitement liquide; de l'autre, au contraire, il est complètement coagulé, et cependant la circulation générale continue à s'effectuer normalement. En sectionnant les deux veines à l'aide de ciseaux, la première laisse s'écouler un sang liquide, se coagulant hors du corps comme à l'état normal; la seconde donne, au contraire, issue à un caillot cruorique, absolument semblable à celui qui se forme lorsqu'on recueille le sang dans un vase.
L'eau distillée, la solution aqueuse de ferment pur, le sérum artificiel au chlorure de sodium, les injections de sang complet ou défibriné augmentent également, mais dans une mesure plus faible et plus variable, la coagulabilité du sang en stagnation.
Les sérosités non spontanément coagutables, comme celle de l'hydrocèle, sont en général complètement inactives, même lorsqu'elles sont introduites dans le sang en forte proportion.
(l) LXIX, LXX.
Il me paraît inutile de rapporter ici en détail les nombreuses expériences sur lesquelles s'appuient ces propositions. Je n'en citerai que quelques-unes à titre d'exemples.
a. Injections de sérum,
Ex. : Petit chien bien portant du poids de 6kil,200. — Temp. rect. 39°.
A 3 heures, on fait la ligature de la jugulaire droite (témoin), puis on injecte par la saphène 20 centimètres cubes de sérum de chien frais, provenant d'une saignée faite hier soir à 6 h. 20 m. Immédiatement après l'injection, on lie la jugulaire gauche préparée à l'avance (3 h. 20 m.).
A 3 h. 40 m., on voit dans la jugulaire droite une séparation du plasma et des globules ; dans la gauche, pas de séparation, le sang paraît déjà coagulé ; la température rectale monte à 39°, 2.
A 4 h. 5 m., on ouvre les deux vaisseaux. Le sang est liquide dans la jugulaire droite (ligaturée avant l'injection); il se coagule à l'air en deux minutes par une température ambiante de -f-20°. La jugulaire gauche est remplie complètement par un caillot cruorique. A 4 h. 15 m., temp. rect. 39°, 2. Le chien reste vif et bien portant; ses urines du soir et celles du lendemain ne renferment pas d'albumine.
Dans quelques expériences du même genre, le vaisseau ayant été ouvert 40 à 15 minutes après l'injection, on a trouvé un caillot un peu moins volumineux, entouré d'un peu de sang encore liquide qui s'est coagulé à l'air. Mais, en général; même après ce court laps de temps, la coagulation du sang est complète.
Pour savoir combien de temps le sang modifié par l'injection de sérum conserve la propriété de se coaguler par stagnation, on a fait dans quelques cas la ligature successive de plusieurs veines.
Lorsque la proportion de sérum injecté est peu considérable, la coagulabilité du sang stagnant est déjà très affaiblie, mais non effacée au bout de deux heures.
En voici un exemple :
Petit chien bien portant, du poids de 5kil,500. — Temp. rect. 39°. — Injection de 23 grammes de sérum de chien frais (240e du poids du corps).
A 2 h. 10 m., immédiatement après la fin de l'injection, faite très lentement par la saphène, on lie un segment de la jugulaire gauche.
A 2 h. 30 m., temp. rect. 39°4: on ne voit pas dans le segment veineux de séparation entre le plasma et les globules.
A 2 h. 40 m., on ouvre le vaisseau. Caillot cruorique occupant toute l'étendue du segment veineux ; il sort en même temps une très petite quantité de sang resté liquide qui donne lieu, à l'air, à une coagulation secondaire au bout de sept minutes.
A 2 h. 55 m., temp. rect. 40°. A 3 h. 40, temp. rect. 39°, 4.
A 4 heures, ligature de la seconde jugulaire. A 4 heures 40 m., on ouvre
ce second vaisseau. Il contient un caillot moitié moins volumineux que le premier et une quantité notable de sang liquide qui se coagule à Pair en deux minutes.
Les expériences de ce genre n'ont pas été assez multipliées pour que je puisse dire exactement au bout de combien de temps disparaît la coagulabilité du sang altéré par l'injection.
Dans l'une d'entre elles, on a fait immédiatement après l'injection la ligature d'une jugulaire et d'un tronçon de l'artère fémorale. Le sang stagnant dans l'artère s'est coagulé comme dans la veine.
b. Injections d'eau distillée.
Ex. : Chien très vigoureux, du poids de 13kil,300.
A 4 h. 40 m., ligature de la jugulaire gauche (témoin).
