‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 55 sur 165 · SANG DANS L'ORGANISME · texte numérisé non relu

SANG DANS L'ORGANISME

nent quelques matières fécales; mais bientôt les garde-robes sont insignifiantes, entièrement muqueuses et presque toujours un peu sanguinolentes. L'animal paraît avoir des coliques fréquentes et il éprouve un ténesme plus ou moins persistant.

En même temps les urines sont habituellement supprimées; quatre fois seulement sur douze cas mortels on a pu en obtenir, avant la mort de l'animal, une quantité plus ou moins abondante et, trois fois sur les quatre cas, cette urine de coloration normale contenait une certaine quantité d'albumine.

La température des animaux injectés n'a été relevée régulièrement que pendant les premières heures qui ont suivi l'opération. Elle a été en général abaissée de un ou deux degrés ; plus rarement elle s'est élevée de quelques dizièmes de degré, excepté chez les animaux qui ayant reçu une quantité trop faible de sérum pour être frappés à mort ont survécu à l'injection. Dans cette dernière circonstance l'opération a toujours été suivie d'un léger mouvement fébrile.

Dans les cas de mort celle-ci est survenue 12 à 18 heures après l'opération. Trois fois sur douze, elle a été plus tardive. Dans l'une des observations l'animal a survécu un jour et demi ; dans une autre 2 jours et demi, dans l'autre 3 jours et demi et dans ces trois cas les animaux n'ont pas eu d'anurie complète. La suppression des urines paraît par suite avoir été une des principales causes de la mort rapide dans les autres observations.

Les lésions cadavériques consistent toujours en infarctus hémorragiques multiples, plus ou moins nombreux.

Les plus constants sont ceux du tube digestif. Il en existe rarement dans l'œsophage, plus souvent dans l'estomac, toujours dans l'intestin. Mais tantôt ils prédominent dans l'intestin grêle, particulièrement dans le duodénum, tantôt, au contraire, dans le gros intestin. Dans un des cas la muqueuse intestinale dans toute son étendue, depuis le pylore jusqu'au rectum, était infiltrée de sang d'une manière presque continue. Elle était gonflée, comme boursouflée, d'une coloration violacée, vineuse, formant une sorte de fond sur lequel se détachaient de larges ecchymoses noirâtres, résistant au lavage et paraissant siéger dans l'épaisseur même de la muqueuse. Dans certains points ces suffusions sanguines étaient moins étendues et ressemblaient à des taches de purpura confluentes. C'est cette dernière disposition qu'on observe le plus fré-

G. Hayem. — Du Sang. 16

quemment. En même temps les plaques de Peyer et les follicules clos de l'intestin sont gonflés et saillants.

Quand ces lésions hémorragiques du tube digestif sont très prononcées, tout le système des branches afférentes de la veine porte est distendu.

Le tube digestif est rempli de sang mélangé au contenu de l'estomac et de l'intestin. Ce dernier est recouvert d'un mucus épais, mélangé parfois avec des caillots. Dans une observation (avec survie de 2 jours et demi) le mucus intestinal était tout à fait purulent.

Après les lésions hémorragiques du tube digestif, les plus fréquentes sont celles du péritoine viscéral.

La surface de l'estomac, de l'intestin, de la vessie est couverte habituellement de taches ecchymotiques plus ou moins étendues et conflu entes; parfois une certaine quantité de sang est épanchée dans la séreuse. Dans un cas il existait un gros caillot le long de la petite courbure de l'estomac se prolongeant jusqu'au foie, et la cavité péritonéale contenait 150 grammes environ de sang liquide.

iVssez souvent aussi il se produit quelques ecchymoses dans le tissu sous-séreux du cœur, soit dans le péricarde, soit dans l'endocarde ou dans les deux à la fois. En même temps la plupart des viscères sont atteints. La rate est rarement tuméfiée; mais presque toujours on y voit à la surface ou dans l'épaisseur de petits foyers hémorragiques.

Les reins sont habituellement congestionnés, rarement pâles; assez souvent ils présentent de petites taches grisâtres d'anémie, à forme conique caractéristique. La vessie habituellement vide, revenue sur elle-même, est le siège de quelques ecchymoses au niveau de la muqueuse du bas-fond.

Le foie, ainsi que les reins, sont gorgés de sang et présentent souvent quelques taches rouges, diffuses, dues à de petites infiltrations sanguines. La vésicule est parfois vide, parfois remplie de bile un peu muqueuse; dans un cas sa paroi était infiltrée de sang.

Les poumons sont relativement peu lésés ; il est rare cependant de ne pas trouver à leur surface quelques taches purpuriques ou quelques petits infarctus hémorragiques de la grosseur d'un grain de millet.

