‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 59 sur 165 · MATIÈRES ALBUMINOÏDES DU PLASMA · texte numérisé non relu

MATIÈRES ALBUMINOÏDES DU PLASMA

elle renferme une matière précipitable à -f-56°, ainsi que par voie humide en suivant le procédé d'Hammarsten. Mais elle diffère sensiblement du plasma sanguin par ce fait que la quantité de fibrinogène obtenue à -\- 56° est relativement minime et très inférieure à celle que fournit la préparation par voie humide. Cependant, après le chauffage à — [— 56°, la lymphe a perdu la propriété de se coaguler, soit lorsqu'on l'abandonne à elle-même, soit lorsqu'on y ajoute du sérum du sang.

Les sérosités hydro-phlegmasiques, telle que celle de la pleurésie aiguë, se comportent à peu près comme la lymphe; mais le précipité qu'elles donnent à -[-56° est encore relativement moins abondant; il est parfois presque insignifiant et toujours très inférieur en poids à celui qu'on obtient par le procédé d'Hammarsten. Il a, comme celui de la lymphe, tous les caractères du fibrinogène extrait du plasma sanguin et il est composé au microscope par une masse fibrillaire et granuleuse entraînant avec elle la presque totalité des globules blancs, suspendus dans le liquide. Après sa séparation, la sérosité reste incoagulable.

Parmi les liquides non spontanément coagnlables, mais qui ont la propriété de fournir une certaine quantité de fibrine lorsqu'on les additionne de sérum du sang, j'ai particulièrement étudié le liquide d'hydrocèle, la sérosité du péricarde et celle du péritoine. Ces deux dernières ont été recueillies habituellement sur des cadavres frais de chevaux.

Le liquide d'hydrocèle est variable ainsi que l'a bien fait voir Méhu : tantôt il se coagule spontanément, tantôt il ne se coagule que par l'addition de sérum, tantôt et plus rarement il reste absolument incoagulable. Il faut choisir celui qui reste incoagulable spontanément, tout en donnant une certaine quantité de fibrine lorsqu'on y ajoute du sérum du sang. Il se comporte à cet égard exactement de la même manière que le liquide des grandes séreuses.

Ces liquides diffèrent essentiellement du plasma sanguin par cette particularité que la température de — [— 56 à 57° n'y provoque pas trace de précipitation. Et, cependant — c'est là un fait qui m'a paru bien intéressant — cette température altère leur constitution, car sans les modifier en apparence, elle leur fait perdre la propriété de se coaguler par l'addition de sérum. D'ailleurs, tout en ne donnant pas trace de précipitation à -|- 56-57°, ces liquides

renferment une certaine quantité de fibrine-gène décelable par le procédé d'Hammarsten. Ils précipitent, en effet, par leur volume de chlorure de sodium saturé et le précipité formé à toutes les apparences et les propriétés du fibrinogène du plasma sanguin. Il est habituellement peu abondant, mais la quantité de fibrine fournie par ces liquides est d'ordinaire aussi beaucoup moins considérable que celle du sang.

Nous avions déjà observé, M. Winter et moi, nombre de faits tendant à démontrer l'existence de plusieurs variétés de fibrinogènes lorsque les travaux de Wooldridge parvinrent à notre connaissance. Les recherches de cet habile observateur sont trop importantes pour que nous omettions d'en donner ici un court résumé (1).

Après avoir obtenu du plasma en traitant du sang1 peptonisé par le centrifuge (voir p. 259), il maintient le liquide pendant quelque temps à 0° et voit se produire un précipité auquel il. donne le nom de fibrinogène A. En additionnant du plasma peptonisé de un cinquième de son volume de sulfate de magnésium, il obtient également un précipité qui serait encore constitué par ce même fibrinogène. Ce corps ne serait qu'une faible fraction de la matière coagulable du sang. Dans le plasma refroidi, il se présente sous la forme de petits disques microscopiques qui se redissolvent dès qu'on élève la température du plasma. Ces corpuscules sont également solubles dans une solution de NaCl à 4 p. 100, dans les solutions alcalines diluées et dans l'eau acidulée par HC1 (0,2 p. 100).

Débarrassé par le froid ou par le sulfate de magnésium du fibrinogène A, le plasma renferme encore une grande quantité d'une substance qui se transforme facilement en fibrinogène typique de Schmidt et Hammarsten, notamment par précipitation au moyen d'un égal volume de solution saturée de NaCl (procédé de préparation du fibrinogène d'Hammarsten). Wooldridge donne à cette matière le nom de fibrinogène B. Elle peut être, comme le fibrinogène A, précipitée de ses solutions par l'acide sulfurique très dilué (6ecH2S04 sur 1000 H20). Il existerait donc dans le sang seul deux fibrinogènes différents. L'auteur a reconnu dans ses publications les plus récentes que des matières analogues peuvent être retirées des divers tissus du corps.

(I) L. C. Wooldridge, loc. cit.

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