Injection parla saphène de 554 centimètres cubes d'eau distillée, soit le 24e du poids du corps. Immédiatement après, ligature de la jugulaire droite; il est 2 heures.
A 3 h. 40 m., on ouvre les deux vaisseaux. Dans la jugulaire gauche, sang liquide, se coagulant à Fair en quelques minutes; dans la jugulaire droite, sang coagulé présentant uue partie cruorique et une plasmatique.
Il semblerait, d'après cette expérience, qu'il est nécessaire d'injecter une grande quantité d'eau pour modifier la coagulabilité du sang stagnant. D'autres expériences ont fait voir qu'il suffit, au contraire, de très faibles proportions d'eau distillée pour provoquer ce résultat. Quelques centimètres cubes d'eau distillée représentant le deux-centième ou même le deux-cent-cinquantième du poids du corps suffisent pour rendre coagulable le seing stagnant. Mais, en général, la coagulation se fait moins rapidement qu'après l'injection de sérum, les globules ont le temps de se déposer avant la prise en masse, et le caillot présente une partie inférieure rouge et une supérieure décolorée. De plus, le caillot ne remplit pas complètement le vaisseau ; avec lui sort une certaine proportion de sang liquide, se coagulant ultérieurement à l'air.
c. Injections de sérum artificiel, chloruré sodique. — Bien que la solution de chlorure de sodium à 5 ou 6 p. 100 soit considérée comme indifférente pour le sang, l'injection infra-veineuse de ce sérum artificiel agit à peu près comme l'eau distillée sur la coagulabilité du sang stagnant.
Chien jeune et vigoureux, du poids de 13kil,300.
Injection par la saphène de 430 centimètres cubes de sérum artificiel, fabri-
que d'après la formule suivante : eau 1,000, chlorure de sodium 6, hydrate de soude 0,05.
Cette injection équivaut au 24e du poids du corps.
Immédiatement après l'injection, ligature de la jugulaire gauche, à 3 h. 4m.;à3 h. 8 m., le sang paraît déjà coagulé dans la veine; un quart d'heure après on en retire un caillot qui occupe toute la longueur du segment veineux.
A 3 h. 45 m., on lie un tronçon de la veine fémorale; quarante-cinq minutes après, on trouve dans ce vaisseau un très petit caillot entouré de sang qui se coagule rapidement à l'air.
Il n'est pas nécessaire pour déterminer la coagulation du sang stagnant d'injecter une aussi grande quantité de liquide; dans une des expériences, le cent-seize-centième du poids du corps a suffi.
d. Injections de solution aqueuse de ferment de la fibrine. — Lorsqu'on fait pénétrer dans la circulation générale une petite quantité de solution de ferment de la fibrine, préparée par le procédé d'A. Schmidt, on obtient des effets tout à fait comparables à ceux que détermine le sérum du sang. Mais comme il est impossible d'introduire ce ferment sans injecter en môme temps une certaine quantité d'eau, il est difficile de faire la part de l'action du ferment puisque, nous venons de le voir, l'eau seule produit la coagulation du sang stagnant.
Il m'a donc paru nécessaire d'injecter le ferment dissous dans une très petite quantité d'eau, et de faire une expérience de contrôle avec de l'eau pure sur le même animal. Dans ces conditions, l'injection de ferment a toujours paru un peu plus active que l'eau pure; mais on ne saurait affirmer la réalité de cette différence.
En voici un exemple :
Petit chien du poids de 5kil,200, bien portant; temp. rect. 39°. Injection par la saphène de 16 cent, cubes de solution aqueuse de ferment (1).
Trois minutes après l'injection, faite lentement, on lie la jugulaire gauche; il est 2 h. 17 m. A 2 h. 25 m., temp. rectale 38°, 8; le sang paraît déjà coagulé.
A 2 h. 55 m., temp. rect. 39°,6. A 3 heures, on trouve, en ouvrant le vaisseau, un caillot presque entièrement cruorique qui occupe tout le segment vasculaire; il n'y a pas dans le vaisseau de sang liquide se coagulant à l'air. A 4 h. 47 m., temp. rect. 40°,4.
(1) 5 grammes de poudre obtenue par précipitation du sérum de bœuf par l'alcoo après plusieurs mois de contact entre l'alcool et le sérum ont été mis à digérer pendant deux heures dans 35 grammes d'eau distillée. On a filtré, puis on a fait réduire dans le vide, de près de moitié, la solution obtenue. Cette solution était très active.