Les centres nerveux n'ont pas toujours été examinés. Dans un cas sur trois il y avait de petites ecchymoses dans la dure-mère.

Le sang contenu dans les vaisseaux et le cœur était tantôt liquide, tantôt imparfaitement coagulé. Dans plusieurs cas, en en plaçant une goutte sous le microscope, on vit se former rapidement après dissolution des globules rouges, d'abondants cristaux d'hémoglobine; mais ceux-ci ne préexistaient probablement pas dans le sang.

Les lésions hémorragiques qui viennent d'être décrites ont été plusieurs fois étudiées au microscope après durcissement préalable des organes.

Sur les préparations microscopiques on observe une stase extrêmement étendue dans les artérioles, les capillaires et les veinules. Tous ces vaisseaux sont distendus par des globules rouges, fortement empilés. On n'y voit pas la matière embolique. Cependant dans quelques artérioles on remarque des amas granuleux contenant des globules blancs. Outre cet arrêt du sang dans certains départements vasculaires, on trouve des extra vasals de globules rouges plus ou moins étendus. Dans l'intestin ces suffusions sanguines siègent dans les couches superficielles de la muqueuse, à l'extrémité des villosités et entre la partie supérieure des glandes en tubes. Au voisinage de ces infiltrations les vaisseaux de la muqueuse et particulièrement ceux des villosités sont remarquablement dilatés et gorgés de globules rouges. La rate, le foie, les reins présentent des extra vasations diffuses du même genre.

Il nous paraît inutile de rapporter toutes les expériences sur lesquelles s'appuie cette description. Je citerai seulement, comme exemple, l'observation d'un chien chez lequel une première injection fut parfaitement supportée, tandis que la suivante détermina une maladie mortelle.

Chien jeune, très vigoureux, du poids de llk.500; temp. rect. 39°,4.

On le saigne par la veine saphène de 50 grammes et on lui injecte 48 grammes (le 240e du poids du corps) de sérum de sang de bœuf, préparé par section du caillot à l'abattoir.

A 2 h. 05, c'est-à-dire 5 minutes après la fin de l'injection, on lie un segment de la jugulaire droite.

A 2 h. 10 temp. 39°, 6, l'animal semble souffrir et se débat. En examinant le sang du chien dans le sérum de bœuf qui a servi à l'injection, on constate que les globules rouges s'y conservent bien, mais que les hématoblastes n'y sont pas reconnaissables.

A 2 h. 30 temp. rectale 38°, 8 (l'animal est resté attaché). Au bout de 15 minutes, soit 40 minutes après la ligature (ce qui est un peu tôt) on ouvre le vaisseau. Le sang sort liquide et se coagule assez rapidement à l'air. L'animal détaché ne paraît pas malade, temp. rect. 39°,2 ; pas d'albumine dans l'urine.

Douze jours après, les plaies étant bien cicatrisées, nouvelle expérience.

Le chien ne pèse plus que 10k.400. Injection lente par lasaphène de 22 grammes de sérum de bœuf préparé en laissant le sang coagulé exprimer son sérum. Cette faible quantité ne représente que le 474mc du poids du corps. Avant l'injection temp. rect. 39°,2.

Cinq minutes après la fin de l'injection à 1 h. 21, ligature d'un segment de la jugulaire gauche. Aussitôt après l'animal est pris de vomissements, il est abattu, reste couché. A 2 h. temp. rect. 39°,$, défécation liquide, coliques. Cinq minutes après, défécation d'un mucus épais et jaunâtre. A 2 h. 15, nouveau vomissement contenant un peu de sang. A 2 h. 30 temp. 39°, 8.

A 3 heures l'animal rend une petite quantité d'urine contenant de l'albumine ; il paraît très souffrant ; même température.

On ouvre le vaisseau à 3 h. 15 (soit deux heures à peu près après la ligature) le sang est liquide et ne se coagule pas à l'air.

Le lendemain matin, on trouve l'animal mort; il a perdu une petite quantité de sang par la plaie du cou.

Le sang du vaisseau lié, conservé depuis la veille, est resté liquide ; ila laissé déposer de petits grumeaux analogues à un sédiment; ils sont composés de globules rouges déformés, mûriformes et de quelques globules blancs retenus entre eux par une masse visqueuse.

Autopsie. — L'épiploon et le mésentère présentent quelques taches ecchymotiques (purpuriques), leur surface est rougie par de petites nappes sanguines. Le foie est fortement congestionné, la vésicule est revenue sur elle-même et presque vide.

La veine cave inférieure est gorgée de sang liquide, sans caillots. Les deux reins sont fortement congestionnés, la vessie paraît saine à l'extérieur; elle est vide et sa muqueuse est rouge et parsemée de nombreuses petites taches purpuriques.

L'estomac est normal à l'extérieur; il est rempli d'un liquide rendu brunâtre par du sang coagulé et mélangé avec de la bile. La muqueuse est très rouge, surtout dans le voisinage du pylore où elle est, de plus, infiltrée de taches hémorragiques très petites, mais nombreuses.

A l'extérieur de l'intestin, quelques ecchymoses sous-séreuses, au niveau du rectum seulement. L'intestin grêle est rempli de matières liquides, le gros intestin est tapissé de mucus rougeàtre et de sang pur. Dans les dernières portions de l'intestin grêle, la muqueuse est parsemée de petites taches ecchymotiques. Toute la surface du gros intestin depuis le cœcum jusqu'au rectum est d'un rouge vif, la muqueuse est gonflée, turgescente et sur le fond rouge se détachent un nombre infini de petites taches purpuriques. La rate paraît avoir un volume normal, mais sa surface présente un grand

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nombre de points noirâtres légèrement saillants qui sont autant d'infarctus.

Les poumons sont sains, ainsi que les plèvres.

Le cœur droit contient un caillot fibrineux ainsi que l'oreillette correspondante; le cœur gauche est vide.

Le cerveau et la moelle n'ont pas été examinés.

L'examen microscopique a fait reconnaître dans les reins, la rate et l'intestin, des infarctus hémorragiques nombreux (1).

Dans l'expérience que nous venons de rapporter la cause des accidents hémorragiques est rendue évidente par l'état tout particulier du sang. On a dû remarquer, en effet, que le sang retenu dans le segment de la jugulaire est resté liquide, et qu'après son issue au dehors, au lieu de se coaguler, il a laissé déposer de petits grumeaux ressemblant à un sédiment. Il n'en est pas toujours ainsi. Dans certains cas la coagulation du sang resté liquide dans le vaisseau s'est faite à l'air libre ; dans d'autres encore le sang stagnant s'est coagulé dans la jugulaire et le sérum de bœuf a agi à la façon du sérum de chien. Cette dernière éventualité a coïncidé précisément avec la survie des animaux. D'ailleurs en traitant directement in vitro du sang de chien par du sérum de bœuf on obtient également des résultats variables qui ne dépendent pas uniquement des proportions du mélange, mais aussi de l'effet plus ou moins puissant du sérum sur les éléments du sang.

Quoi qu'il en soit, dans tous les cas, le sérum de bœuf altère plus ou moins profondément le sang du chien en y produisant une quantité plus ou moins grande de petites concrétions qui, transportées dans tous les organes, produisent de petites embolies. Ce sont ces embolies qui sont l'origine des symptômes et des lésions que nous connaissons maintenant. Lorsqu'elles sont très nombreuses et capables d'interrompre plus ou moins complètement la circulation dans un grand nombre d'organes (intestins, foie, reins), les animaux ne tardent pas à succomber. Mais on comprend que dans certains cas elles puissent déterminer des lésions

(1) Dans la plupart des autres expériences suivies de mort, la maladie suscitée par le sérum de bœuf a présenté toujours à peu près les mêmes caractères. Dans un cas exceptionnel, ce genre d'infusion iutra-vasculaire fut suivi de mort, 20 minutes après l'opération. Il s'est produit, sans cause apparente, une énorme transsudation dans les bronches et la trachée d'un liquide mousseux et coagulable dont l'accumulation dans les voies aériennes a déterminé l'asphyxie. Je signale le fait sans pouvoir l'expliquer.

locales peu étendues et permettre aux animaux de survivre.

A l'examen microscopique les concrétions formées dans le sang de chien sous l'influence du sérum de bœuf sont constituées par des éléments du sang altérés. En ajoutant directement un peu de sang de chien à du sérum de bœuf, on reconnaît que ce dernier liquide altère rapidement tous les éléments : les hématoblastes, les globules blancs et les globules rouges.

Ces derniers, après avoir été rendus visqueux et cohérents, sont en partie dissous et, au bout d'un certain temps, dans les préparations légèrement desséchées, apparaissent des cristaux d'hémoglobine. Les hématoblastes réunis en amas retiennent autour d'eux des globules blancs et ces éléments forment bientôt une masse visqueuse qui émet rarement des filaments fibrineux visibles. Le sang recueilli pendant la vie après l'injection de sérum renferme également des éléments plus ou moins altérés et parfois des concrétions hyalines, très réfringentes et extrêmement visqueuses qui paraissent provenir surtout de l'altération des hématoblastes.

Ce sont ces petites masses de matière albuminoïde qui sont l'origine des embolies.