Le chien étant bien remis de cette expérience, le 23 mars, la plaie du cou étant cicatrisée, on fait une injection parla saphène de 16 centimètres cubes d'eau distillée, représentant, comme la précédente, le 325e du poids du corps. On lie trois minutes après la jugulaire droite. Deux heures après, on ouvre le vaisseau; il contient un petit caillot cruorique, les globules ayant eu le temps de se séparer complètement, et une petite proportion de plasma qui se coagule à l'air en sept minutes. Cette injection a également fait monter la température de près d'un degré.
e. Injections de liquide d'hydrocèle.
Ex. : Chien bien portant, du poids de 5kil,200.
Temp. rect. 38°, 8. On pratique, par l'artère crurale, une saignée de 216 gr. (le 24e du poids du corps) ; on remplace le sang par 216 grammes de liquide d'hydrocèle frais, non spontanément coagulable. Cinq minutes après l'injection, à 2 h. 10 m., ligature de la jugulaire gauche. A 2 h. 55 m., tempér. rect. 39°; les globules sont déposés, le sang paraît toujours liquide. A 3 h. 55 m., temp. rect. 40°,2, pas de coagulation dans la veine. On n'ouvre le vaisseau qu'à 5 h. 5 m., le sang est complètement liquide et met huit minutes à se coaguler à l'air.
Le liquide d'hydrocèle peut donc être introduit à très haute dose dans le sang, sans provoquer la coagulation du sang stagnant. Cependant il n'en est pas toujours ainsi, |et dans une expérience ce liquide a agi comme le sérum du sang. Il n'était cependant pas coagulable spontanément.
f. Injections de liquide albumineux coagulable. — On s'est servi de liquide pleurétique qui avait déjà laissé déposer une partie de sa fibrine. Ce liquide s'est montré à peu près aussi actif que le sérum du sang.
g. Injections de sang. — Les effets déterminés par le sang défibriné ont été variables. En général, cependant, on a constaté assez nettement une augmentation de la coagulabilité dans le sang stagnant.
Les injections de sang complet ont été suivies des mêmes effets.
Ces expériences montrent qu'un sang modifié à l'intérieur des vaisseaux de manière à pouvoir se coaguler quand il est stagnant, continue à rester fluide en circulant sans occasionner des troubles locaux ou généraux de la circulation. On doit en conclure que le mouvement du sang dans les vaisseaux exerce, dans ces cas, une influence sur le maintien de la fluidité de ce liquide.
Nous n'avons plus à invoquer ici l'action de la paroi vasculaire; le phénomène singulier qui vient de nous être révélé ne peut être dû qu'à un mécanisme particulier dont la détermination sera évidemment très importante.
Certaines injections intra-vasculaires en altérant le sang, rendent donc le sang stagnant coagulable, tout en laissant parfaitement liquide le sang circulant. Il en est d'autres qui déterminent dans le sang circulant la formation immédiate de concrétions sanguines très petites capables de jouer le rôle d'embolies.
C'est à l'aide de sérum ou de sang étrangers qu'on obtient ce genre de coagulation.
h. Injections de sérum de bœuf chez le chien. — Les effets de ces injections sont nécessairement variables.
Ils dépendent effectivement des qualités du sérum, de la dose injectée, et probablement aussi de conditions individuelles, c'està-dire se rapportant en propre aux animaux mis en expérience. Les faits que je vais rapporter ne s'observent donc que dans un certain nombre de cas. Il est impossible de les reproduire à coup sûr. Certains animaux sont à peine impressionnés ; d'autres sont rendus malades pour un temps limité ; enfin quelques-uns succombent à une affection hémorragipare nettement caractérisée
C'est cette maladie que nous allons décrire brièvement.
L'injection par elle-même n'est pas très douloureuse ; mais elle est immédiatement suivie d'un état d'accablement extrême. L'animal devient triste et plaintif et va se coucher dans un coin ; il reste peu volontiers sur pattes ou se traîne péniblement, vous regarde d'un air anxieux et craintif et parfois tremble, comme agité par un frisson.
Dans presque tous les cas on note des efforts de vomissements, des nausées, un refus obstiné des aliments les plus attrayants, et à peu près dans la moitié des cas des vomissements qui surviennent immédiatement ou au bout de quelques minutes seulement.
Chez quelques animaux il s'est produit en même temps du hoquet. Les matières vomies sont le plus habituellement alimentaires ou glaireuses, parfois sanglantes. En général les vomissements sont peu abondants et passagers.
Le phénomène le plus constant consiste dans une diarrhée qui se montre presque toujours dès la fin de l'injectioD.
Les premières défécations sont un peu abondantes et contien-