Le sérum de bœuf est donc un liquide capable de provoquer chez le chien un genre particulier de coagulation du sang. J'ai proposé de désigner cette variété de coagulation sous le nom de coagulation par précipitation grumeleuse.

Il va sans dire que dans mes expériences j'ai eu soin d'employer un sérum aussi frais que possible et de l'injecter après fil— tration à l'aide d'instruments propres.

i. Injections de sang étranger. — Lorsqu'au lieu d'employer du sérum on se sert de sang complet, étranger à l'espèce animale sur laquelle on opère, on obtient souvent les mêmes effets qu'avec le sérum de bœuf injecté au chien, parfois même les lésions ainsi provoquées sont plus étendues encore. Les résultats dépendent des espèces animales mises en présence et de la dose de sang injectée.

En effet, l'action réciproque des deux sangs l'un sur l'autre entraîne la formation de concrétions par précipitation et une dissolution plus ou moins active des hématies. Mais tandis que dans certains cas la première de ces lésions est dominante, dans d'autres on n'observe guère que la destruction des hématies de l'un des deux sangs.

Dans les expériences que j'ai exécutées sur ce sujet, ce sont les transfusions faites sur le chien avec le sang du bœuf, ainsi que les injections de sang de chien faites sur le chevreau, qui ont provoqué la formation des concrétions les plus volumineuses. Celles qui ont été faites avec le sang de cheval chez le chien ont déterminé des concrétions d'un moindre volume et par suite le sang de cheval a pu être supporté par le chien à dose considérable. Voici la relation sommaire de ces dernières expériences. Elles ont été exécutées à Alfort avec le concours de mon ami, M. Barrier.

Le chien est mis sur une bascule et saigné à blanc jusqu'à production des premières grandes convulsions. A ce moment on lui tranfuse du sang complet de cheval de manière à le ramener à son poids antérieur, c'est-à-dire en quantité égale au sang qu'il a perdu. On lui pratique alors une seconde saignée jusqu'à reproduction de l'état convulsif; puis une seconde transfusion; une troisième saignée et enfin une troisième transfusion.

Dès la seconde saignée le sang qui sort de l'artère du chien est profondément modifié. Il est noirâtre, incomplètement hématose, bien que la transfusion soit faite avec du sang artériel de cheval ; il laisse déposer le long des parois du vase une sorte de sédiment fin et reste incoagulable.

Le sang de la troisième saignée présente les mêmes caractères.

A l'examen microscopique le mélange des sangs de cheval et de chien présente des caractères tout particuliers, analogues à ceux qui résultent d'ailleurs de l'injection de sérum de bœuf. Les globules rouges forment des amas compacts et sont plus ou moins profondément altérés.

Entre les amas on observe des globules rouges isolés, épineux ou en voie de dissolution, quelques globules blancs et surtout des plaques granuleuses provenant de l'altération des hématoblastes. Ces plaques contiennent des globules blancs et retiennent quelques globules rouges fragmentés ou déformés. Ce sont elles qui rendent le sang grumeleux et forment la partie centrale des concrétions par précipitation.

A cette analogie des lésions produites par un sérum et un sang étrangers correspond une analogie non moins grande dans les symptômes morbides. Ce sont ceux qui sont connus depuis longtemps comme résultant des transfusions faites avec du sang étranger (1).

Les principaux sont dus aux hémorragies intestinales et rénales. Les plaies faites pour l'exécution de l'expérience laissent suinter pendant un certain temps un sang- noirâtre et, lorsque les animaux survivent, ils succombent au moment de la chute des ligatures vasculaires.

Pendant la survie plus ou moins longue de quelques heures à plusieurs jours, ils restent d'abord tristes et abattus, souvent ils sont fébricitants ; leurs urines deviennent hématuriques et hémoglobinuriques.

A l'autopsie on trouve des lésions hémorragiques des reins et de la muqueuse intestinale.

Dans les transfusions faites sur le chien avec le sang du cheval, les concrétions par précipitation sont peu volumineuses. On voit qu'elles s'arrêtent particulièrement dans les vaisseaux de l'intestin et des reins. Lorsque ces concrétions acquièrent une taille plus considérable elles déterminent des lésions plus graves encore et notamment d'innombrables embolies pulmonaires. Les animaux transfusés succombent alors parfois en quelques minutes par asphyxie. C'est ce qu'on observe en injectant du sang de bœuf au chien ou du sang de chien au chevreau.

On remarquera qu'une des conséquences de la formation des concrétions par précipitation est une diminution de la coagulabilité du sang. Dans les injections faites chez le chien avec le sang du cheval, dès la seconde saignée le sang peut rester presque indéfiniment sans se coaguler, et dans tous les cas il met un temps remarquablement long à se prendre en gelée. Etant donné la constitution particulière des concrétions par précipitation, ce fait est des plus intéressants. Il est d'autant plus significatif que dans les cas où, au contraire, les globules rouges sont rapidement dissous, sans qu'il se forme une quantité appréciable de concrétions par précipitation (injection de sang de chevreau chez le chien), la coagulabilité du mélange sanguin est augmentée.

On savait depuis longtemps que les transfusions sanguines faites avec le sang d'une espèce étrangère déterminent des hémorragies. Celles-ci ont été attribuées par Landois à de petites embolies formées, soit par des amas de globules étrangers, soit par des conglomérats de stromas globulaires. Worm Millier a, au contraire, invoqué une altération de la paroi des vaisseaux, suscitée par le sang étranger.

La cause de ces hémorragies paraît maintenant bien déterminée. Elle réside dans la production des concrétions par précipitation, résultant des altérations réciproques des éléments anatomiques placés tout à coup dans un milieu qui ne leur convient pas.

Nous aurons à revenir plusieurs fois sur ces faits intéressants.

j. Injections de sang dissous. — On a encore réalisé expérimentalement la production d'un autre genre de coagulation dans le sang circulant. Certains liquides provenant de manipulations diverses du sang ont, en effet, la propriété de déterminer par leur introduction dans la circulation, la formation de volumineux thrombus analogues aux caillots massifs post mortem. Cette dernière variété de coagulation dans le sang circulant pourrait être appelée coagulation par solidification ou par précipitation massive.

La formation de thrombus massifs a été obtenue par Naunyn dans des expériences qui ont consisté à injecter dans le sang une solution d'hémoglobine ou mieux de sang dissous obtenu par des congélations successives de sang emprunté à un animal de la même espèce ou d'une espèce différente. Le même auteur aurait obtenu un résultat semblable en se servant d'une solution d'hémoglobine cristallisée (1). Lorsque l'injection est faite dans le système veineux (par la jugulaire) la coagulation pénètre dans le côté droit et la mort est presque subite.

En faisant l'injection, soit dans une artère, soit dans le système delà veine-porte, on peut étudier les phénomènes présentés par le caillot et les résultats uttérieurs de la coagulation.

Ces expériences ont été répétées par d'autres auteurs et les résultats obtenus ont été variables. Schiff et Hôgyes ont simplement reconnu l'action nocive de l'hémoglobine dissoute. Ils ont vu les animaux succomber rapidement sans qu'il se soit formé la moindre thrombose ou la moindre embolie ; mais ils n'ont pas toujours employé pour obtenir la dissolution du sang le même procédé que Naunyn.

Plôsz et Gyôrgyai ont obtenu assez souvent des résultats négatifs ; mais ils ont reconnu comme Naunyn que, dans certains cas, le sang congelé, injecté dans les vaisseaux d'un animal vivant, peut

(1) Naunyn, Untersuchungen iïber Blutgeriunung in lebenden Thiere und ihre Folgen (Arch. f. experim. Pathologie und Pharmac, 1873, t. I, n° l,pp. 1-17).

y produire une coagulation instantanée. Ils ont d'ailleurs établi que le sang congelé active la coagulation du sang extrait des vaisseaux (1).

J'ai répété 13 fois sur le lapin l'expérience principale de Naunyn en me servant de sang dissous soit par congélation, soit par l'action de l'éther et j'ai employé tantôt du sang de lapin, tantôt du sang d'une espèce différente (bœuf ou cbien). Dans ces 13 expériences je n'ai obtenu qu'une mort immédiate; mais trois autres animaux sont morts au bout de quelques heures. Les neuf autres ont été à peine incommodés et ont survécu. Cependant, dans tous les cas, le sang dissous que j'ai utilisé avait la propriété de provoquer la coagulation des liquides non spontanément coagulables, tels que le liquide du péricarde ou du péritoine de cheval.

Voici l'expérience dans laquelle la mort a été rapide.

46 décembre 4885. — Lapin de 2 kilogrammes, vigoureux. T. R. 40°. Injection dans la jugulaire en deux minutes de 5 centimètres cubes de sang de chien dissous par congélation et conservé depuis trois jours dans la glace. Ce sang passé à travers un linge fin (comme le faisait Naunyn) contient encore quelques granulations protéiques.

A peine l'injection est-elle terminée que l'animal s'agite fortement; il paraît suffoquer et meurt au bout d'environ quinze secondes.

L'autopsie est faite immédiatement.

Pas de caillot dans la jugulaire du côté opposé à l'injection; sang liquide, se coagulant très lentement à l'air.

Caillot dans la jugulaire qui a reçu l'injection. Ce caillot se continue jusque dans le cœur droit qui est rempli de caillots noirs fragmentés. Il se poursuit jusque dans la veine-cave inférieure; mais ne se prolonge pas dans les branches de l'artère pulmonaire. Le cœur gauche contient un petit caillot presque exclusivement blanchâtre assez long.

Tous les organes sont congestionnés; mais sans trace de suffusions sanguines. Le sang liquide entourant les caillots se coagule avec une extrême lenteur.

Parmi les observations de mort tardive je citerai la suivante :

4 décembre 4885. — Lapin de 2 kilogrammes ayant déjà subi il y a une quinzaine de jours une injection de sang dissous, qu'il a parfaitement supportée.

On lui injecte en quatre minutes 9 centimètres cubes de sang de lapin dissous par congélation. Ce sang passé à travers un linge fin contient encore des amas de stromas décolorés.

Après l'injection, l'animal mis en liberté ne paraît pas malade; la res-

(1) P. Plôsz <et Gyôrgyai, Zur Frage liber die Gerinnung des Blutes im lebenden Thiere (Arch. f. experim. Pathol. u. Pharmac. 1874. IL 4).

piration est cependant accélérée (40 resp. par minute). Observé pendant 2 h. il reste toujours dans le même état. On le trouve mort le lendemain matin (l'expérience a été faite vers 5- heures du soir).

Autopsie. — Coloration lie de vin des parties inférieures des deux poumons. A la coupe, iufiltration sanguine, lumières vasculaires oblitérées par du sang coagulé. Les cavités droites du cœur sont remplies par des caillots entièrement noirs, pesant 7 grammes. Les cavités gauches ne renferment que 2 grammes de caillots analogues.

La veine jugulaire dans laquelle l'injection a été faite est remplie complètement par un caillot qui se prolonge jusque dans le cœur et dans la partie supérieure de la veine cave inférieure. Celle du côté opposé est également le siège d'un caillot; mais ce dernier est beaucoup moins gros. La vessie est remplie d'urine sanglante hémoglobinurique, sa muqueuse ne présente rien de particulier.

L'hémoglobinurie passagère est un des résultats les plus constants de cette opération; elle s'est présentée chez plusieurs des animaux qui ont survécu.

Malgré la variabilité des résultats, il paraît donc bien établi que le sang dissous possède, dans certaines conditions et à certaines doses, la propriété de provoquer la coagulation massive du sang circulant.

Edelberg a vu survenir le même phénomène en employant une solution aqueuse de ferment de la fibrine préparée par le procédé d'A. Schmidt (1). Mais comme il ne faisait digérer le sérum dans l'alcool que pendant une dizaine de jours, il est certain que la solution qu'il obtenait devait renfermer plusieurs principes albuminoïdes.

Je n'ai pas cru nécessaire de vérifier ces expériences. Les faits précédents semblent établir d'une manière suffisante que l'introduction de certaines solutions albuminoïdes possède une action coagulatrice assez intense pour entraîner dans le sang circulant la formation de caillots plus ou moins volumineux.

L'injection de sérum de bœuf chez le chien ne représente qu'un cas particulier de ces sortes d'injections coagulatrices. Aussi les effets qu'elle détermine sont-ils variables. Le plus souvent elle donne lieu à une coagulation par précipitation et les accidents produits sont en rapport avec l'abondance des concrétions formées et charriées par le sang. Mais, dans certains cas,

(1) Max Edelbehg, Ueber die Wirkung des Fibrinferments im Organismus. Ein Beitrag zur Lehre von der Thrombosis u. von Fieber (Arch, f. experim. Pathol. u. Pharmk. Bd. XII, H. 4, 1880).

le sérum de bœuf peut agir à la façon du sang dissous et déterminer une coagulation massive. J'ai du moins observé un fait de ce genre dans des conditions un peu particulières. L'observation qui s'y rapporte viendra compléter utilement les renseignements que nous venons de recueillir sur la provocation expérimentale des concrétions sanguines dans le sang circulant.

Chien de 10 kilogrammes, amaigri, devenu anémique à la suite de saignées multiples.

Injection par la saphène de 416 grammes de sérum de bœuf préparé par section du caillot et filtré.

Cette injection paraît douloureuse. Immédiatement après l'injection (à 2 h. 5 m.) on lie la jugulaire gauche; puis cinq minutes après (2 h. 10) la droite.

Suintement sanguin par les plaies du cou.

A 3 h. 30 on ouvre la première jugulaire (la gauche) ; pas de coagulation ; le sang se coagule presque immédiatement hors du vaisseau; à 3 h. 32, ouverture de la jugulaire droite, coagulation incomplète ; le sang liquide accompagnant le caillot se coagule à l'air en deux minutes.

L'hémorragie en nappe qui se fait par les plaies continue ; elle est peu abondante et donne issue à un sang très coagulable.

L'animal est affaibli ; on le trouve mort le lendemain; il n'y a pas de sang répandu dans sa niche.

Autopsie quelques heures après la mort.

A l'ouverture de la cavité abdominale, pas d'épanchement de sang, les organes sont pâles comme chez les animaux anémiques.

L'estomac contient un mucus bilieux, pas de sang ; sa muqueuse est légèrement congestionnée.

Le foie paraît sain, la vésicule biliaire contient un liquide jaune verdàtre filant. Les reins sont normaux, plutôt pâles que rouges. La vessie est vide; muqueuse pâle. La veine cave inférieure abdominale est remplie de sang liquide.

Les grosses veines du mésentère et la première portion de la veine porte contiennent un énorme caillot presque entièrement cruorique. La rate est normale, revenue sur elle-même, plissée.

La dernière portion de la veine cave inférieure contient un énorme caillot fibrineux qui pénètre dans le cœur.

Le ventricule droit et l'oreillette droite sont remplis de caillots cruoriques et fibrineux, fragmentés qui se prolongent dans l'artère pulmonaire.

Les poumons sont tout à fait exsangues et parsemés de petits infarctus de la grosseur d'une lentille.

Les cavités cardiaques gauches remplies de caillots noirs et fibrineux.

Dans la veine cave supérieure il existe également un caillot énorme en partie noir, en partie fibrineux, se prolongeant jusque dans la veine sousclavière droite.

Les intestins renferment d'abord du mucus coloré par de la bile; puis, à partir de 60 centimètres au-dessous du duodénum, un mucus coloré et mé-

langé avec du sang noir, coagulé. Cependant, il n'existe aucune hémorragie capillaire dans la muqueuse intestinale qui présente une coloration normale jusqu'au rectum.

L'autopsie n'ayant pas été faite immédiatement après la mort, on peut dire que les volumineux et nombreux caillots trouvés sur le cadavre sont post mortem et que le chien est mort d'anémie.

Cependant je n'ai pas admis cette hypothèse à cause de la présence de sang noir coagulé dans l'intestin sans lésion de la muqueuse. Cette hémorragie intestinale m'a paru être la conséquence des thrombus des veines mésentériques. De même j'ai rapporté les petits infarctus pulmonaires à la fragmentation des caillots trouvés dans les cavités droites. Cette observation montre donc que l'injection de sérum de bœuf n'a pas déterminé chez cet animal anémique ses effets ordinaires et, à ce titre, elle est certainement intéressante. Elle permet d'admettre que l'anémie est une cause prédisposant à la formation des coagulations par solidification.

k. Injections de flbrinogène. — En 1883, Foa et Pellacani ont vu qu'en injectant dans les veines des solutions aqueuses faites avec des viscères frais (cerveau, capsules surrénales, testicules, reins, glandes lymphatiques, foie) ont produit souvent la mort des animaux par suite de la coagulation du sang dans le cœur et dans les vaisseaux de la petite circulation (1). Ils ont rapporté l'action coagulatricede ces macérations d'organes au ferment de la fibrine. On sait d'ailleurs que déjà antérieurement Rauschenbach s'était efforcé de démontrer la possibilité d'extraire du ferment de la plupart des cellules (2). Tout récemment Wooldridge, dans le cours d'une série de recherches très intéressantes sur la coagulation du sang, est parvenu à isoler la matière productrice des thromboses massives. Il a retiré de divers tissus, particulièrement du thymus, des testicules, une matière albuminoïde à laquelle il donne le nom de flbrinogène des tissus et il en prépare une solution qu'il injecte dans les vaisseaux d'un animal. Cette injection provoque presque instantanément des coagulations intra-vasculaires. Le siège et l'étendue de ces coagulations dépendent de

■ (1) P. Foa et Pellacani, Sur le ferment flbrinogène et sur les actions toxiques exercées par quelques organes frais {Arch. ital. de biologie, t. IV, part. I, 1883).

(2) F. Rauschenbach, Ueber die Wechselwi'rkungen zwischen Protoplasma u. Blutplasma (Dorpat, 1882).

l'état de l'animal. Lorsque celui-ci est mal nourri et affamé, l'injection faite par la jugulaire externe ne fait coaguler que le sang de la veine-porte. Au contraire, lorsqu'il est bien nourri et en pleine digestion, les caillots pénètrent jusque dans le cœur droit et les veines pulmonaires. L'injection est-elle poussée rapidement, elle amène la mort avant que la solution arrive jusque dans le système-porte (1).

Wooldridge prépare sa solution coagulatrice de la manière suivante (2). On divise finement des testicules ou du thymus de veau et l'on fait macérer ces organes dans de l'eau pendant plusieurs heures. Le liquide de macération est alors séparé à l'aide du centrifuge et, en l'acidulant avec de l'acide acétique, on obtient un précipité que le centrifuge permet de recueillir ; on le fait dissoudre dans une solution étendue de carbonate de soude.

1. Action des injections de peptone. — Tandis que certains liquides provoquent dans le sang diverses espèces de coagulations intra-vasculaires, il en est d'autres qui ont, au contraire, la propriété de rendre le sang incoagulable pendant un temps plus ou moins long.

Suivant P. Albertoni, l'injection, dans les veines d'un animal vivant, d'une solution glycérinée de pancréatine entraîne l'incoagulabilité du sang. Lorsqu'on a eu soin, après l'injection, d'isoler une veine entre deux ligatures, le sang qu'on en retire ne se coagule que tardivement ou reste même définitivement liquide. On obtiendrait le même résultat en mélangeant une solution glycérinée de pancréatine avec le sang tiré d'une des veines de l'animal. Une solution de pepsine partagerait, sous ce rapport, les propriétés de la solution de pancréatine (3).

En 1880, Schmidt-Mùlheim a reconnu qu'une solution de peptone injectée dans le sang et contenant de 0,3 à 0,6 de matière par kilogramme d'animal enraye la coagulation du sang pendant un certain temps (4).

(1) L. C. Wooldridge, Beitrâge zur Lehre von der Gerinnung (Arch. f. Anat. u. Phys. Phys. Abtheil., p. 174, 1888). Je remercie mon distingué confrère d'avoir bien voulu me rendre témoin de cette expérience.

(2) L. G. Wooldridge, Ueber intravasculâre Gerinnungen (Arch. f. Anat. u. Phys. Phys. Abtheil, p. 397, 1886).

(3) C. Albertoni, Ueber die Wirkung des Pepsins auf das lebende Blut (Centralbl. f. die medic. Wissensch., n° 36, p. 641, 1878).

(4) Schmidt-Mûlheim, Beitrâge zur Kenntniss des Peptons u. seiner Physiologie (Arch. f. Anat. u. Phys. Phys. Abth. s. 33-56, 1880;.

Fano (1) et Afanassiew (2) ont confirmé ce fait intéressant. Ce dernier observateur a pu obtenir in vitro un mélange de sang et de peptone salée incoagulable, en recueillant directement le sang des artères ou des veines à l'abri de l'air, dans une solution de peptone d'une certaine concentration et maintenue à une température de -\- 40°. Il s'est servi de la peptone Hottot-Boudault, débarrassée de son acide chlorhydrique par dialyse et dissoute dans une solution saline, dans la proportion de 1,125 à 1,5 de peptone pour cent.

L'action anticoagnlatrice de la peptone est extrêmement remarquable ; elle se produit instantament malgré la destruction de la peptone dans le sang.

Récemment B. Haycraft a découvert un autre moyen de rendre le sang incoagulable. On sait que le sang rejeté par les sangsues reste fluide. Cet auteur a découvert que le liquide buccal de la sangsue officinale contient un principe anti-coagulateur. Pour le préparer il coupe le tiers antérieur du corps de la sangsue, le fait digérer dans l'alcool absolu pendant 12 heures, puis en prépare un extrait avec une solution saline à 0,75 p. 100. Deux gouttes de cet extrait projetées dans un verre de montre rempli de sang empêchent la coagulation. Lorsqu'on injecte dans les veines d'un chien ou d'un lapin l'extrait préparé avec 3 ou 4 sangsues, on ne détermine pas de troubles généraux bien appréciables, mais on constate que le sang est devenu incoagulable (3).

Nous aurons l'occasion de revenir dans le chapitre suivant sur tous ces faits curieux d'action coagulatrice ou anticoagulatrice.

(1) Fano, Das Verhalten des Peptons u. Tryptons gegen Blut u. Lymphe (Arch. f. Anat. u. Phys. Phys. Abth. s. 277, 1881). Bettrâge zur Kentniss der Blutgeriomung {Centralbl. f. die med. Wissensch. s. 210, 1882).

(2) Afanassiew, Sur une nouvelle méthode de transfusion du sang (sang soumis préalablement à l'action de la peptone) {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. XCVIII, p. 1349, 1884).

(3) John B. Haycraft, Leech sécrétion in blood for transfusion (Birgmingham, med. review, mai 1885). — Ueber die Einwirkung eines Secrètes des offic. Blutegels auf die Gerinnbarkeit des Blutes {Arch. f. exper. Path. u. Pharmac, Bd. XVIII, Heft 3 et 4, p. 209).

SOUS-CHAPITRE II

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